‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 189 sur 232 · Quicherat, Hist. du costume en France, p. 36g · texte numérisé non relu

Quicherat, Hist. du costume en France, p. 36g

HISTOIRE nu COSTUME

niques du temps de Louis XIV, ni avec les perruques poudrées qui leur succédèrent. Un visage barbu aurait en effet paru trop embroussaillé avec les premières et disparate avec les secondes. La mode des favoris et des royales, qui caractérise l’époque de Richelieu, est due à un divertissement singulier du morose Louis XI IL Quand ce triste prince, qui aimait à exercer tous les métiers, hors celui de roi, était las de faire des confitures ou de larder des fricandeaux*, 41 prenait plaisir à raser ses favoris de ses propres mains. Parfois, en manière de jeu, il s’amusait à leur couper la barbe d’une façon grotesque, comme on fait aux caniches, en forme de parterre mal ratissé^. Ce n'était pas un mince honneur que d’avoir été accoutré de la sorte par un merlan couronné, et les courtisans s’empressèrent d’imiter ces heureux chiens, chacun, voulant paraître avoir le roi pour barbier. Cette mode baroque, éclose dans le cerveau d’un hypocondriaque, a persisté jusqu’à nous.

Après son premier voyage dans l’Occident de l’Europe, Pierre le Grand, voulant, comme il le disait, contraindre « son troupeau de bêtes à prendre figure d’hommes », et sous prétexte que « la barbe est un ornement inutile », en interdit le port aux Russes, qui l’avaient portée longue jusque-là. Le privilège de la conserver ne fut accordé qu’à ceux qui paieraient une redevance assez élevée. Un ukase de 1 70.Ô taxait ce droit à 1 00 roubles (4 00 francs) pour les fonctionnaires et les marchands, 60 poulies boyards, 3o pour les habitants de Moscou. Les réfractaires à l’impôt étaient rasés d’autorité. Cette persécution contre les barbes dura soixante ans et fit des martyrs, car plusieurs, tenant à cette liberté plus qu’à aucune autre, émigrèrent plutôt que de se résigner à voir leur menton si cruellement dévasté. Catherine 1 1 abolit enfin cette cause de tyrannie et rétablit le libre port de la barbe. De nos jours, chacun coupe, taille ou laisse croître sa barbe à son gré, et toutes les fantaisies sont tolérées, môme les plus ridicides.

Nous aurions à nous excuser d’avoir aussi longuement insisté

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