‹ Histoire de Léonard de VinciChapitre 52 sur 69 · DE I, É O S A R D UE V I > C I · texte numérisé non relu

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sa trahison. Léonard qui, dans sa composition, s’en tient toujours;! la vérité historique, n’a pu commettre une erreur aussi grossièi-c. Il a mis la boiii’se dans la main de Judas, parce que cet apôtre élait le dépositaire de l’argent de l’association apostolique qui n’avait point de domicile ni de résidence fixe. Il la lui fait serrer forlenient pour montrer sa passion pour l’argent, passion qui va du vol à la trahison.

Leonard, disent ses biographes, mit longtemps son imagination <à la torture, pour trouver « une forme plastique en rapport avec le tempérament de Judas, et une altitude qui rendît vraisemblable sa perversité, la passion de l'argent qui le poussa ?i vendre pour quelques deniers le sang de son ami. » F/hisloire, là-dessus, ne lui était pas d’un grand secours. Comme toutes les natures l)ien trempées, .son imagination délicate devait éprouver quelque répugnance à s’occuper de sujets moralement repoussants, de vices ignobles comme l’avarice, l’espionnage, la trahison. L’art traite, il est vrai, de semblables sujets, mais à coté il place toujours quelque chose de noble et de grand. Comme la tragédie ' antique, l’art fait du terrible qui émeut, jamais de l’horrible qui repousse. Léonard cependant, obligé de représenter Judas, lui donna une place secondaire

et fit en sorte que les regards de tous les eonvives se portassent sur lui pour s’en détourner aussitôt avec horreur.

Il est facile, de se faire une idée de l’attitude de Pierre. Pierre, indigné et colère, en entendant la révélation du maître, se lève pour interroger le confident du Christ, l’ap<')tre Jean. De .sa main gauche il montre le Sauveur comme pour demander le sens de .ses paroles, et sa main droite semble s’égarer sur un couteau ou une petite épée. Ce mouvement doit indiquer le vouloir de Pierre de venger son maître, ou son habitude de se servir d&s armes.

André est placé à côté de Pierre, son frère. Ce rapprochement ne suffirait pas à nous dire son nom si dans la plus ancienne copie de la Cène, la copie de d’Oggiono, ce nom ne se trouvait écrit sur la draperie. Son attitude est le rellet du caractère que l’histoire religieuse donne à cet apôtre. Paisible, doux, fidèle à scs affections, André fut le premier apôtre que Christ accueillit. 11 garda à son maître une foi inaltérable, jusqu’au martyre qu’il fut heureux de subir par un crucifiement comme Jésus. Il est assis gravement. Frappé de stupeur en apprenant la trahison, il indique l’état de son âme en ouvrant les mains et en arquant les lèvres et les sourcils. Cette

atlilude est une application des principes de Léonard. Dans son traite de la peinture, à propos de l’c-xpression à donner à une figure qui écoute quelqu’un, liConard dit : Failcx que la bouche du vieillard qui entend un orateur exposer des maximes, soit fermée par la surprise, qu'elle soit tirée aux angles sous les plis nombreux des joues; que les sourcils soient arqués fl leur point de Jonction et forment beaucoup de plis sur le front. André ne peut croire qu’un de ses coinjiagnons soit capable d’une aussi grande trahison. Sûr de lui-inème, rétonnement ne laisse pas en lui de place à la curiosité de savoir le nom du traître. Sur son visage apparaissent, dans tout leur éclat, la fidélité, la noblesse, l’amitié unie au calme de l’âme qui contraste très à propos avec l’emportement de Pierre. Le peintre par le manteau qui couvre les épaules en retombant sur les bras, montre l’homme calme dans ses mouvements. Il diffère en cela de son frère. Pierre, emporté et fougueux , porte le manteau roulé sur l’épaule gauche de manière à avoir le bras droit libre. De môme les tons, les demiteintes des vêtements d’André sont plus faibles, ont moins d’éclat relativement à ceux des autres figures. Son manteau est d’un vert clair; sa longue tunique aux plis souples et fins est d’un jaune rouge;\tre, se

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