LIVRE III
MODES DE TISSAGE
Le procédé très simple de la fdature ne donne qu’une classe de produits dont l’emploi serait bien restreint s’il se bornait aux services qu’on en tire sous forme de fds. Beaucoup plus ingénieux et plus varié, l’artifice du tissage communique aux textiles toute leur utilité, en les disposant en forme de trames propres aux services les plus divers. Les tissus jouent, dans l’industrie du vêtement, un rôle de la plus haute importance et tout à fait prédominant. Avant la découverte du tissage, les populations humaines n’avaient pour se couvrir que la ressource des feuilles, des chaumes et des peaux. La fabrication des tissus, en leur procurant des étoffes mieux adaptées aux exigences du bienêtre parce qu’on pouvait en modifier à volonté la matière, la mise en œuvre et les dimensions, réalisa pour elles un progrès décisif. Là où l’on ignore l’art de tisser, il n’y a que sauvagerie et nudité ; partout où il est connu, au contraire, l’habillement se complète, se perfectionne avec le temps, et les tissus trouvent des applications utiles dans une multitude d’industries. La pratique et le développement du tissage constituent donc un des indices les plus caractéristiques de la civilisation supérieure.
Tout porte à présumer que cette invention si féconde remonte aux origines mêmes de la vie civilisée. On y arriva sans doute par diverses voies et dans une fouie de lieux, puisqu’on a trouvé le tissage usité chez presque tous les peuples sortis du plus bas état de sauvagerie. Parmi ceux qui l’ignoraient, on cite les Fuégiens, les Boschimans, les Australiens et les Polynésiens. Les
StODlîS DE tissage
voyageurs ont signalé des mélliodcs assez avancées de tissage chez nombre de tribus d’Afrique et d’Amérique. Lors de la conquête espagnole, les Péruviens étaient habiles à tisser le coton et la laine de leurs lamas. De tout teni]is, les peuples de l’ancien monde, l’Kgyple, la Chaldée, la Chine, les nations sémitiques ou aryennes, ont su faire des étoiles communes et même de riches tissus. Mais si, par ses origines premières, l’art de tisser remonte au plus lointain passé et va se perdre dans les profondeurs de la préhistoire, ses plus notables progrès appartiennent à la période historique, et notre âge en a vu s’accomplir de décisifs. Inauguré durant la phase de sauvagerie chasseresse, le tissage a surtout pris un grand essor durant les deux phases pastorale et agricole, qui purent lui fournir des textiles en abondance, pour atteindre le plus haut point de puissance de production et de perfection technique dans l’Age industriel et commercial moderne, où les textiles, recueillis dans tous leurs lieux de production, sont ensuite oflerts, transiormés en tissus, dans tous les lieux de consommation. Nous avons a exposer les principaux stades de cette longue évolution.