Hist. nat., MU
a. Suétone, Auguste, 78. , . • , ,•
3 I,c<! Latins appelaient pensum la quantité de lame qui, ciiaquo matin,
éla\l pesée cl assignée i. cliacune des servantes fileuses pour sa tâche du lour. 4. Éginhard, Vie de l’empereur Charles, 3, 4.
FILATURE DES TEXTILES
cadres le « côté de la lance » et le « cote du luseau », d ou 1 expression féodale « tomber en quenouille » pour désigner l’état d’un fief qui, faute d’hoirs mâles, devenait la propriété d’une femme. En Angleterre, la qualification de spinslcr (fileuse), communément appliquée, dans les publications de mariage, aux jeunes filles sans profession, atteste encore combien celle-là était générale jadis. L’habitude de filer s’est maintenue dans les hautes classes jusqu’à la lin du dernier siècle. M"‘“ de Maintenon, pseudo-reine de France, se livrait, non sans étalage de modestie, à cette fonction de matrone, et Fénelon redit, d’après l’idéal biblique : « La femme forte file, se cache, obéit et se tait. » Alais les femmes de nos jours font tout le contraire et se croient plus fortes. En moins d’un siècle, la quenouille et le fuseau, manœiivrés par elles depuis des milliers d’années, sont tombés en complète désuétude, et çcs antiques engins ne sont plus pour nous que des curiosités archéologiques.
Durant l’immense espace de temps qui sépare la découverte initiale et le milieu du aviiF siècle, aucun perfectionnement notable n’avait été apporté au procédé de la filature. On ne trouve guère à citer que la construction du rouet. Ce petit mécanisme, ancien dans l’Inde, fut réinventé en Europe, vers 1620, par Jürgen de Waltenmuttel, près de Brunswick. Quoiqu’il facilite le travail parce que, mis en mouvement avec le pied, il laisse les deux mains libres, il était peu usité, saufpourle filage du coton, parmi les fileuses de profession, et la presque totalité des textiles se filait encore au fuseau, lorsque les inventions des mécaniciens anglais vinrent révolutionner une industrie stationnaire depuis tant de siècles, et lui donner, en la transformant, une puissance, une célérité de production incomparables.
La filature à la main qui, si longtemps, avait pu suffire au régime de la petite industrie, opposait à l’établissement de la grande un obstacle insurmontable, car le nombre des bras disponibles était limité. Aussi, tant qu’on fut réduit à la quenouille et au fuseau, la tâche de filer des quantités indéfinies de textiles ne pouvait pas être abordée. La fabrication, forcément circonscrite, restait domestique ou régionale. Mais lorsque, par suite de l’extcn-
APPROPniATlON BES MATIÈRES VESTIMENTAIRES
sion du commerce, dans l’ûge moderne, les nations industrielles eurent la facilité de s’approvisionner de textiles aux lieux les plus favorables à leur production, et de revendre avec bénéfice les tissus qu’on en pouvait fabriquer après les avoir filés, dans toutes les régions où le besoin s’en faisait sentir, le problème s’imposa de trouver un procédé plus expéditif de filage. La mise en œuvre du coton devait contraindre la première à chercher une solution, parce que ce textile esta la fois le plus facile à propager j)ar la culture et le plus long à filer, à cause de la ténuité de ses fibres. Si donc on n’avait pas réussi à changer le mode d’exécution du travail, l’industrie cotonnière aurait été incapable de prendre les développements inouïs qu'elle a reçus depuis un siècle. Le point de départ de ses progrès a été la découverte du métier à filer.
En 17G7, un ouvrier fileur de Stanhill, Hargreaves, auquel on devait déjà la machine à carder la laine, inventa un appareil pour filer le coton, où huit fils, déroulés simultanément de huit quenouilles, venaient s’enrouler sur autant de fuseaux, par l’action d’un moteur commun. 11 appela sa machine, du nom de sa femme, « Jenny-la-fileuse » (spinning-Jenny). Bientôt après, il porta la puissance de production du mécanisme jusqu’à 1 20 broches, fonctionnant de concert. Toutefois, le travail était iuqiarfait. 11 manquait un organe qui, faisant ollice delà main, pût presser le fil et l’étirer. Ln barbier de village, Richard Arkwright, adapta le laminoir à la machine d’IIargreavcs et trouva le banc à broches (spinning f rame) qui la complétait heureusement. Son brevet porte la date de 1769- Quelques années plus tard (1775), Samuel Crompton, combinant avec plus d’ingéniosité les deux machines précédentes, les doigts fileurs d’Ark- Avright et les fuseaux disposés sur un chariot mobile, d’IIargreaves, résolut définitivement le problème de la filature mécanique du coton, par la construction de ha mule-Jenny (métier de Jenny). 11 ne restait plus qu’a supprimer les ouvriers auxiliaires chargés de mettre l’appareil en mouvement, et a le rendre self-acting. Watt acheva cette série d'admirables découvertes en actionnant la machine au moyen de la vapeur (1785). On s’est appliqué depuis à perfectionner en détail les organes
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du métier fileur qui parvint successivement à faire tourner d’abord 200 broches, puis 5oo, puis 1200, avec une vitesse des broches portée jusqu’à ii 000 tours par minute .
A partir du moment où, par l’ctTet d’un seul mécanisme, mu par la vapeur, des centaines de broches furent mises en activité, une ère nouvelle commença pour l’industrie de la filature. Peu de découvertes ont, en aussi peu de temps, produit d’aussi vastes résultats. L’essor de la fabrication n a plus désormais pour limites que 1 abondance des matières premières et l’étendue des débouchés commerciaux. La réduction des textiles en fils s’opère dans des conditions à peine croyables de célérité, d’économie et de perfection. Au milieu du xviii'' siècle, une ouvrière habile ne filaitguèreau rouet plus d’une demilivre de coton par jour. La mule-Jenny, dirigée par un seul surveillant, accomplit aisément la tâche de G 000 fileuscs. Lu morne temps que la production s’élève, le prix de revient s’abaisse. Avant 1786, la valeur des cotons filés était en moyenne de 3o francs le kilogramme; elle est graduellement descendue à 10 francs en i8i3, à 2 fr. 80 en i83o, à i fr. 70 en i846. Elle vai-iait, en 1901, suivant les fluctuations des prix de la matière première, entre 2 fr. 60 (janvier) et i fr. q5 (décembre) L De plus, les produits sont de qualité supérieure. La mule-Jenny donne des fils d’une grosseur et d’une torsion constamment égales, avec lesquek on obtient des tissus d’une régularité parfaite. La délicatesse du travail mécanique permet d’atteindre dans les fils un degré de finesse presque invraisemblable. On a vu des filateurs de Manchester retirer d’un kilogramme de coton brut un fil long de i 4oo kilomètres. Nulle main ne serait assez légère et, assez sûre pour exécuter un tour de force pareil.
Dès le début, l’Angleterre s’engagea avec une confiante hardiesse dans la carrière que venait de lui ouvrir le génie de ses constructeurs, et la mule-Jenny devint rapidement un des agents les plus efficaces de sa prospérité industrielle et commerciale.
1. Dclessart, La filature du colon par les machines modernes.