Annales du commerce extérieur, 1902, 9® fascicule
APPROPRIATION PES MATIERES AŒSTIMENTAIRES
Les autres peuples, tentés par les grands profits qu’elle recueillait, ont suivi à pas inégaux son exemple. En France, quoique des machines anglaises eussent été introduites en 178/1 et 1787, la filature mécanique du coton, peu encouragée par l’État, ne réussit à s’organiser que vers la fin de l’empire, grâce aux efforts de Ilichard Lonoir et n’acquit un peu d'importance qu’à partir de i8i5. Aux Etats-Unis, la première filature futétablie, en 1790, par Samuel Slater, dans le Rliode-Island Depuis la fondation de 1 usine de Lowell, près de Boston, cette industrie a pris une extension très grande, et, actuellement, les Américains manifestent l’ambition de supplanter l’Angleterre et d’arriver, dans un avenir prochain, à filer tout le coton récolté sur leur territoire.
Quelques chillres donneront la mesure des progrès réalisés en moins d’un siècle dans la filature du coton. Avant la construction de la mule-Jenny, on ne comptait en Angleterre que 5 000 fileuscsau rouet. En 1 886, les filatures déco ton mettaient en action j dans la Grande-Bretagne, .^i i millions de broches. A la même date, on en dénombrait 1 1 millions aux Etats-Unis, 5 en France, autant en Allemagne, 3 en Russie, 2 en Suisse, 2 en '.Autriche- Hongrie, I 700 000 en Espagne, i en Italie, i en Belgique..., soit, pour le monde entier, environ 80 millions de broches, représentant un nombre incalculable de fileuses et travaillant 2 milliards de kilogrammes de coton. Toutes les femmes de l’Europe, uniquement appliquées à cette tâche, ne parviendraient pas à s’en acquitter. Aujourd’hui, la masse entière du coton que manufiicturcnt les peuples civilisés est filé par des procédés mécaniques qui mettent en mouvement près de 10 1 millions de broches, soit 45 millions dans la Grande-Bretagne ; 18 milllonsaux États- Unis, 5 millions et demi en France, 8 millions en .Allemagne, autant en Russie et en .Autriche, 2 600000 en Espagne; 2 millions en Italie, i 200000 au Japon, etc. *. Le travail manuel ne persiste qu’en Asie et en Afrique, dans les pays barbares ou sauvages. Mais partout il est voué à un déclin inévitable, par .son
1. Henry Dcchelelte, liapporl du jury internalional de l’exposition universelle de 1900: « Fils et tissus de coton. »
PILATUUE DES TEXTILES 7^
impuissance a soutenir, maigre le bas prix de la main-d œuv'ie, la concurrence des machines.
Le succès éclatant remporte par le filage mécanique du coton a été le signal d’une rénovation générale qui a successivement transformé toutes les industries similaires. L’appareil automoteur une fois trouvé, son adaptation aux autres textiles ne présentait pas en effet de difficultés sérieuses. Les Anglais étendirent presque aussitôt à la laine les procédés- si heureusement employés pour le coton. Mais, sur le continent, la vulgarisation des moulins à filer la laine s’opéra plus lentement. Leur importation en France, due à Douglas et à Cockerill, date de 1809 à 1812. Néanmoins, jusque vers 1825, la laine continua d’être filée à peu près exclusivement au fuseau et au rouet. Maintenant, au contraire, elle se file toute à la machine. En i883, la France comptait 3 097 000 broches, filant 190 millions de kilogrammes de laine. Tout ce que pouvait faire autrefois une fileuse habile était de filer 800 grammes en un jourf Sans le secours des machines, la France et l’Angleterre n’auraient donc pas eu le moyen d’utiliser les quantités croissantes de laine que produisent f.Mistralie, la Plata, le Cap et la Nouvelle- Zélande. Par un autre effet du même progrès, le prix de la filature de la laine peignée, qui était de 32 francs par kilogramme en 1800, est descendu à i fr. 20 environ en 1900®.
La filature mécanique de la soie s’est aisément établie après celle du coton et de la laine. Elle ne soulevait pas d’ailleurs la même difficulté, à raison de la rareté de la matière. Seuls, le lin et le chanvre ont été plus longtemps rebelles, parce que la nature particulière de leurs filaments les rendait aussi peu traitables que les précédents étaient dociles. On n’est parvenu à A-aincre leur résistance qu’en faisant passer par un bain d’eau
I. Apres s être élevé jusqu à 3i5aooo en iSS’ÿ, le nombre des broches est plutôt tombé actuellement (igoo) au-dessous do 3 millions. Charles Rapport du jury international de l’exposition universelle de 1900: « Fils et tissus de laine. »