Artis amatorix, lit, 1S
TEiNTühE Î3ÈS TISSUS
fleurs qui ressemblent à un parterre, et abandonner aux lustrions du cirque les broderies d’or et d’argent.
Les Gaulois nos ancêtres avaient un goût prononcé pour les couleurs vives, \irgile', Tacite^ et, huit siècles jilus tard, le moine de Saint-Gall parlent de leurs saies multicolores. Le dernier constate que les Francs de Charlemagne leur avaient emprunté l’usage des sayons rayés. La tradition de ces vêtements, à raies de couleur se retrouve encore dans la limousine des paysans du centre de la France, la cape espagnole et \eplaid écossais. Pline attribue expressément aux Gaulois l’invention des tissus a carreau.x^. Les Calédoniens portaient aussi de cesétofTes quadrillées que nous appelons écossaisses, et le terme de larlan qui sert à les désigner, semble dérivé du gallique larslin^- (en tiavers). Chez les Highlanders, la nuance et l’entrelacement de ces carreaux avaient une signification héraldique et servaient, comme les tatouages d’autrefois, à reconnaître les clans. Pline lait 1 éloge de 1 habileté des teinturiers gaulois, mais avec une restriction qui en diminue beaucoup la valeur : <c Les Gaulois transalpins, dit-il, reproduisent avec des herbes la pourpre tyrienne, la conchylienne et toutes les autres couleurs..., mais ces teintures ont le défaut de ne pas supporter le lavage » Il était donc diflîcile d’approprier des vêtements aussi peu solidement teints, et il fallait les porter jusqu’à usure complète.
Comme les populations de l’antiquité, celles du moyen âge ne pillent gucre, saul une aristocratie restreinte, se permettre le luxe de la couleur et durent s’habiller uniformément des seules nuances naturelles aux lainages, le blanc, le brun et le noir. Ces teintes caractéristiques se retrouvent dans le costume traditioimel des ordres monastiques, d’où les autres couleurs sont sévèrement exclues, à titre de superfluité mondaine. L’industrie tinctoriale, déchue et presque abandonnée en Occident par suite
1. O VirgaÜs lucenl sagulis » (^Enéide, Vlü, 66o). a. « Saguhs multicoloribus » (Hisloires, V, 28).
5. Michelet, Originea du droit, p 20Q ü. llist. nal., XXII, 3.
APl'MCATION bES COlLEURS A l’iI AlULEEMENT
des in\asions des Barbares, se inainlinl mieux en Orient et particulièrement à Byzance. C’est de là rpie, jusqu’au xii“ siècle, les princes et les gens d’église tirèrent les tissus somptueusement colorés dont se composaient leurs habillements d’aj>parat. Après les premières croisades, les riches cités italiennes, \'enise. Gênes et Morcnce, instruites par leurs relations avec les Byzantins, firent renaître l’art de teindre et lui durent en partie la renommée de leurs manufactures de draps et de soieries. Le premier recueil connu de procédés tinctoriaux ( Marisijola cicl nrle (le (jli linlori) parut à Yeniseen i V.2q. l^êjà les blandres avaient acquis aussi de la réputation tlans ce genre de travail. La l' rance, f|ui devait y exceller à son tour, se mit le plus tardivement à l’œuvre. Sous François I", un Flamand nommé Gilles Gobelin étant venu fondera Paris un établissement de teinturerie sur le modèle de ceux qui prospéraient dans les blandres, 1 entreprise parut si téméraire que sou atelier fut (pialifié de « Folie Gobelin ' », et le succès dont il étonna nos aïeux ne put, selon les idées du temps, être exjdicpié que. par un pacte avec le diable. Ce fut le point de départ d’une de nos fabriques nationales les plus renommées.
Nous ne pouvons exposer ici en détail l’Iiistoire des cotdcurs sans nondjre usitées dans la teinture ; bornons-nous a donner quelques brèves indications sur celles qui ont joui de la plus grande célébrité.
Le rouge de pourpre fut longteiups, à raison de son éclat, la couleur la plus estimée. On en para les idoles des divinités et les personnages puissants. Le droit de porter la pourpre devint un privilège royal, consulaire, sénatorial et impérial. La robe rouge, costume des cardinaux dans le clergé catholique, continue par' tradition la toge rouge des sénaleur-s romains. Les empereurs byzantins se réservèrent cette couleur comme un attribut de la majesté impériale, d’où les expressions « revêtir la pompre », R né dans lapomque » (porpbyrogénètc). AuxxiC et xiii" siècles, l’écarlate constituait en France un droit seigneu-