‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 49 sur 69 · I. A CÈNE · texte numérisé non relu

I. A CÈNE

barlie, je conseillerais à l’arlistc de contem])leretde ])i endi e pour modèle le Christ de Leonard de Vinci ; pour moi, je n’ai pas vu de jilus lielle tète que celle de la main de ce maître, morceau admirable qui se Irouve dans le cabinet du prince de Lichstenlein , à Vienne. Celte tète porte l’empreinte de la plus haute beauté virile, et on peut la recommander comme le j)lus parfait modèle eu ce genre. »

On croit que c’est d’après ce carton que Malleini a dessine la figure du Christ qui a donné à Raphaël Morghen l’idée de graver la Cène. Seulement Malteini cl Morghen ont ajouté à celle figure une barbe naissante, telle que Vinci a dû la peindre, si on s’en rapporte aux plus vieilles copies delà Cène. Stendhall dit que Maltcini s’est servi, pour son dessin, d’une tète de Christ au pastel qui appartenait au professeur Mussi, bibliothécaire à rAmbrosienne. Il est vrai que Mtissi parle de ce pastel, mais ce pastel de Mussi pouvait bien ne pas être l’élude que Winkelmann avait vue chez le prince de Lichtenstein. M. Passavant dit à ce propos : « Il y a lieu de cioire qu’il est plutôt question d’une élude exécutée à la pierre noire et à la sanguine, qui se trouve actuellement à la galerie de la Brcra, à Milan; elle a pour sujet une tète également sans barbe. C’est un très-beau dessin.

DE LÉON A no nE VINCI 565

mais qui a beaucoup souffert et même a été retouché. »

De Piles a eu un dessin de la Cène par Léonard lui-même, bonne fortune inappréciable pour un bis loriori de l’art; voir un dessin de maître c’est presque voir le maître, c’est l’entendre lui-même, c’est le génie dans son intimité; selon de Piles, « ce dessin est une preuve suffisante pour montrer combien profondément il pénétrait dans le cœur bumain, et avec quelle justesse il .savait en représenter tous les mouvements. »

Mais là où la pensée peut reconstruire entièrement la Cène, cette merveille de l’art, c’est devant les pages dispersées du musée de la Haye, devant ces études originales qui servirent à Lcnmard pour ses cartons. IjOmazzo connaissait bien cette collection d’études, dessinées au crayon noir et relevées de pastel*.

* Elles avaient déjà passé dans plusieurs familles italiennes, et clle.s appartenaient aux héritiers de la famille Sagredo, de Venise, lorsqu'elles furent achetées vers 1710, par un consul d'Angleterre, nommé üdnc\. Ce qui dément l'opinion que certains ont avancée ; que ces études avaient été volées, pendant la révolution française, à la bibliothèque Ambrosicnne de Milan, où elles n’ont jamais été. En Angleterre, ces précieuses pages pas.sèreut en différentes mains; sir Thomas Rariiig ut Lawrence les possédèrent successivement. Woodbmn, le célèbre marchand de tableaux de Londres, en acheta dix, en 18.55, b la mort de

LA CÈNE

M. Waagcii dit : « Je ne crois pas que ces tètes aient fait partie du carton original définitif, car la partie inférieure du buste n’est indiquée que légèrement. Ce doivent être les éludes particulières de cliacune des tètes de la seule comjwsition capitale que Léonard ait jamais terminée. Elles ne peuvent pas être des copies faites par une main étrangère ; la science, la vivacité, la finesse du sentiment, disent qu’elles ne jKîuvent être que de l/Haiard lui-mème. »

Ce n’est qu’avec ces dessins, que la critique peut reconstituer dans sa pensée la plus magnifique page de l’art qui ait jamais été inscrite sur le mur d’un couvent, d’une église ou d’un palais. Ni la gravure de Hapliacl Morglien, ni les copies de Luini, ni celles d’Oggiono, ni les dessins que nous en ont donné les élèves de l’Ecole de Rome, ne peuvent nous dire ce qu’à été la Cène aussi bien qu’un seul des dessins du musée de la Haye. La main de Léonard seule peut nous révéler le génie de Léonard.

Lawrence. Selon M. Rigollot, parmi ces dix études < sc trouvait lu létc du Christ, d'une licauté admirable, ut colles Je saint Jacques et de saint Jean, également fort belles. »

n F, L É 0 N A II D DE VINCI

11 y a un demi-siècle, on a publié en llalie cl en italien un in-folio sur la Cène de L'onard de Vinci *.

* Del Ccnacolo di Leonardo da Vinci , libri quatro da Giuseppe Bossi , pittore ; Milano, ISIO, dalla stamperia rcale, grand in-folio. Figure.

I'* planclie : — Telo de vieillard, chauve, avec une grande barbe, les cheveux cl les sourcils longs. On croit que c’est le portrait de laionard , d'après une inscription de Loinazzo, gravée au-dessous. 2"' planche : — Tète de Christ, d'après un dessin original de Léonard, gravée par Giuseppe Longhi. ô”’ planche : — Tète de jeune bonnne avec de.s cheveux frisés, d'après un dessin au cravon rouge, de Cesare da Seslo. 4"’ planche : — Tète rl'hoininc d'âge mûr, de profd, d'après un dessin original. planche : — Tète, en sens op|iosé. C“* planche ; — Figure d'homme, avec des jambes et des bras doubles, ^'après un dessin original.

Cet in-folio se divise en quatre livres. Cette division n’est pas rigoureusement logique. Chaque livre renferme une série de documeuls hlsluriques, et des considérations critiques relatifs â un sujet donné. Ce sont plutôt quatre recueils aboutissant h un même objet : Léonard du Vinci ut la Ci'ne.

Dans le premier livre on passe en revue la plupart des écrivains qui ont parlé de Léonard et de la Cène ; dans le second on décrit l’œuvre originale-, dans le troisième on fait la description de toutes les copies connues — et l'auteur s’étend longuement sur la sienne. Le (jualrième livre traite de sujets se rapportant directement à la Cène. L'aulcur est persuadé que cette étude « est la plus complète de toutes celles qui

L’aulcur de cet in-folio, le peintre Giuseppe Bossi, avait été chargé en 1 SOT, par le vice-roi d Italie, d’cxéculcr une copie de la Cène. L’original étant presque entièrement détruit, il se vit obligé de rechercher et d’étudier, dans tout l’œuvre de L*;onard, l’idée de la composition et du travail.

Mais c’est un peintre qui écrit et qui brouille souvent la palette du style; j’ai tenté de débrouiller le chaos où il pétrit son idée. Il commence par la vie «le Léonard de Vinci. C’est une biographie à Heur de vie. Nulle originalité, nulle profondeur. C'est Loinazzo etVasari, moins la science et la curiosité. Les notes sont meilleures que le texte. Voici d’ailleurs une page de l’introduction:

« J’ai entrepris ce travail sur la Cène peinte par léonard de Vinci dans le couvent dclle Crazie à Milan, parce que tout ce qui a été écrit jusqu’ici sur ce chef-d’œuvre me semble incomplet, et insuffisant

ont paru jusqu'ici. It espère qu'elle donnera une idée exacte de l'œuvre principale du Vinci h ceux qui ne la connaissent point; qu'elle sera pour l’hisloire de l’art un sérieux comnicnlaire, qu'elle pourra faciliter les efforts de ceux qui essayeront une restitution plus précisé de cette merveille de la peinture. • Tels sont les sentiments généraux qui l'ont dirigé dans son travail. Il désire en outre, en le publiant, être utile aux jeunes peintres et è ceux qui aiment à penser dans les arts du dessin.

Gooj;!'

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