‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 184 sur 232 · I. Thiers, Ilist. des perruques · texte numérisé non relu

I. Thiers, Ilist. des perruques

a. Recueil des anciennes lois françaises, t. XX, p. 484,

IIISTOiniî DU COSTUMK

ressources, ou décida que rainbassadeiir sérail autorisé à porlcr perruque, sans encourir l’exliérédalion, quand il mellrail le pied sur la lcrre de France, mais astreint à s’en dépouiller à la sortie

Les perruques solennelles du grand siècle, a]>pelées binelles, du nom de Binet, fournisseur attitré de Louis XIV, étaient trop incommodes pour rester longtemps en usage. Le xviii® siècle les réduisit à des dimensions moins extravagantes et leur donna des formes variées. D’après VEncyclo[jédie pcrru>iuière de Beaumont (1757), on distinguait par des désignations spéciales quarante-sept sortes de perruques (la cliancelière, la financière, la perruque d’abbé, la perruque à marteau, la moutonne, etc.). On y avait ajouté, dès la fin du règne de Louis XIV, la mode non moins singulière de la pondre. L’abus ])iit de telles proportions (pic, sous Louis XVI, on accusait ce gaspillage de faire bausscr le prix des farines. La corporation très importante des perruquiers ne com[)lail pas alors à Paris moins de 8ôo membres, cl la plus inutile des industries représentait, comme valeur, le sixième de toute l’industrie franijaisc. Lorsque Turgot voulut abolir sans indemnité les corporations de métiers, il fut obligé d’cxccplcr celle des perruquiers, à cause du prix élevé des maîtrises ; et quand, ensuite, l’Assemblée nationale décréta la mesure, mais en accordant des indemnités, les perruquiers eurent pour leur part 22 millions de francs sur 120 à réjiarlir entre toutes les coiqioralions *. Quel jour jettent de pareils cbillres sur l’état économique de rancicnne b' rance ! Il n’a pas fallu moins qu’une révolution sociale [lonr faire disparaître l’absurde coutume de se raser la tète afin de porter, cniarinés, les ebeveux d’autrui, et pour ramener la mode, deiinis générale, des ebeveux courts, ün est ainsi revenu à la nature et au sens commun. (( L’abbé Galiani, écrivait Grimm, [irélcnd qu’il n’est pas bien sûr qu’on puisse avoir du génie en portant une perruque ou en frisant ses ebeveux et en les enfermant dans une

I. Mémoires du marquis de Sourclies, 7 décembre 169V a. üaudritlarl, Hist. du luxe, t. tV, ji. 4^3.

coiffures a4i

bourse, et il attribue à ces usages notre infériorité à l’égard des anciens'. »

Une conséquence notable de la mode des perruques est l’usage auquel nous sommes restés fidèles, d’avoir la tète nue en société. Auparavant, on gardait son chapeau chez le monde et en mangeant. Même h la table de Louis XIV, ceux qui avaient l’honneur d’y être admis restaient coiflés. « A ces repas, dit Saint- Simon, tout le monde était couvert ; ç’eût été un manque de respect, dont on vous aurait averti sur-le-champ, de n’avoir pas son chapeau sur sa tête. Monseigneur même l’avait; le roi seul était découvert. On se découvrait quand le roi vous parlait ou pour parler à lui -. » Le duc de Luynes remarque dans ses Mémoires qu’il n’en était plus ainsi à la cour de Louis XV L La coutume nouvelle de rester la tête découverte et de porter le tricorne à la main ou sous le bras s’établit par suite de l’inconvénient qu’il y aurait eu, avec des perruques poudrées, à se coillcr et à se décoiffer sans cesse en répandant autour de soi des nuages de farine.

Les usages relatifs a la barbe ont etc plus variables encore que ceux qui concernent la chevelure, parce qu’au lieu de jouer un rôle utile, cet appendice viril ne remplit qu’une fonction décorative qui relève de la seule fantaisie. Avant l’invention desrasoirs, qui date de l’âge du bronze, les hommes devaient poitei la barbe entière; mais peut-être l’avaient-ils courte et peu fournie, comme la plupart des sauvages de nos jours, car c est suitout 1 habitude de la couper qui lui a fait prendre des dimensions. Les premiers peuples qui jouirent de cet ornement en firent grand cas. On représentait les dieux et les héros avec de longues barbes pour leur donner l’air plus vénérable. « L’homme sans barbe, fait dire Ovide au cyclope Polyphème, est aussi laid qu’un arbre sans feuilles, un cheval sans crinière, un oiseau sans plumes ou une brebis sans toison. » Suivant Hésychius,

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