‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 50 sur 69 · DE L É 0 S A U D DE VINCI · texte numérisé non relu

DE L É 0 S A U D DE VINCI

pour les érudits, inutile pour les jeunes peintres. Sans doute je n’ai ni le tein[is ni le talent nécessaires pour le mener à bonne lin ; j’espère cependant être plus complet que les écrivains qui m’ont prét-édé, étant tous peu instruits des choses de peinture et ne connaissant pas assez bien l’œuvre du maître. Ce qui me fait croire que mes efforts ne seront ])as vains, c’est que ce travail est le résultat de longues et sérieuses éludes de la Cène. L’état où j’ai trouve l’œuvre primitive, la nécessité où j’ai été de substituer ou de supprimer certaines parties d’après l’examen des œuvriîs de Vinci ou d’apràs scs principes d’art, m’ont obligé de décrire non-seulement l’œuvre elle-même, mais encore toutes les copies qui en ont été faites. Cette description donnera de l’œuvre de lœonard , à ceux qui ne la connaissent point, une idée exacte, fournira à riiistoirc de l’art des détails importants, et mettra en évidence les sources auxquelles j’ai puisé pour reco/«/>o.ver, plutôt que pour copier ce grand flambeau de la peinture. Bien plus, ceux qui auront occasion d’entreprendre le même travail, pourront, enjoignant leurs efforts aux miens, arriver à une restitution de plus en plus parfaite de l’œuvre primitive. Tels sont les sentiments qui m’ont animé en publiant mon travail. »

LA CÈNE

Après avoir passe rapidement devant les historiens de Léonard de Vinci, Bossi décrit laborieusement le chef-d’œuvre du grand maître, s’efforçant d'ètre philosophe et analyste. Mais combien de pages diffuses, combien de phrases perdues ! Toutefois il y a plus d’une page digne d’être recueillie.

J’essaye de traduire quelques idées du peintre dans le flux et le reflux des mots. Ix; livre de Bossi est au moins d'un homme qui avait profondément étudie l’œuvre de Léonard, la plume et le pinceau à la main. Voilà pourquoi ce livre mérite toute discussion. Voilà [lourquoi il est le ineilleiirconime nUiire du Cénacle |H)ur ceux qui aiment à voir par les yeux des autres.

Pour mieux apprécier le caractère des figures, il convient de les étudier chacune séparément, en commençant par celle de Jésus.

L’apôtre, à la gauche du spectateur, qui se lève en s’appuyant sur la table, est l’apôtre Barthélemy ; — le second, Jacijues le Mineur ipji, la main droite sur l’épaule du voisin, étend la main gauche comme pour

se renseigner sur le sens des paroles du Christ ; — le Iroisicme, e’esl l’apôtrc André, les bras ouverts en signe de stupeur; — le quatrième, Pierre, un peu penché, dépassant Judas, et demandant h Jean le nom du traître. Il est facile de reconnaître Judas et Jean qui terminent le groupe à la droite du Seigneur. A la gauche se trouvent l’apôtre Jacques, frère de Jean, ouvrant les bras en signe d'horreur ; — l’autre ligure qui, le doigt levé, semble menacer le Judas, c’est Thomas ; — le troisième, les mains sur la poitrine, Philipjie; — le jeune homme qui se retourne comme s’il voulait répéter ce qu’il vient d’entendre, c’est Mathieu ; — le cinquième Thaddée; — etledernier, Simon.

La figure du Christ est le point lumineux de la composition. L’œil, après avoir parcouru toutes les parties du tableau, est toujours ramené vers cette figure adorable et ne s’en peut détacher. Le cou est levé avec noblesse ; la tète est légèrement inclinée sur le côté gauche ; les yeux sont baissés avec un air de gravité et de rêverie ; l’esprit est déjà un ciel. La liouchc est entr’ouverte comme si elle venait de parler. Il y a sur le front un léger mouvement de muscles. Les bras sont ouverts et les jambes réunies. Cette pose si sinqile révèle une

LA CÈNE

alliludc, un sentiment, une pensée. C'est là le génie du peintre philosophe. Avant lui, les artistes qui ont traité le même sujet, ne voyaient, dans la Cène, qu’une cérémonie religieuse, un symbole, l’institution d’un sacrement. L’Évangile leur disait à tous, que Christ, ayant réuni scs élus, leur avait annoncé que l’un d’eux le trahirait. Ceux-ci pensèrent au fractionnement du pain ou à la bénédiction du vin ; ceux-là à une distribution de vin et de pain. Une j>arcille interprétation est bien conforme à la donnée religieuse, mais elle est incapable d’éveiller le grand sentiment divin et humain.

Léonard conçut le sujet tout autrement. 11 n’y vit pas un fait religieux accidentel, mais un fait général, plus près de l’homme et de Dieu. 11 ne se contenta jias de satisfaire les esprits dévots. Il voulut pour lui les âmes de toutes les époques et de toutes les religions '.

Suivant l’Évangile, Christ avait déjà annoncé à ses amis qu’il était venu en ce monde pour le salut des hommes, et qu’il ne resterait pas longtemps avec

* Jésus voit son sjsléme d'nmour universel renversé. Le fils de Dieu s’est lroni]ié : il a jugé des hommes d’après .son coeur. Sa douleur est telle qu’en disant aux disciples ces tristes paroles : L'un de vous me trahira, il n'ose regarder aucun d’eux. » (SiEiVonxL.)

eux. Il réunit doiizo de ses plus lidèles. Le voici à table. Il leur dit que l’un d’eux le trahira et le mènera à la mort.

C’est là toute l’histoire de l’àme et des passions : Une d’elles la trahira.

Léonard s’arrête ici. Il saisit ce moment, et cherche à rendre l’effet que doivent produire les paroles du Christ sur les onze amis et sur le Judas. La diversité des tempéraments, des âges, des caractères devient pour lui la cause de cette grande variété qu’il a mise dans toute la composition, et qui lui a fait éviter la monotonie résultant de la présence de treize ligures toutes viriles. La colère, la vengeance, l’horreur, le doute, la douleur, les mouvements intérieurs provenant des paroles du protagoniste, lui offrent une variété infinie d’expressions et d’attitudes dont les effets, différents, suivant le caractère et le tempérament de chaque figure, mais produits par la même cause, sont rapportés à un mobile commun, et donnent ainsi à l’œuvre une unité surprenante.

Dominé par ces idées, Lîonard disposa ses personnages dans l’ordre indiqué plus haut. Il est difficile de décrire dans toutes sa majesté déjà divine et encore humaine la tête du Sauveur, et pour la montrer à ceux qui n’ont point vu l’original ou une copie sé-

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