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CHAPITRE II

TEXTILES ANIMAUX

L’emploi des peaux dans le costume, prépondérant et presque exclusif tant que dura le régime de la chasse, ne pouvait pas toujours suffire. La matière même manqua lorsque les populations humaines s’accrurent. Parmi les gibiers que l’on pourchassait de préférence, peu fournissaient des dépouilles propres à servir de vêtements, et, plus on leur faisait une guerre active, plus ces ressources devenaient rares. Il en fut de même des pasteurs adonnés à l’élevage des troupeaux domestiques. Bien que, au début, ils se fussent attachés à soumettre des espèces moyennes qui, comme la brebis et la chèvre, étaient doublement précieuses, puisqu’elles pouvaient à la fois les nourrir et les habiller, les exigences de la vie pastorale les amenèrent plus tard à leur adjoindre diverses espèces, le porc, le bœuf, l’âne, le cheval, le chameau, recommandables comme alimentaires ou auxiliaires, mais dont la dépouille n’avait guère d’utilité comme vetement. Il arriva donc un moment où l’insuffisance des peaux contraignit de chercher à se procurer d’autres ressources.

L expérience dut faire reconnaître que, dans les peaux employées pour se vêtir, le poil conservait le mieux la chaleur, et que. dénudé, le cuir, rude et grossier, habillait fort mal. L’idée vint de confectionner des vêlements avec les plus fins de ces pelages, cl 1 on put remarquer d'ailleurs que, dans les espèces lanigères, les toisons se détachaient d’elles-mêmes â l’époque de la mue. On imagina de recueillir ces flocons, puis de les meltrc en œuvre par l’invention de la filature et du tissage. Ces industries une fois créées, on trouva do grands avanlages à dépouiller vivants

MATIÈRES PREMIÈRES IlE l'iI ABILLEMENT

les animaux domesliques dont le poil pouvait servir de textile, et à composer avec cette matière des tissus souples et chauds, sortes de peaux artificielles qu’on obtenait sans causer la mort delà bête, qui donna dès lors, comme un produit annuel, cette dépouille renaissante.

La laine est le plus précieux des textiles fournis par les animaux, le mieux approprié à la lonclion vestimentaire. Grâce a ses propriétés isolantes, elle garantit également des extrêmes opposés de température et permet de braver soit le froid des hivers du Nord, soit l’atmosphère embrasée des étés du Midi. Ses emplois, infiniment variés, se prêtent à d innombrables besoins. On en fait des draps, des serges, des tissus croisés, des flanelles, des tricots, des feutres, des couvertures, des tapis, des tentures, des étofl'es d’ameublement, des matelas, des sièges, etc. Les applications de cette substance seraient illimitées si la production pouvait l’être aussi.

En Asie, où, selon toute vraisemblance, s’opéra, dès le début delà phase pastorale, la domestication delà brebis', l’exploitation de la laine comme textile usuel est immémoriale et bien antérieure à l’âge historique. Ce fut sans doute la première substance que la filature put largement utiliser. La mythologie grecque avait consacré le bélier à Mercure qui, selon la Fable, apprit à le dépouiller de sa toison, et l’attribution de cet animal au dieu du commerce atteste l’importance de la laine dans les échanges primitifs. D’après les légendes hébraïques, des troupeaux de brebis composaient, dès les temps rappelés par la Genèse, la principale richesse des peuples pasteurs. En Judee, à l’époque des rois, la tonte était l’occasion de grandes réjouissances, et les princes de la maison de David célèbrent pai des fêtes cette récolte bénie ^

Les Égyptiens qui avaient reçu tardivement le mouton, tenaient la laine pour impure. Leurs rites religieux ne consacraient que le lin, et Hérodote dit que les Égyptiens, bien que portant parfois sur leurs vêtements de lin un manteau de lame.

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