‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 44 sur 232 · APPROPRIATION DES TEXTILES · texte numérisé non relu

APPROPRIATION DES TEXTILES

talent d’huile, comme font encore les Chinois, afin de rendre la matière moins rebelle au double travail de la filature et du tissage, et d’obtenir ainsi des tissus plus imperméables a la pluie.

On dut s’aviser, dès les premiers temps, de carder la laine pour en débrouiller les amas de poils, lui donner une consistance uniforme et éliminer ou réduire les mèches compactes qui nuiraient à la régulante du fil. Cette pratique est immémoriale. Dans VOdyssée, Ulysse renvoie les servantes infidèles de Pénélope « tourner le fuseau et peigner la laine’». Pour exécuter ce travail, on dutse servir d’abord du peigne, engin élémentaire, imité des doigts de la main, avec lequel une foule de sauvages démêlent leurs longs cheveux. Plus tard, on fit des cardes en forme de brosses dont les pointes, disposées en sens inverse, représentèrent des séries de peignes mis simultanément en action. Toutefois, ce travail, opéré à la main par des cardeurs, était lent et dispendieux. Depuis le milieu du xviii® siècle, il s’effectue, avec une grande économie de temps et de frais, à l’aide de cardeuses mécaniques. En 1760, Hargreaves inventa les stoc/i-cardA, qui donnaient un résultat double de celui des anciennes cardes. Peu après, parurent les cardeuses cylindriques, dont la rotation continue, substituée au mouvement alternatif des plaques antérieures, activa singulièrement le travail. L’inventeur est resté inconnu. Robert Peel les installa le premier, avec le concours d’Hargreaves, dans sa fabrique de Blackburn, en 17G2. On compléta plus tard la cardeuse en y adaptant le jieigne à détacher la nappe de fila- .inents. Enfin, on chargea l’eau, puis la vapeur, de faire mouvoir le mécanisme, et, dès lors, le cardage des laines ne présenta plus de difficulté d’aucune sorte. En France, bien que l’introduction des cardeuses automatiques eût été tentée peu après leur découverte, elles ne se répandirent qu’à partir de 1802.

Le cotonnier livre en houppes épanouies dans des capsules une bourre très propre, qui ne semble pas exiger autant de soins d’appropriation que la laine : mais comme, au moment de la récolte, les graines de la plante se trouvent mêlées au duvet, il

' I. Odyssée, XVIIl.

APPROPRIATION DES MATIERES VESTIMENTAIRES

faut les éliminer. Or, ce triage, long et fastidieux, devait, jusqu’à la fin du dernier siècle, s’exécuter à la main. Dans l’Inde, où il a toujours été fait ainsi, un ouvrier n’arrive guère à éplucher plus d’une livre de colon par jour. On doit à un maître d’école américain, Whilney, en lygS, la machine à éplucher le colon qui trie aisément, en un jour, 4 à 5oo kilogrammes de matière, accomplissant ainsi à très peu de frais le travail d’un millier d’Hindous. Sans le secours de cet appareil expéditif, l’industrie européenne n’aurait pas pu mell>re en œuvre les prodigieuses quantités de ce textile qu élaborent ses manufactures.

Une fois séparée des semences, la hourre de colon n’exige qu’un démêlage facile, accompli, comme celui de la laine, par lies cardeuses automatiques. Le problème du peignage était plus malaisé à résoudre, à cause de la brièveté des filaments. 11 importait cependant de les assortir par catégories de longueui et de les ranger par faisceaux parallèles, afin de produire des fils d’une netteté, d’une ténacité et d’un brillant que le simple cardage ne permet pas d’obtenir. La machine a peigner le coton, due à Josué Meilmann, de Mulhouse, en iS45, put opérer ce travail, réputé impraticable, éliminer les brins trop courts, disposer la matière en boudins d’une égalité parfaite, cl icndic les qualités communes propres au filé le plus fin. Cet ingénieux appareil fut vile adopté par les fabriques anglaises. On l’appliqu,e également au travail des laines, surtout pour celles qui doivent servira confectionner des tissus lisses, tandis que le cardage suflll pour celles qui sont destinées à faire des tissus velus. Celte différence de traitement détermine dans les produits une telle différence d’aspect qu’ils ne paraissent pas provenir d’une meme substance.

Les textiles qui, comme le lin et le chanvre, consistent en filaments incorporés à une tige de plante, nécessitent une préparation particulière pour passer à l’étal d’étoupe. Ces operations comprennent le rouissage elle broyage. Le premier a pour objet de débarrasser, au contact de l’eau, les filaments d’une substance

I. V. René .Ménard, La vie privée des anciens : Le Travail, p. nQ-

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gélatineuse (putine) qui les tient agglutinés ; le second, de séparer, par des chocs mécaniques, les parties fragiles de la tige qui, brisées, se détachent et tombent. Ces deux pratiques sont aussi anciennes que l’emploi commun du lin. Des peintures funéraires de Beni-Ilassan représentent la prépai‘ation du lin dans l’Égypte pharaonique, la submersion des paquets de tiges dans une fosse à rouir, puis leur battage avec des maillets '. Au rouissage traditionnel, qui se faisait d’une manière aussi insalubre qu’incommode par une immersion prolongée dans des mares ou des ruisseaux, cause d’infection pour les campagnes, on a substitué de nos jours le rouissage à l’eau chaude ou à la vapeur, imaginé par l’Américain Shenk, en i85o. Diverses tentatives ont été faites pour combiner avec ce procédé l’influence d agents chimiques. Enfin, la pénible opération du broyage, qui s’est accomplie si longtemps à force de bras, s’effectue maintenant par le moyen de machines, dans les centres industriels. Le problème, cependant, est encore imparfaitement résolu en ce qui concerne la ramie, et la dilliculté de sa décortication est le principal obstacle à l’exploitation de ce textile, que ses qualités l’cndraient précieux.

L’appropriation de la soie est assez complexe. L’éducation du ver, objet d’une sollicitude de tous les instants, une fois achevée, il faut étouffer la chrysalide pour l’empècher de percer sa coque afin d’en sortir transformée en papillon, débarrasser ensuite le cocon de sa bourre, étirer le filament enroulé pour avoir de la soie (jrhje, dévider cette soie, la tordre et la doubler par l’opération du moalinaye, enfin, par celles du décreiismje et du déyommayc, enlever à la soie, à l’aide de dissolvants (eau de savon bouillante, acide acétique, alcool), la gomme (yrh de .s'o/e) qu’elle contient, en vue d’ajouter ainsi à sa flexibilité, à son éclat et a son aptitude à recevoir la teinture.

On charge la soie pour augmenter son volume. Les matières diverses (sels d’alumine, teinture, bichlorure d’étain, phosphate de soude, sucre, paraffine) arrivent à doubler et même à quadrupler son poids. ^

Bourdeau. — Habillement.

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