M'“' de Caoapan, Mémoires
COLORIAGES, TATOUAGES, FARDS, TEIATÜRES
mémoires d’autres parfumeurs. Elle y a si bien habitué l’œil de Napoléon qu’il exige que toutes les femmes qui paraissent devant lui en mettent. Cela lui semble à ce point l’accessoire obligé de la grande toilette qu’il rudoie quiconque essaie de s’y soustraire : « Allez mettre du rouge, dit-il à une, vous avez l’air d’un cadaATe*... »
Si le rouge est presque abandonné aujourd’hui, ce n’est pas à dire toutefois que les femmes aient fait à une honnête simplicité de mœurs le sacrifice du fard ; y renoncer est au-dessus de leurs forces. Seulement, les dames de nos jours préfèrent se peindre en blanc. Depuis que les romanciers ont poétisé une pêdeur élégiaque et sentimentale, les apparences d’une banale santé sont devenues malséantes pour les femmes qui se respectent, et les petites filles de celles qui s’enluminaient de vermillon s’enfarinent de poudre de riz, se badigeonnent de caldcreain, se maquillent ou s’émaillent, suivant des expressions nouAœlles créées pour rajeunir des artifices bien vieux.
Les Chinoises se fardent comme les Européennes, mais avec moins d’art. Leurs fards, de talc ou de terre, sont assez grossiers. Elles cherchent à dissimuler sous une couche de blanc leur teint naturellement jaunâtre, car le teint qu’on préfère est toujours celui que la nature vous a refusé. Les Annamites se font, par une opération douloureuse, teindre à chaud les dents en noir au moyen d'un vernis à base de laque, et trouvent très laides les dents blanches des Européens qu’ells assimilent à celles des chiens. Au Japon, les jeunes filles, pour capter les amou-’ reux, se mettent, avec un pinceau, du rouge aux joues et du carmin aux lèvres. Quant aux femmes mariées, elles n'ont plus droit à ces privilèges et se contenlent, comme les Annamites, de se teindre les dents en noirL A Lhassa, la Rome ibibétaine, toute personne qui sort dans la rue doit, pour no pas induire les passants en tentation, se barbouiller la ligure avec un vernis noir et gluant. Cet usage, qui transforme le fard en préservatif
I. Frédéric Masson, L'existence d’une impératrice, Revue des Deux Mondes, t«r septembre 1898.
a. K. Humbert, Le Japon, dans Tour du Monde, 186G, l. H, p. 18.
Al’l’LlC.VI'lON DES COL'EELHS A l’iIAHILLEMEAT
dos bonnes mœurs, cxislail déjà dn temps de Unbmqnis rpii le mentionne en i352, et il a été, récemment encore, constaté par le l\ lluc'. On comprend sans peine qu’il ne se soit pas répandu.
Quoique la coutume de porter un masque sur le visage semble f;\ire double emploi avec celle de le farder, les deux modes ont régné simultanément, aux xvi” et xvii« siècles. Les anciens n’avaient connu que des masques de théâtre, portés par les acteurs et par les danseurs, les |)remiers destinés à exprimer, en traits exagérés à dessein, le caractère des personnages tragicpies ou comi([ues, et à servir de porte-voix, les seconds à idéaliser la ligure du danseur. Vers la lin du xvi« siècle, la mode s’établit pour les dames de porter, à l’exem|)le de certains rôles de la comédie italienne', de légers masques de velours, afin de se préserver du bàle et de se procurer, avec l’avantage de l’incognito, une plus grande liberté. Elles eurent alors, outre leur visage naturel, qu’elles ne montraient (jue par occasion, deux visages artificiels, l’un en peinture, l’autre de velours. « Los femmes, dit Saint-Foix, parurent ne plus se soucier de leur visage et commencèrent à le cacher: elles prirent un loup et n’allèrent [dus que masquées dans les rues, aux })romenades, on visite et même à l'église”. » Ds\ns /iomeo cl Jidicüe, comme dans les comédies do Lope de Véga, il est souvent question do [)ersonnages masqués Qloméo cl Julicllc, a. I, sc. /| et 5). La coutume était générale en Italie et en Espagne; hommes et femmes de la bonne société ne sortaient guère que masqués. Dans son Ifisloirc de mon temps, l’évèquc llurnet constate un retour do cotte modo sous Charles 11, qui avec la reine et toute la cour, « sc promenaient mascpiés cl allaient incognito dans les maisons ». Henri III, prince elféminé, portait la nuit, [Rjurcll’acer les traces de bàle et conserver la finesse de sa [)eau, un masque