Id., Vie de Carin
TEXTILES ANIMAUX
dégénérés. Lorsque, en /|o8, Alaric s’empara de Home, d exigea, entre autre trésors, comme rançon, (( quatre mille tuniques de soie », cbill'rcqui témoigne d’une assez grande abondance de cet article dans le commerce du temps.
Le luxe romain n’avait pu tirer que par intermédiaires et à grands frais la soie du fond de l’Asie, sans entrer en relation avec les peuples inconnus qui la produisaient et auxquels on donnait le nom du produit*. Cependant, une tentative paraît avoir été faite sous les Antonins pour lier des rapports avec le mystérieux pays des Sères, d’où venait la soie, car Abel Rémusat a signalé dans des documents chinois la mention d’une ambassade envoyée, vers 166 de notre ère, parAn-Tbun (Antonin ?), roi du grand Tbsin. Mais tels étaient l’éloignement et les obstacles que cette mission commerciale ne fut pas suivie d’eifets durables. A partir des premiers siècles du moyen âge, l’importation des soieries en Europe s’effectua surtout par les Arabes, maîtres du transit ; on en trouve la preuve dans l’étymologie de la plupart des noms modernes donnés à la soie".
La cherté des soieries, importées de la Perse dans le Bas- Empire, et le désir de les produire sur place, à moins de frais, motivèrent, de la part de Justinien, l’envoi de missionnaires qui réussirent (5û2) à rapporter de Serindes (?) des œufs de vers à soie^ Des fabriques s’établirent à Constantinople pour mettre en œuvre les soies récoltées en Morée, et les soieries byzantines furent recherchées des princes de l’Occident. Grégoire de Tours parle de vêtements de soie comme d’un objet de rare magnificence. A l’apogée de son règne (780), Charlemagne
1. Du mot chinois se (soie) qui, dans les provinces du Nord, se prononce ser, les Grecs firent celui de et les Latins ceux de Serica tellus (pays de la soie), appliqué à la Chine, et de Seras, à ses habitants.
2. L’italien seta, l’espagnol seda, le français soie, l’anglais silk, l’allemand Seide, le russe schelk:.., se lient à l’arabe sada. Après la langue chinoise, qui a près de cent caractères composés où entre comme radical le caractère de la soie, ce sont les langues arabe et persane qui ont le plus grand nombre de mots pour désigner les produits des industries de la soie (Parisot, [.es Industries de la soie, p. 8).
3. Voy. Conquête du monde animal, p. igS, et Conquête du monde végétal, p. 171-173,
MATIÈRES PHEMIÈHES DE L'iIABILEEMENt
envoyait au roi de. Mercie, OlTa, un manteau et deux robes de soie des manulactures de Constantinople, premiers produits de ce genre que mentionne Thistoire d’Angleterre. l'eu après, Louis le Débonnaire interdit à ses sujets de porter des élon'es de soie, et cette prohibition montre que ce luxe, jusque-là royal, commençait à se répandre. Dans les riches et libres citées d’Italie, l’usage de vêtements de soie devint, à partir des croisades, commun au point que, vers le milieu du xiv® siècle, on put voir, d’après ce que rapporte Mézerai, juscpi’à mille seigneurs habillés de soie figurer à Gênes dans une procession. Florence, en i338, ne comptait pas moins de 83 ateliers occupés à la fabrication des soieries.
La France se livra au travail des soies avant de savoir les produire. Dans les Elablissemenls de saint Louis, des règlements sont assignés à six corps de métiers adonnés à l’élaboration de la soie*. Toutefois, cette industrie ne prit quelque imjiortance que sous Louis XI ". Au xvF siècle, le droit de porter des étoH'es de soie était réservé aux nobles. Une ordonnance somptuaire de Henri 11 (juillet ib/ig) défend « à tous paysans, gens de labeur et valets, s’ils ne sont aux princes, de porter pourpoints de soye, ne chausses bandées ne boudées de soye**». Olivier de Serres loue la modestie de ce roi, qui ne voulut jamais « porter bas de soie, encore que, de son temps, l’usage en fiist jà reçu en France'». Sous Henri 1\, la France était tributaire de l’Italie et lui achetait pour plus de millions d’écus d’or (environ 2Ô millions de francs) de soieries pai'an**. Colbert réussit enfin à faire de la production et du
I. « Lassonrs de fil et de soie, lileresses de soie à grands fuseaux, crépiniers de fil cl soie, ouvriers de tissus de soie, ouvriers de draps de soie, lixerandiers de couvre-chefs de soie » (V. Etienne Boileau, Li\'re des métiers').
a. Le kilogramme de soie rpji vaut actuellement (1896) 80 francs, xalait de 4oo à (ioo francs au xiv- siècle ; tel velours ou drap de soie se vendait couramment, au moyen âge, 900 francs d’aujourd’hui, une pièce de « cendal vermeil » sorte de lalfetas, figure dans les comptes de la maison du roi, en i3.'ia, pour I /|00 francs le kilogramme (G. d’Avenel, f.a Soie).