I. F, S MAITRES
|)lus voluptueuses caresses de son pinceau. Son tableau était é(;latanl de couleur, de lumière et de vie. Kt •quel relief pour le savant jeu des ombres et des per- .spectives*! Aussi, [wur arriver à ces effets jusque-là inconnus, il ne peifïnait pas dans le vague; ce n’ctail point encore assez de regarder la nature pour l’œil simple , pour mieux modeler dans la pâte , pour atteindre à toute la magie des contours : il commençait par modeler en terre, tant le sculpteur en lui était intimement lié au peintre. Lomazzo se glorifiait de conserver une ligure sculptée de l’enfant Jésus, un cbef-d’œuvre d’expression, première étude de l/'onard pour un de ses tableaux de Sainte famille. C’est par la sculpture qu’il a trouvé la science des ombres**.
* « l,a première intention du poiuti c est que, sur la superficie plane de son lal)leau, paraisse un corps relevé et délaché du fond, et celui qui en ce point surpasse les antres mérile d’être estimé le plus grand niaitre de la profession. Or celte rcchcrclio, ou pintét ce couronnement de l’art, provient de la juste dispensation des ombres et des lumières, de ce qu'on appelle le clair-ohscur, de sorte que, si un peintre épargne les ombres où elles sont nécessaires, il sedésbonore et rend son ouvrage méprisable aux bons esprits, pour s’acquérir une fausse estime parmi le vulgaire et les ignorants, qui ne considèrent en un tableau que le brillant et le fond du coloris, sans prendre garde au relief. » Naiiuscrits de Uonard de Vinci.
• * Plus tard, il modela pour des élèves. Le cardinal Bnrromée le con-
Digiflj..,, I,v
liéonard faillit devenir un |icintre mylliologiqiie ; après la terrible Méduse, il peignit un Neptune dans la tempête, c’esUn-dire dans tous les attributs de sa puissance, traîné par des chevaux marins avec un cortège de nymphes. Vasari qui avait vu le dessin* disait ; « Le dieu semble respirer, la mer s’agite sous son ptmplc de dauphins, d’orques et d’autans. » La tête du dieu était vivante, la beauté des nymphes fascinait ; les vents et les flots hurlaient la tempête ; aussi les poètes voulurent-ils consacrer ce chef-d’œuvre. On n’a conservé que œs distiques :
Piiixil Virgilius Nçplunam, pinxit Homerus,
Dum maris unclisoni per vada flectit cquos.
Mente quidem vates ilium consjwxit ulerque,
Vincius asl oculis jurcqne vincil eos.
« Virgile et Homère ont peint Neptune dirigeant ses ronrsiers sur les Ilots retentissants. »
' « Les deux [loëtcs ont conçu le dieu ; mais Vinci triomphe de rnn et de raulre en le montrant aux regards. »
siale pour un lablcau de Liiini, où ta figure de Jésus enfant avait pour modèle une terre cuite de Léonard.
' Vasari ne parle pas de la peinture, mais il n'est pas dotileux que celle composition n'ait été peinte, comme le disent d'antres liistoriens. Les distiques ne le disent-ils pas? Un simple dessin n’eùt pas inspiré ces vers.