CHAPITRE III
TEXTILES VÉGÉTAUX
Si précieux que soient les textiles de nature animale, ils ne répondent qu’à une catégorie de besoins. Outre qu’ils sont difficiles et coûteux à produire, ils ne réunissent pas toutes les qualités désirables. La laine et la soie, e.xcellentes comme corps isolants pour préserver l’organisme des écarts de température, manquent de cette fraîcheur dont la sensation est agréable dans les contrées et les saisons chaudes. Déplus, elle s’humectent médiocrement, absorbent mal, et, portées sur la peau, laissent s’y accumuler des produits d’excrétion, cause fréquente de fâcheuses incommodités. Enfin, ces substances, par suite de leur peu de résistance et d’autres désavantages, ne convenaient pas à une foule d’applications domiciliaires ou industrielles. A mesure que, sous l’influence de la civilisation, s’étendirent les exigences de la vie humaine, on sentit le besoin d’autres textiles, qui fussent d’une production plus facultative et moins dispendieuse, doués de qualités spéciales et aptes à de nouvelles séries d’usages. On ne pouvait les emprunter qu’à certaines especes de végétaux, dont les fibres flexibles et tenaces olTraient des propriétés que le poil des animaux ne possédait pas au meme degre. La phase agricole apprit à multiplier par la culture les plus utiles de ces plantes, et les ressources en matière de textiles se trouvèrent complétées de la façon la plus heureuse.
L exploitation des substances végétales propres à servir de vêtements remonte sûrement à un âge reculé de la préhistoire, cai il n y avait pas d’expédient plus simple que de composer lîouRDEAu. — Habillcmcnl. 3
MATIÈRES PREMIÈRES DE l’iIAHIELEMENT
avec des feuilles souples et des lianes, qu’on avait partout sous la main, des pièces rudimentaires d’habillement dont on pouvait se contenter dans les régions à climat très doux. Peut-être même l’emploi de ressources de ce genre a-t-il précédé celui des peaux et l’institution du régime de la chasse. Dans la Genèse, Adam et Ève cachent d’abord leur nudité avec des feuilles de figuier, avant c]ue Jéhovah ait pris la peine de leur confectionner des habillements de peaux*. En beaucoup de lieux, notamment dans la Polynésie, où manquaient les espèces de gibiers propres à fournir des dépouilles utilisables, les indigènes n’ont pu se vêtir qu’en tressant des feuillages et des chaumes. Les Maoris de la Nouvelle-Zélande se faisaient ainsi des sortes de mantelets appelés lappas. Aux Etats-Lnis, les populations préhistoriques de l’Arizona et du Colorado, connues sous le nom de Clijf-dwellers, se tressaient avec des feuilles de yucca des vêtements dont on a trouvé des vestiges dans les cavernes qui leur servaient de refuge. On a exhumé de même, des grottes de l’Andalousie, des débris de vêtements en sparte qui devaient ressembler à ceux des Polynésiens et qui datent de l’époque de la pierre polie. Les bergers d’Espagne en portaient encore de pareils du tenqis de Pline’. Des vêtements de ce genre sont mentionnés dans une foule de lieux, durant la période historique. Les épopées de l'Inde décrivent de pieux solitaires vêtus d’écorces d’arbre^. Hérodote et Pline citent des populations de la côte d’Afrique habillées de feuilles de palmier C Cook décrit le vêtement des Néo-Zélandais «composé de feuilles d’une espèce de glaïeul ( phormium lenax). Ils coupent ces feuilles en trois ou quatre bandes, et, lorsqu’elles sont sèches, ils les entrelacent les unes dans les autres et en forment une espèce d’étoile qui tient le milieu entre le roseau et le drap**». Aux premiers siècles de notre ère, les Peres du desert se con-