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Bourdeau.
Habillement.
HISTOIRE DU COSTUME
général, sous la prudente réserve des exceptions que motive un autre proverbe également ancien : « L’habit ne fait pas le moine *. »
De même que, pour le naturaliste, un mollusque se reconnaît à sa coquille, pour l’bistorien chaque genre de vie, chaque état de civilisation se caractérise |)ar une manière de s’habiller cpii, en rapport avec les besoins et les ressources d’un groupe déterminé, montre l’avancement de ses industries, son degré de culture comme sentiment de l’art, le niveau de sa délicatesse morale, l n sauvage coureur des bois, un arabe du désert, un paysan cultivateur, un ouvrier de fabiLpie, ne peuvent pas être vêtus de la même façon. De non moindres dilVérences distinguent le soldat harnaché pour la bataille, le bourgeois babillé pour le loisir, l’homme du monde paré pour la représentation. Là môme où l’on n’obéit [ilus à de formelles nécessités, on cède encore à des convenances de situation. Le roi sur son trône, le prêtre à l’autel, le magistrat sur son siège, le fonctionnaire olliciel, veulent imposer le respect par la solennité de leur mise, et c’est là trop souvent leur meilleur titre à la considération des foules.
Les modifications que subissent les habillements de siècle en siècle, de génération en génération, parfois même d’année en année, ont la signification d’un indice, au double j)oint de vue historique et philosophique. Ces changements s’expliquent par les développements de la production, les transformations de mœurs et les renouvellements de l’idéal. Comparez en France, durant le' laps de vingt siècles, un Gaulois d’avant César, vêtu d’une saie bariolée, un (iallo-Romain drapé dans sa toge, un Franc du temps de Charlemagne, vêtu de [>eaux comme les barbares, un paladin des croisades, tout bardé de fer, un légiste du xiv‘^ siècle, en bonnet fourré et en robe longue, un courtisan de François l”'', dans le costume élégant et dégagé de la Renaissance, un grand seigneur du temps de Louis XIV, solennel et pompeux sous sa perruque monumentale, un roué de la régence, pimpant et poudré, un bourgeois de nos jours, en chapeau
Cel aphorisme satirique, qui sc lit déjà dans le Roman de la rose (vers 11G79), ne fait que traduire une épigramme latine sur les prêtres d Isis : « Iriacum non facit linisiola ».
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rond et en paletot... Ne sont-ce pas là comme autant d’espèces d’hommes dilTérentcs, plus distinctes à coup sûr que celles dont la détermination en zoologie se fonde sur des variations de pelage onde plumage.^ A considérer la diversité successive de ces types, on comprend mieux les mutations accomplies dans notre histoire, car là où apparaît une forme nouvelle de vêtement, on a le signe visible d’une transformation qui s’est opérée dans les esprits, les mœurs et les choses. « Mon avis décidé, dit en manière de boutade un historien philosophe, est que le plus grand changement de l’histoire est l’avènement du pantalon... Il marque le passage de la civilisation grecque et romaine a la moderne... Rien de plus dillîcile à changer qu’une habitude universelle et journalière. Pour déshabiller et rhabiller 1 homme, il faut le démolir et le refondre* ». Sous ce paradoxe apparent, il y a plus de vérité que dans bien des philosophies de l’histoire.
Là où une môme forme de vêtement se perpétue pendant des siècles, comme chez les peuples barbares, on esf en droit d’affirmer que la civilisation reste stationnaire. Là au rebours où, comme en Europe, les habillements subissent de continuelles modifications, il faut y voir une preuve de large aisance et de rapides progrès. Loin d’être un témoignage d’incurable légèreté, l’inconstance de nos modes atteste une civilisation supérieure, versatile parce qu’elle est féconde et qu’elle a toute latitude {wur raffiner son idéal à mesure que ses productions se diversifient. Dans son curieux traité Du manteau, Tertullien expliquant pourquoi il a quitté la toge romaine pour le manteau des philosophes, allègue que rien n’est plus naturel que le cbangenicnt de costume, que la nature nous donne l’exemple en revêtant des aspects variés, et il développe agréablement ce tbeme d amplification oratoire L Lorsque tout change en nous et autour de nous, faut-il s’étonner que le goût public’, en situation de satisfaire ses caprices, soit toujours en quête de nouveaux habillements .3 Ceux des pères ne conviennent plus
Taine, L'Italie et la ,ie italienne, dans lieene des Deux Mondes, a. Tertuttien, De pallio.
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aux enfants, car les conditions ne sont déjà plus les mêmes. Les modes de l’an passé sont allées rejoindreles roses d’antan, et la mode d’aujourd’hui sera le ridicule de demain. La fantaisie humaineapour loi desejouer,quandellelepcut, en de perpétuelles métamorphoses. Fdleallirme ainsi sa prééminence sur la condition des animaux, réduits à porter toujours la même livrée, et, par la versatilité de ses goûts, elle montre la richesse de ses conceptions eslhélicpies.
Ce n’est point là, du reste, comme on pourrait croire, un travers particulier à notre âge. Les anciens 1 ont aussi connu, quoique avec une intensité moindre, parce que la cause qui le produit agissait avec moins de puissance. Il ne lant pas, en elTet, se faire illusion sur la permanence de leurs modes d’après l’apparente uniformité des représentations de 1 art. La simplicité du costume dont sont revêtues les figurations iconographiques depuis Périclès jusqu’à Constantin, n’implique nullement l’immutahilité de la mode pendant ces huit siècles. Ce n’était là qu’un modèle d’habillement idéal, nn type conventionnel de haut style, adopté par les artistes comme le plus favorable à la beauté des lignes par le jet des draperies, et la meme anomalie s’est perpétuée jusqu’à nous dans les représentations de l’art, quoique ce contresens viole de plus en plus outrageusement les lois de la vraisemblance historique. Non moins changeants
et capricieux que nous, les Grecs et les Romains ont admis et abandonné tour à tour une foule de costumes imités de l’étranger ou imaginés sur place. Après Alexandre et César, la diversité des vêtements répondit à celle des peuples rapprochés et des mœurs confondues par la conquête. Les textes et les monuments font voir que, sous l’empire, les variations de la mode et la singularité des costumes étaient usuelles à Rome. On pouvait, sous Auguste, y rencontrer dans la rue un médecin en perruque, tenant un parapluie à la main, un marchand coiffé d’un chapean à larges bords, un avocat en robe de chambre, un chevalier en pantalon collant, à la mode perse, des femmes avec un corset et des brodequins à talons hauts, etc. h