‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 50 sur 232 · Annales du commerce extérieur, 1902, 9® lascicule · texte numérisé non relu

Annales du commerce extérieur, 1902, 9® lascicule

APPH01>niATl0>’ DES MATIÈRES VESTIMENTAIRES

chaude les étoupes et les fils à demi formés. Napoléon avait oll'ert une récompense nationale pour la découverte d’une machine à filer de lin. Philippe de Girard, en i8io, en construisit une qui répondait au programme ; mais celle invention, faite pour enrichir la France, ne profita d’abord qu’à l’Angleterre qui s’appropria et perfectionna le mécanisme. L’industrie française ne le recouvra que vers i83o. En 1867, la Grande- Lretagne possédait 1 .'170000 broches à filer le lin, la France 62.3 000, l’Aulriche-llongrie .327 000, la Belgique iqfiooo.En tout, l’Europe disposait de 3 millions.de broches, produisant pour 900 millions de francs de fil. En 1900, on ne comptait plus que I i32O0o broches dans la Grande-Bretagne, à peine 5oo 000 en France, 29.'» 000 en Autriche-Hongrie. Il y avait progrès pour la Belgique (280 000 à 3oo 000 broches) et surtout pour la Russie où le nombre de broches, qui était de i Go 000 à peine en 1878, s’élevait à 20 1 000 en 1900'. Enfin, on est parvenu à dompter même la rudesse et la rigidité du chanvre, le plus réfractaire des textiles. Le jute, plus souple, s’est plie facilement à la filature mécanique.

11 convient de rappocher de la filature, à cause de l’analogie du travail, sinon de la destination des produits, la fabrication des fils forts, ficelles, cordes, cables, cordons et cordonnets. Leur emploi est très étendu pour liens de tout genre, filets de pêche ou de chasse, agrès de vaisseaux, machines funiculaires, etc. Le chanvre, par la ténacité de ses fibres et le bas prix de sa filasse, est le plus propre à celle fabrication. Les deux tiers de ce que la France met en oeuvre de ce textile est ainsi façonné en cordages. Avec le coton, la laine et la soie, on confectionne des cordonnets, cordelières, embrasses et autres articles de passementerie destinés à des usages moins grossiers.

La roue de cordier, engin de cette fabrication, n est guere qu’un rouet de grandes dimensions. On doit à Fulton, 1 inventeur des bateaux à vapeur, un mécanisme pour fabriquer, dans un très petit espace, des cordes de tout diamètre et

I. Edmond Faucheur, Rapport du jury international de l’exposition unRerselle de 1900 : « Fils et tissus de lin, de chanvre, etc. »

FILATURE DES TEXTILES

de toute longueur, pourvu qu’on dispose de moteurs assez puissants.

Enfin, les métaux, bien qu’on ne puisse qu’assez improprement les qualifier de textiles, se laissent réduire, par des piocédés spéciaux, en fils analogues aux iirécédents. Les anciens ne pouvaient qu’amincir en les martelant les métaux ductiles et malléables ; mais la lenteur et l’imperfection de ce travail devait singulièrement restreindre leur emploi sous forme de fils. Depuis les derniers siècles du moyen âge, on sait les étirer à la filière, avec autant de promptitude et de régularité que d’économie, et le changement qui s’en est suivi peut être comparé à celui qui, dans les industries textiles, a substitué la filature mécanique à la filature au fuseau. Quoique le Livre des métiers, d’Étienne Boileau, fasse mention, au xiii” siècle, d’ouvriers « tréfileurs de fer ‘ », on croit que l’art d’étirer les métaux à la filière fut trouvé à jNuremberg, au commencement du xv® siècle. Dans les Comptes du roi René figure, en i448, un achat de (( fil de fer », à Aix, « pour faire une cage d’oiseaux ». De même, les Comptes de l’hôtel de Louis XI (i48i) parlent d’une « caige ronde de fil de fer ». Ce sont là les premières mentions rencontrées par M. Bavard'. L’Angleterre dut sa plus ancienne tréfilerie à des Allemands, qui vinrent l’établir en i568. On tréfile maintenant ainsi le fer, le cuivre, le laiton, le zinc, le plomb, etc. La facilité de ce travail et le bas prix des métaux usuels ont fait prendre à la production et à l’emploi des fils métalliques un immense développement. Ils s’appliquent, non plus seulement à la confection de cages et de volières, mais aussi à celle de treillages, de clôtures, de toiles métalliques, de réseaux télégraphique et téléphonique, au transport de la force par l’électricité, à la fabrication des clous, pointes, épingles, aiguilles, etc. Dès 1889, France produisait 128000 quintaux métriques de fil de fer valant 10 millions de francs.

En ce qui concerne l’industrie du vêtement, on a su, à une

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