CHAPITRE H
BLAACllIMENT ET BLANCHISSAGE DES TISSUS
Dès ([lie riiommc disposa de fpiclqucs élémenls de coslurne, il dut s’eübrcer d’en relever la nuance, en général assez terne, en les parant des mêmes couleurs dont il avait d’abord cherché à orner sa personne. 11 put ainsi ajouter a leurs avantages une beauté parliculière et même une utilité plus grande, car la couleur n’a pas seulement une valeur esthéliepie, elle inllue sur la calorilication par son aplilude à absorber ou à réfléchir les rayons solaires. Ce résultat, constaté par expérience, a été partout mis à profit avec un instinct très sûr. Le blanc et les nuances claires prédominent en cllét chez les habitants des pays chauds, tandis que le noir et les teintes sombres l’emportent dans les pays froids.
A l’origine, dans l’ignorance profonde où l’on était du mode d’extraction, d’application et de fixation des couleurs, on dut se borner sans doute à parer les vêtements d’objets sur lesquels la nature avait répandu ses colorations les plus brillantes, tels que les plumes de certains oiseaux, des Heurs, des fourrures voyantes, des métaux ou des pierres d’un éclat très vif, des coquillages aux nuances irisées... Les ornements de ce genre, les plus anciens que l’homme ait portés et dont le goût semble ne dex'oir jamais passer, doivent leur attrait et leur prix a un coloris exceptionnel qui les rend aptes à jouer un rôle décoratif.
Plus tard, on essaya de colorer les vêtements mêmes en les imprégnant de substances tinctoriales qui, délayées ou dissoutes, pouvaient adhérer aux peaux ou aux tissus. On utilisa pour cela des sucs de fleurs ou de fruits, des ocres, des
HLAîSCimiENT ET nLA>’CHISSAGE DES TISSUS
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oxydes, clc. Le hasard fit naître de divers mélanges des réactions imprévues. Des recettes et des méthodes se constituèrent pour préparer des couleurs déterminées, les incorporer aux vêlements, leur donner du lustre et de la solidité, et un art de la teinture se dégagea de ces expérimentations confuses.
C’est assurément une des plus anciennes industries. Son origine va se perdre dans les profondeurs de l’àge préhistorique, car il y a peu de harhares ou même de sauvages qui n’aient quelques notions de teinlure, et, dès les premiers temps de l’histoire, les documents écrits ou figurés alteslcnt l’emploi de vêtements colorés. Mais l’organisation et le développement de l’industrie tinctoriale ne sont devenus possibles que durant une phase avancée de la civilisation. Tant que la mise en couleur des tissus fut, comme la filature et le tissage, une fonction domestique, elle ne put appliquer que des procédés rudimentaires, gain du plus grossier empirisme. Les manipulations délicates et conqiliquées de la teinlure nécessitaient dos ateliers spéciaux, un apprentissage suivi, les ressources et les débouchés d’un commerce étendu. C’est pourquoi jusqu’à une époque relativement récente, l’usage très circonscrit de teindre les étoiles a été un luxe réservé aux classes riches. La foule, comme naguère les paysans en France, était uniformément vêtue de hure (du latin burriis, roux), ton naturel de la toison qui servait à faire ce tissu rustique, et, dans les villes même, les femmes et les filles de la classe populaire, habillées d’une étoffe grise ap[)eléc (jriseLLe, avaient pris de celte livrée caractéristique leur qualification qui a persisté, quoique peu justifiée maintenant.
Par suite de l’universelle préférence donnée aux laines de couleur franche, on faisait surtout cas des bêles qui la donnaient blanche ou noire, et l’on s’elTorça de les multiplier par une intelligente sélection. Dans la Genèse, Lahan maître du troupeau confié à Jacob, a soin de se réserver les brebis de ces deux couleurs et abandonne à son serviteur les brebis à toison bigarrée, que celui-ci trouve moyen d’obtenir par un subterfuge assez singulier*. A Home, les censeurs étaient chargés de sur-
j. Genèse, xxx, 3a, 35,
API’LICATIOS UES COI LEL HS A L II VniU.EMENT
veiller les troupeaux de brebis blancbes, et le citoyen rpii les négligeait était puni d’une forte amende. Columelle donne le motif de cette prédilection : « La couleur blancbe, dit-il, est la meilleure dans ce bétail parce qu’avec elle on peut se |)rocurcr beaucoup d'autres couleurs au lieu qu’on n’en peut avoir de blancbe avec aucune autre'. » Le commerce n’estime aussi de nos jours que les laines blancbes, à cause de leur a[)titude à prendre toutes les teintes. Seules, les populations do l’Espagne ont préféré de tout temps les brebis noires, et le goût pour cette couleur, qui leur vient des Ibères, semble constituer un trait de race. Columelle [larle de troupeaux noirs soigneusement entretenus à Corduba, dans la llétique^, et Strabon ra|iportc que, dans la Bastétanie, tous les bommes étaient vêtus do noir®.
Examinons d’abord les procédés de blancbiment des tissus; nous étudierons ensuite leur mise en couleur.
Le blanc, symbole de pureté, fut de bonne beuro la couleur la plus distinguée jiour les vêtements. Il était, par son éclat, l’expression de la joie et du bonbeur, comme le noir du deuil et delà tristesse. 11 n’y a pourtant pas unanimité de sentiments dans ces attributions, car les Cbinois jiortent le deuil en blanc. 11 en était de même à Rome. Plutarque, dans ses (Juestions romaines, eberebe pourquoi les femmes en deuil s’babillaicnt de blanc. En b'rancc même, la coutume do ])orter le deuil en noir n’est pas très ancienne. Une des premières mentions do prise de deuil date de la mort du roi Jean^. Les reines en costume de deuil étaient vêtues de blanc, et plusieurs, qui l’avaient longtemps porté, ont été pour cela surnommées Blanches. Les preuves abondent, dans nos littératures classiqucs,^dc l’estime où était tenu le blanc. L’auteur de VEcclesiaste dit que ceux qui veulent vivre agréablement doivent s’habiller de cette couleur®. Les anges, les saints dans la gloire sont représentés vêtus