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APPROPRIATION DES TEXTILES

L’art de converlir des textiles en vêtements était plus nécessaire et plus dilTicile que la préparation des peaux, car des filaments ténus et sans cohésion ne comportaient guère d’utilité immédiate, et, pour les disposer en fils réguliers, puis pour entre-croiser ces fils en tissus, il y avait à découvrir des procédés d’une ingéniosité rare. Avant d’aborder l’étude des modes de tissage, nous avons à examiner les artifices imaginés en vue d’adapter les textiles au travail de la filature, et la filature ellemême.

Dès les premiers et grossiers essais où l’on tâcha de tordre en fils des filaments brouillés sans élaboration préalable, on dut reconnaître qu’il était avantageux de les mettre dans une condition d’homogénéité et de démêlage propre à faciliter la filature.

Les toisons des animaux, qui consistent en poils de même nature et assez égaux, pouvaient à la rigueur être filées dans l’état où la bête les livrait. Néanmoins l’expérience apprit de bonne heure combien il était utile de tondre, de laver, de dégraisser, de carder et de peigner la laine brute avant de la convertir en fils.

Lorsque, après s’être contenté des toisons provenant d’animaux sacrifiés, on voulut exploiter, sans les tuer, celles des animaux vivants, on se borna sans doute d’abord à recueillir le pelage dont ils se dépouillaient à l’époque de la mue, et l’on arracha les flocons au moment où, prêts à tomber d’eux-mêmes, ils se laissaient enlever sans peine. Mais on n’obtenait ainsi que des laines mortes, de qualité inférieure. La laine vive, récoltée sur la bête en pleine croissance, était beaucoup moins défectueuse.

APPROPRIATION DES MATIERES VESTIMENTAIRES

Mais, pour en dépouiller ranimai, alors qu’elle adlicrail encore Ibrlemcnt à la peau, il fallait ou arracher le poil à la main, ou le couper ras afin d’en perdre le moins possible. Le premier procédé est évidemment le plus ancien, car le second n’est devenu praticable qu’avec la connaissance des métaux et l’emploi des ciseaux à ressort appelés/orces. Le barbare et cruel usage d’arracher la laine par poignées dut donc être le seul usité pendant une période primitive. Il a môme persisté longtemps, en pleine phase historique, alors que des facilités pour tondre les bêtes auraient permis de s’en passer. 11 était commun dans les bergeries romaines au commencement de notre ère. Vai ron en lait dériver le nom latin de la toison : « La laine fraîchement coupée, s’appelle, dit-il, velhis ou veliimen (de vellere, ce qui s’arrache), d’où l’on voit clairement que la coutume d’arracher la laine a précédé celle de la tondre. Ceux qui procèdent encore suivant l’ancienne méthode font jeûner les brebis trois jours a 1 avance, parce que, l’animal étant affaibli, la laine cède plus facilement à la main*. » Cependant, l’usage moins inhumain de tondre les betes commençait à prévaloir du temps de Tibère, qui disait à un gouverneur trop avide : (( Un bon pasteur tond ses brebis et ne les écorche pas. » ^ L)ix-huit siècles plus tard, Ihiflon constate pourtant que la pratique de l’arrachage n’avait pas partout disparu, tant la routine est tenace : « Dans les pays chauds, ditil, où l’on ne craint pas de mettre l’animal tout a lait à nu, 1 on ne coupe pas la laine, mais on l’arrache... Maintenant on tond les brebis à peu près partout, et, pour accélérer cette opération, les .\ustraliens emploient des tondeuses électriques, bien préférables aux anciens ciseaux.

Les laines ainsi recueillies sont d’ordinaire malpropres, imprégnées de suin, et ont besoin d etre lavees. On a leconnu qu il est avantageux de les approprier sur la bêle môme, avant plutôt qu’après la tonte. Les modernes dégraissent les toisons avant de les mettre en œuvre ; les anciens, au contraire, les humec-

1. Varron, De re riistica, II, 1 1 ; Pline, llist. nul., Mil, 78.

2 . « Boni pastoris esse tonclere pecus, non deglubcre » (Suélone, Ti bere, 63).

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