SUBSTANCES DIVERSES UTILISÉES POUR L’HABILLEMENT
Outre les peaux et les textiles de nature animale ou végétale, beaucoup d’autres matières sont utilisées, à titre accessoire, par l’industrie qui nous occupe. Citons-en quelques-unes afin de donner idée de la variété des ressources mises à contribution par l’ingéniosité de l’homme pour se vêtir ou pour se parer.
Dans les pays à climat pluvieux, comme est celui de l’Europe, le bois est communément employé, au moins depuis l’époque historique, pour la confection de chaussures (sabots, galoches...) hydrofuges et chaudes, dont le bas prix et les avantages compensent l’incommodité, et dont l’usage, en France, est à peu près général dans les campagnes. Le liège sert à faire des semelles hygiéniques et des chapeaux.
Le caoutchouc, d’un emploi si répandu, malgré la date récente de son exploitation, communique aux vêtements deux propriétés inappréciables, l’élasticité et l’imperméabilité. Dès le xvi“ siècle, le caoutchouc est signalé par les premiers explorateurs en Amérique, comme un produit de l’industrie des sauvages qui en faisaient des balles d’une élasticité singulière pour jouer à la paume. Il est mentionné par Fernandez d’Oviedo en i535 (fJistoria general y nalaral de las Indias, Séville, i535, lih. V, cap. 2), par llerrera y Tordesillas, lors du deuxième voyage de Colomb, à Haïti (^Histoire générale desvoy. el conrj. des Castillans dans lesisles et terres fermes des Indes occident., Madrid, 1601, t. I, liv. III et I\'), enfin par Torquemada au Mexique {Monarqiiia indiana, 16 15). Mais ce ne fut longtemps en Europe qu’une curiosité d’histoire naturelle, rangée dans les collections parmi les minéraux et les coquillages. Les premières ap- Bourdeau. — Habillement. [y
MATIÈRES PREMIÈRES DE e’iIARII.LEMENT
plications de celte substance à des articles d’hablllomenl furent faites à Vienne, au commencement de ce siècle, et, depuis, elles se sont multipliées à l’infini. On fabriepe avec le caoutcbouc des tissus, des cbaussures, des bretelles, ceintures, jarretières, cordons, lacets, etc. Si grande est la diversité de scs usages rpi’il n’y a guère de personne aisée rpii n’en porte sur elle sous plusieurs formes différentes.
Des substances minérales de nature fibreuse ont pu être utilisées comme textiles et transformées en tissus. Les anciens savaient lisser l’amiante cl en faire des toiles incombustibles où ils recueillaient les cendres des morts consumés sur le bûcher funèbre, des mèches de lampe inusables, des linges cpi’on jetait au feu pour les blanchir. L’art de lisser 1 amiante a etc retrouvé de nos jours, et l’on en a lait des vêlements rpii préservent les pompiers, luttant avec l’incendie, de l’alleinte directe du feuL Nous avons appris à filer le verre en filaments d’une finesse extrême, où la matière, devenant flexible malgré sa proverbiale fragilité, se laisse engager dans des tissus cpii relèvent ses couleurs et son éclat. Ce textile paradoxal trouve emploi dans les chapes, chasubles, éloles du clergé, tentures, etc. Avec le laitier des hauts fourneaux, on fabrique depuis peu une sorte de laine dite (( minérale », qu’on obtient en projetant sous pression un jet de vapeur sur un courant de laitier en fusion. La substance pâteuse se divise, par l’ellél du choc, en myriades de gouttelettes dont chacune étire après elle un filament llexiblc. Celle laine, passée au crible, jouit de propriétés utiles comme corps non conducteur de la chaleur. On emploie ces laines de scories pour renqilir l’intervalle des cloisons, les rendre moins perméables au froid ou a la chaleur et empecbei la propagation des sons. Une seule fabrique de Slanbope, aux Ltats-Unis, en produisait, en 1882, près de 1 000 kilogrammes
par jour.
I. La province de Québec (Canada), qui fournit 90 pour loo de la consommation d’amiante du monde entier, en produisait iSSga tonnesen 1898. Le prix moyen est de 20 francs les 100 kilogrammes (Edmond bauclieur. Rapport du jury international de l'exposition universelle de 1900: « Fils et tissus de lin, de chanvre, etc. »).
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Les métaux précieux, l’or et l’argent, ont, à raison de leur ductilité et de leur éclat, été très anciennement incorporés à des tissus pour en augmenter la richesse. Les étoffes brochées ou lamées, les broderies et les galons ont figuré, chez nombre de peuples, parmi les ornements dont se paraient les pontifes et les rois et dont nous rehaussons encore les uniformes militaires ou civils. Suivant Pline’, Attale, roi de Pergame (ni® siècle avant notre ère), aurait imaginé d’insérer des fils d’or dans des tapisseries (allalica anlea) célèbres à l’épocpie romaine, et dont la tradition se maintint en Orient. Les tissus brochés d’or furent très recherchés aux xvi® et xvii“ siècles. Les métaux plus communs, tels que le fer et le cuivre, étirés à la filière, donnent des fils de diverses grosseurs dont les plus fins se laissent entrecroiser en tissus. L’industrie des toiles métalliques, instituée en 1778 cà Schlestadt par UosAvag, est arrivée à fabriquer des tissus où l’on compte jusqu’à 890 fils de chaîne et autant de trame par pouce carré®. A l’exposition universelle de 1900, on pouvait voir des tissus métalliques faits avec des fils d’une extrême finesse (deux centièmes de millimètre®).
Les métaux résistants, surtout le bronze et le fer, ont longtemps servi à faire des pièces d’armes défensives, casques, cuirasses, cottes de mailles, jambars, cuissars, boucliers, etc. Le moyen âge vulgarisa l’usage de ces carapaces métalliques, utiles dans les combats corps à corps, et, pendant cinq ou six siècles, les nobles ne se hasardèrent sur les champs de bataille que bardés de fer. Ces moyens de protection, devenus plus gênants qu’efficaces, sont tombés en désuétude par suite de la transformation des armes de guerre.
A raison de leur couleur, de leur éclat et de leur rareté, les métaux précieux, l’or et l’argent, ont de tout temps joué, dans l’habillement des classes riches, un rôle décoratif, sous forme de bijoux (colliers, bracelets, anneaux, chaînes, pende-