Idylle
APPROPRlAtiON DES MATIÈRES VESTIMENTAIRES
Pline, « les jeunes filles ne se mariaient pas sans avoir avec elles une quenouille garnie et un fuseau chargé’ », symboles de leur fonction domestique. Aux beaux temps de la République, l’épilapbe des matrones exprimait avec un laconisme austère leur existence de résignation et d’activité ; « Casla vixil, lanamfecd, donnim servavil ». Les mœurs se dépravèrent lorsque les femmes perdirent l’habitude de filer. En, vain Auguste, vigilant conservateur des vieilles coutumes, ne voulait porter que des vêtements dont sa femme et ses filles avaient filé la laine®; les Romaines émancipées ne consentirent pas à reprendre la servitude du fuseau et laissèrent à des esclaves cette lâche fastidieuse
pour laquelle a été créé le mot de pensum ». La pratique de la filature, jadis si honorée, subit alors une sorte de déchéance, et les fileuses ((jiiasillariæ) descendirent au dernier rang des servantes de la maison.
Le moyeu âge reprit ou plutôt continua les traditions de la haute antiquité. Charlemagne faisait apprendre à ses filles à lilerS et, dans ses Capilalaires, il indique le soin de filer la lame et le lin comme l’occupation la plus convenable aux mères de lâmille. Charles le Chauve l’imposa même par décréta toutes les femmes de ses domaines. A l’exemple de la reine Berthc, femme du roi Robert, qui a laissé un renom de sempiternelle lileuse, les châtelaines filaient dans leurs manoirs. La Chroiwjue (le Mersehoury rapporte c[u’on suspendit sur le tombeau de la fille d’üthon le Grand, à Mayence, le fuseau d’argent dont elle avait coutume de se servir, .lusqu’a la Renaissance, une quenouille figura toujours parmi les pièces indispensables d’un coflVel de noces, et nos musées en possèdent qui, par l’élégance de leur ornementation, sont des œuvres d’art. Le maniement (lu fuseau a si longtemps constitué la [irincipale occupation des femmes qu’il finit par symboliser le trait caractéristique de leur sexe. Les généalogistes d’autrefois distinguaient dans leurs