CHAPITRE III
TEINTURE^ DES TISSUS
L’art de teindre les tissus a été pratiqué en Orient dès les temps les plus anciens qu’éclaire l’histoire. L’antique Chaldée le connaissait. La confection immémoriale de broderies et de tapisseries multicolores sulHrait à le prouver. L’Inde, d’où les toiles peintes nous sont venues, et la Chine, patrie de la soie, ont appliqué de tout temps des procédés de teinture. Les annalistes du Céleste Empire font remonter au règne mythique de Chin-Noung, successeur de Fo-IIi, l’attrihulion au.\ dillérentes classes de la population de vêtements de couleur spéciale destinés à distinguer les rangs. Le jaune, couleur du soleil, fut des lors réservé aux membres de la famille impériale. Le Chouking mentionne, sous le règne de l’empereur Yao (2206 ans avant notre ère) des soieries rouges, blanches et noires.
Les Égyptiens, qui furent les meilleurs chimistes de l’antiquité ou, pour mieux dire, les créateurs de la chimie (ainsi nommée d’un des anciens noms de l’Egy])le), savaient produire des teintures variées et solides. Des peintures funéraires vieilles de quatre à cinq mille ans témoignent déjà d’un habile emploi des couleurs. Les teinturiers égyptiens n’ignoraient môme pas rartificc des mordants qui suppose une industrie avancée. Pline décrit et admire les effets de ce procédé que les Romains n’auraient pas été capables d’imiter : « Dans le nombre des arts merveilleux que l’on pratique en Égypte, doit, dit-il, figurer la préparation des toiles qui servent à faire des vêtements. On les peint, non en les couvrant avec des couleurs, mais en appliquant des mordants, qui d’abord ne paraissent pas dans les lis-
tEn’TURË DES TISSUS
SUS. Les loiles, plongées dans une chaudière de teinture bouillante, sont retirées un 'instant après colorées. Ce qu’il y a de surprenant, c’est que, quoiqu’il n’y ait qu’une couleur, le tissu en reçoit do dilTérentes, selon la qualité des mordants, et ces couleurs ne peuvent ensuite être emportées par le lavage *. » Les Phéniciens, instruits peut-être à l’école des Égyptiens, pratiquèrent l’industrie tinctoriale avec un succès qui rendit leurs produits célèbres dans l’antiquité. Ils découvrirent de nouvelles et splendides couleurs. La Bible parle souvent des élofies teintes de Tyr. Dans VExodc, Jébovah ordonne à Moïse d’employer à la construction du tabernacle des tissus teints en byacintbe, en pourpre, en écarlate, des peaux de mouton teintes en rouge et en violet
L’industrie savante de la teinture pénétra tardivement en Europe. Les Grecs, avant Alexandre, et les Romains, avant César, ne portaient que par exception des vêtements de couleur. Les courtisanes, qui, pour attirer les regards, ont toujours eu le goût, on pourrait dire professionnel, des couleurs voyantes et des toilettes tapageuses, se mirent les premières à porter des vêtements brillamment nuancés. Des lois même en firent la marque distinctive de leur condition et obligèrent les hétaïres à se parer de tuniques bigarrées afin qu’on ne pût les confondre avec les femmes honnêtes, vouées au blanc, symbole de pureté morale. Néanmoins, les matrones, toujours disposées à imiter les artifices et les moyens de séduction qu’elles voyaient, à leur détriment, si bien réussir aux courtisanes, adoptèrent aussi les vêtements de couleur, et les vases peints les représentent souvent vêtues d’étoffes bariolées h Mais une loi, citée par Lucien, défendait de paraître dans les cérémonies religieuses avec des habillements colorés, soit pour rappeler un moment les réfractaires à l’austérité des mœurs antiques, soit afin d’éviter aux yeux artistes des Grecs les disparates de couleurs juxta-