Itois, 1, XXV, 7, 36 ; II, xiii
TEXTILES ANIMAUX
ne pouvaient pas entrer, ainsi couverts, dans les temples. Les Grecs et les Romains, au contraire, faisaient généralement usage de tissus de laine et ne travaillèrent d’autres textiles que par exception. Il en fut de même en Europe durant tout le moyen àgo j car, jusqu a la renaissance, 1 emploi des tissus de lin et de soie fut extrêmement limite. Depuis un siècle, le coton partage avec la laine le privilège d’habiller les populations civilisées, mais sans pouvoir lui enlever son antique prééminence. Les toisons de l’espèce ovine sont toujours le plus précieux, le seul indispensable de nos textiles.
C’est par le travail des lainages que les peuples modernes de l’Europe ont préludé à leur prospérité industrielle et commerciale. Vers la fin du moyen âge, la labrication des draps fut pour Florence et pour les Flandres une source de richesse. Au XI v" siècle, l’emploi des laines anglaises dans les ateliers flamands était assez important pour influer sur la politique des deux pays. Jacques d’Artcveld, voulant engager ses concitoyens à embrasser le parti d’Édouard III, leur représentait que « sans le roi d’Angleterre ils ne pouvaient vivre. Car toute Flandre était fondée sur draperie, et, sans laine, on ne pouvait draper ». Cela décida les communes. Bientôt après, l’Angleterre établit chez elle cette lucrative industrie, point de départ de sa fortune manufacturière. Par tradition et reconnaissance, la Grande-Bretagne fait asseoir ses premiers magistrats (le lord maire de Londres, le président de la chambre des lords) sur un sac de laine, digne trône de rois marchands.
Longtemps spéciale à une région moyenne de l’ancien monde, la production de la laine s’est étendue avec la civilisation européenne qui a disséminé l’espèce ovine dans toutes les colonies où se rencontraient des conditions propices à son élevage. Transportés en Amérique, aux États-Unis et à la Plata, au Cap, en Australie, à la Nouvelle-Zélande, des troupeaux de races choisies y prospèrent à miracle et fournissent aux manufactures des quantités croissantes de ce textile dont l’emploi commence à pénétrer par importation dans l’Extrême-Orient où il était jusqu’ici peu usité. La Chine, le Japon et l’Asie centrale pourraient ouvrir au commerce des lainages un immense débouché.
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Depuis l’époque romaine, mais surtout dans les temps modernes, on s’est appliqué à développer la qualité des laines, non moins désirable que leur quantité. Les anciens, réduits à des types imparfaits, ne récoltaient que des laines courtes, rudes et grossières. Les tissus communs qu’ils en pouvaient retirer devaient olTrir plus d’analogie avec le droguet des paysans fpi’avec nos étoffes moelleuses, faites de laines améliorées. Durant la phase gréco-romaine, les laines de .Miletet deTarentc avaient le plus de réputation, l’iine dit qu’on avait soin de couvrir les botes de housses pour donner à leurs toisons plus de mollesse et de douceur*. Les modernes ont obtenu de meilleurs résultats par d’intelligentes sélections et la création de types supérieurs-. L’adoption, pour la fdalure et le tissage, d’appareils mécaniques d’une grande délicatesse, fait de plus en plus rechercher les laines Unes, et l’on est arrivé à en produire qui, comme celle de la race charrnoise, sont susceptibles de fournir 55 kilomètres de fil au kilogramme.
Quelques chiffres feront apprécier l’importance de la laine dans notre ordre économique. Au commencement du xix® siècle, la production de ce textile dans le monde civilisé ne dépassait pas 200 millions de kilogrammes. Elle s’est élevée depuis à 691 en 1879 et à plus de i 200 millions (i 2iG35i 000) en 1900. Dans ce total la France figurait pour environ 4 7 millions de kilogrammes, l’Australie pour 26S millions et demi, la Plata pour 235 millions et demi, l’.Vngleterre pour 63 millions et demi, l’Allemagne pour 22 millions et demi, l’Espagne pour 46 millions et demi, l’Autriche pour plus de 29 millions, la Russie pour i63 millions et demi, le Cap, le Matai et l’Etat d’Orange ensemble pour plus de 45 millions, etc.** La xaleur totale de ce milliard de kilogrammes de laine était supérieure à 3 milliards de francs. D’après le Board of trade, les principales contrées manufacturières employaient, en 1887, les quantités suivantes de laine : la France tenait la tête avec 190 millions