Jiibltolh. histur., V
« Ac vullibus undique rasis
Pro barba tenues pcraranlur pectine cristœ. »
(Sidoine Apollinaire, Carmen in pane g. Majonam.)
COIFFUHES
son ignorance reconnue, s’exila pour cacher sa déchéance. De Ici viendrait la locution universitaire « faire la barbe » à quelqu’un, bien qu’elle n’ait plus guère cours que parmi des écoliers imberbes.
En France, au commencement du xvi'’ siècle, l’usage était de porter les cheveux longs et la barbe rase. François F'’, ayant, dans une orgie de carnaval, reçu à la tète un tison enflammé, fut obligé de se faire couper les cheveux et les conserva courts tout le restant de sa vie. Par manière de compensation, il laissa croître sa barbe, selon l’usage italien. L’exemple du maître fut promptement suivi ; mais alors ce prince, non moms cupide que prodigue, vit dans cette mode nouvelle une excellente occasion de lever des taxes somptuaires, et soumit à un impôt le droit de porter la barbe. Il n’y eut de franchise que pour les nobles. Bourgeois et vilains durent acheter le plaisir d’être parés de cet ornement naturel. Une ordonnance de i533 envoyait ramer sur les galères de l’État ceux qui prétendaient ne payer ni des barbiers, ni le trésor. L’usage de porter la barbe entière se maintint un siècle, de François F*' à Henri IV. L’Église, malgré l’exemple de Jules II ', et les Parlements, ennemis de toute « nouvelleté », opposèrent seuls de la résistance. Lorsque Guillaume Duprat, porteur d’une des plus belles barbes du temps, fut nommé évêque de Clermont et voulut, en i535, prendre possession de son siège, il trouva les portes de sa cathédrale fermées, et le chapitre, au lieu de l’y recevoir, lui présenta une paire de ciseaux sur un plat d’argent, ainsi que le livre des statuts de l’Église, ouvert au titre De barbis radendis. Il fallut s’exécuter, si pénible que pût être le sacrifice ^ De même, François Olivier ne fut admis au parlement de Paris, en i536, qu a condition de se faire préalablement raser.
Le xviP et le xviii® siècles renoncèrent à l’habitude de porter la barbe qui n’aurait été compatible ni avec les grandes per-
1. La barbe de Jules II scandalisa la chrétienté, qui n’avait connu jusqu’a-
lors (depuis le m» siècle) que des papes scrupuleusement rasés. Aussi, à sa mort, le concile de Latran s’empressa de rétablir pour le clergé l’obligation canonique du rasoir. °