Pline, ibid., vn
HISTOIRE DU COSTUME
recruté en Sicile un personnel de barbiers grecs, ramenés comme esclaves (3oo avant notre ère). Scipion l’Africain, quoique descendant du vieux Barbatus, accrédita par son exemple cette mode qui, ensuite, se maintint pendant quatre siècles, comme on le voit par les statues iconographiques et par les médailles. Durant cette période, on ne laissait pousser sa barbe qu’en signe de deuil'. Ce fut Hadrien qui remit en honneur le port de la barbe, à cause, dit son biographe, de plaies qu’il avait au visage et qu’il désirait cacher^ La mode fit alors prévaloir une barbe taillée et arrangée avec art (bene barbatus).
Au rapport de Diodore de Sicile, « les nobles gaulois se rasaient les joues, mais laissaient pousser les moustaches, de manière qu’elles leur couvraient la bouche. Aussi leur arrivait-il, en mangeant, que les aliments s’y embarrassaient, et que, lorsqu’ils buvaient, la boisson y passait comme à travers un filtre '’ ». Les Barbares qui, au iv" siècle, envabirent les provinces de l’empire, laissaient croître leur barbe et lui devaient en partie leur aspect farouche. Seuls, les brancs, adoptant la mode gauloise, avaient le visage rasé, à l’exception de longues moustaches effilées et tombantesL Chez les Anglo-Saxons, le Wer- '(jild, ou taux des amendes pour les blessures, fixait a 20 scbellings le préjudice causé par la pUl te de la barbe, tandis que le prix à payer pour une cuisse cassée n’était que de 12. H faut en tout de la proportion. A la Renaissance, une belle barbe était plus prisée encore. Paul Jove raconte qu une dispute acharnée s’étant élevée entre deux hellénistes sur la valeur d’une diphtongue grecque, ils engagèrent réciproquement leur barbe comme enjeu du débat. Le procès vidé par des arbitres, le perdant voulut en vain racheter la sienne. Le vainqueur impitoyable (il n’est pire vanité que celle d’érudit) fit raser court son adversaire qui, plus honteux de son menton déshonoré que de
I. Duruy, Hist. des Flomains, t. III, p. aaS. a. Sparlien, Vie d //adrien, 24.