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Quichorat, flist. du costume en France, p. 48o

d’acheter un objet de luxe dont ils ne sentent guère le besoin et dont ils ne demanderaient qu’à se passer. Ceux qui peuvent en faire la dépense veulent du moins qu’il dure autant qu eux. Ils le portent plié avec soin sous le bras et ne le mettent qu en entrant à la ville, pour éviter un proces-verbal ‘. On a bien tenté aussi d’enseigner aux Polynésiens à chausser des pantalons ; mais c’est là pour eux un costume fort gênant qu’ils ne revêtent que par circonstance^ dans leurs rapports de cérémonie avec les Européens. « Rentrés chez eux, dit un voyageur, le I)'' Brassac, les visiteurs se bâtent de quitter leur pantalon pour se mettre à l’aise, absolument comme nous ôtons nos gants. »

La préparation des vêtements pour hommes (habits divers, pantalons et gilets) est une grande industrie qui a pris une importance nouvelle depuis l’invention des machines à coudre et l’établissement des magasins de confection. Comme élément de comparaison entre les prix d’il y a cinq siècles et ceux d’aujourd’hui, disons qu’une ordonnance de janvier i35o fixait à « cinq sols » la façon d’un habit avec grandes manches pendantes, chaperon compris.

Le costume des femmes a moins varié que celui des hommes, par suite de leurs habitudes sédentaires, de l’uniformité de leurs occupations, et de la modestie dont tous les âges leur ont fait une vertu. 11 se compose toujours de vêtements longs, drapés ou demi flottants. Il y a moins loin de l’ample chemise des Egyptiennes aux temps pharaoniques ou de la tunique des Athéniennes que sculptait Phidias à la robe des dames de nos jours, que de la toge romaine à nos habillements ajustés. Depuis peu seulement, quelques indépendantes, qui rêvent le~complet affranchissement de leur sexe, ont proposé d’abolir la jupe, symbole de servitude domestique-, et de modifier, en le rendant plus libre et plus dégagé, le costume féminin, fait pour la vie intérieure, en vue de le rapprocher du- costume masculin, fait pour l’action au dehors. Grâce aux connivences de la mode, elles ont bien pu

I . Clauflio .lanet, La Société au Mexique, lievue des Deux Mondes, i5 juillet 1898.

lIISTOlUE m; COSTUME

rovùtir déjà nos jaqnelles cl nos gilets; mais l’essentiel et le diiricde serait cl arhorcr aussi le pantalon on, comme disaient nos pères, de « porter culotte », en signe d’égalité, sinon de suprématie. Cette réforme, rjui marcpierait dans la condition et les mœurs des feinincs une révolution plus profonde cpi’aucunc de celles chi passé, n’a guère chance de s’opérer avant qu’elles aient coiupiis I egalit(^ civile et politique revendiquée par d’ardentes no^atrices. lontefois si, jnscju’à nous, les femmes ont (‘té, a raison de leur sujétion, réduites à porter un costume dont les traits généraux sont a.ssez constants, elles se sont dédommag(‘es de la sim|dicité du fond par la diversité des accessoires, et leur fantaisie s’est exercée sur le détail de l’ajustement. (iérard de .\erval définit la femme un composé d’étoiles de soie, de velours, de rubans, de dentelles, de plumes, cTc lanfreluches et de bijoux. « On ne sait pas trop, ajoute-t-il, ce qu’il y a au milieu de tout cela, mais c’est si bien arrangé ! »

En Krancc, depuis l’établissement des corporations, les femmes étaient, comme les hommes, habillées par celle des (c maîtres tailleurs » qui, jalouse de ses privilèges, ne soulTrait pas d’empiètements sur ses attributions. En 1670, un cklit de Louis XIV, « considérant qu’il était dans la bienséance et convenable à la pudeur et à la modestie des femmes et filles, de leur permettre de se faire babiller par des personnes de leur se.xe... », autorise les couturières à faire des vêtements de femmes. Néanmoins, les élégantes de nos jours, passant par dessus la bienséance, la pudeur et la modestie, reviennent aux couturiers, rendant ainsi nn hommage involontaire à la supériorité du gOi'it viril, même en matière d’alfiqucts. .

On doit faire remonter aux femmes de rantirpiité la fiicbcuse invention des corsets. Les Grecques, pour se maintenir la taille, se servaient de minces planchettes de tilleul, les Romaines do bandes d’étofle enroulées et serrées autour du buste. Les jeunes filles, qui auraient eu le moins besoin de cet artifice, y recouraient pour SC faire une taille fine et mériter d’être appelées jiinceæ piiellæ. Un passage de Tércnce montre que cette mode sévrs.sait déjà du temps des Scipions : « Ce n’est pas, dit un amoureux de sa maîtresse, une fille comme les nôtres, à qui les

HISTOmE SPECIALE DU COSTUME MODERNE

mères abaissent les épaules et serrent la poitrine pour qu’elles aient la taille élancée. Quelqu’une a-t-elle un peu d’embonpoint, on lui coupe les vivres. La constitution a beau être solide, à force de régime on en fait de véritables fuseaux. On les aime ainsi *. » Sous les Césars, les femmes faisaient usage d’un corset perfectionné appelé mamillare'^. Une autre forme, le capilium, était analogue au corset que portent encore les femmes de la campagne romaine Cette mode funeste, inconnue en France au moyen âge, fut introduite par Catherine de Médicis, et s’est maintenue depuis lors, malgré les protestations des artistes et des médecins. La princesse palatine raconte, d’après sa tante, la duchesse de Hanovre, que, lorsque le czai- Pierre U'' et les princes qui l’escortaient dansaient, ils prenaient les corsets des dames pour leurs os, « et le sar, à ce (ju’on raconte, aurait dit : — Diable! comme les dames allemandes ont les os durs » (Lettre du 25 août 1697). L’usage du corset u’aiait pas encore pénétré en Russie. Le rapporteur de l'exposition de i855 qualifie le corset « d’instrument de gène et de mensonge ». Mais les femmes passent volontiers sur la gène cl ne répugnent pas au mensonge si elles croient ajouter ainsi à leur beauté ou en masquer les ravages.

L’usage de se voiler la figure est aussi ancien que la pudeur ou la coquetterie des femmes, et peut-être que la jalousie des maris. « Lycurgue, rapporte Plutarque, avait décidé que les filles sortiraient le visage découvert et les femmes voilées, afin que les filles trouvent un mari et que les femmes gardent celui qu’elles onlL » La première de ces raisons n’a pas touché les Arabes, chez qui les filles, à partir de la fin de l’enfance, sont scrupuleusement voilées, et le mari qui les prend, obligé de se fier à des rapports de matrones, ne connaît le visage de sa femme qu’après la cérémonie, ce qui coupe court à tous les romans. La coutume de paraître en public voilées scndilc avoir pris naissance dans les mœurs polygamiques île l’Orient. Elle

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