‹ Histoire de l̕habillement et de la parureChapitre 6 sur 232 · V. Darwin, f.a Descendance de l’homme, cli. i · texte numérisé non relu

V. Darwin, f.a Descendance de l’homme, cli. i

2. De Mortillet, Origines de ta chasse, de la pêche et de l'agriculture, t. 1, p. 88. I

INTRODUCTION

vont nus, fouettés par un vent glacial, et, en Sibérie, les Yakoules, appelés « hommes de fer », dorment sans abri, le corps couvert d’une couche de givre'. Aux frileux Européens, qui s’étonnent de cette endurance et gardent, quoique vêtus, le visage découvcrl, les sauvages, habitués à rester nus, répondent :

« Nous sommes tout visage. »

Les populations mi-civilisées, et mieux encore les civilisées, sont généralement vêtues ; cependant, on constate parmi elles, a titre de survivance, bien des témoignages de l’antique nudité. Dans rinde, les brahmanes, dont hcaucoup, en souvenir des ascètes d’autrefois, rejettent tout vêtement durant un stage de leur vie religieuse, portent la qualification de digamharas (vêtus de l’air"). D’après l’abrégé de Dion Cassius, par Xiphilin, les deux peuples les plus nombreux de la Grande-Bretagne, à l’époque romaine, les Calédoniens et les Méates, « étaient nus, sans vêlements et sans chaussures ». Naguère, à Naples, les lazzaroni se contentaient en été d’un caleçon pour tout costume, et, sous un climat analogue, il en était de même des Japonais de classe inférieure.

Si l’homme avait dû vivre toujours dans sa nudité native, son existence, impossible ou dillicile dans de vastes régions, serait restée, dans les autres, précaire et tourmentée. Mais la nature qui, insouciante de son bien-être, semblait l’avoir si mal traité, lui avait, en le douant d’intelligence, fait le plus précieux de ses dons. Grâce à l’ingéniosité de la raison, il va créer • et perfectionner par degrés des vêtements appropriés à ses divers besoins, utiliser toutes les ressources que le monde pouvait ollrir, et les disposer suivant les exigences du climat ou de la saison, suivant même les convenances de son gofit et les caprices de sa fantaisie.

1. II. Spcncor, Principes de sociologie, l. I, p. 72. Paris, F. Alcan.

2. Les ascètes do l’Indc vont nus. « Et quand on leur demande pourquoi ils vont nus, ils répondent: Nous allons nus parce que nous ne voulons aucune chose de ce monde, parce que nous sommes venus en ce monde nus et sans vêtements. »

(Marco-Polo, Itelalion, De la province de Laos.')

INTRODUCTION

Jamais la nature, dont les voies sont simples et les moyens d’action bornés, n’aiirait pu seule procurer à l’homme des facilités pareilles. Il fallait la nature et l’art, beaucoup d’art surtout. Le bien-être dont nous jouissons maintenant est le prix d’une longue suite d’efforts, de recherches et de découvertes accumulés durant le cours entier de la civilisation. Pris dans son ensemble, le problème qui consiste à entretenir de vêtements confortables, en tous temps et en tous lieux, une espèce naturellement nue et appelée à vivre dans les conditions les plus diverses, était singulièrement complexe et soulevait des difficultés sans nombre. Il fallait d’abord reconnaître par expérience dans le monde les substances propres à remplir la fonction vestimentaire, puis apprendre à les obtenir en quantité suffisante pour subvenir à tous les besoins. Ces substances devaient ensuite être plus ou moins modifiées afin qu’on en pût tirer parti, car, dans l’état où la nature nous les livre, la plupart ' seraient presque sans emploi. De là l’obligation d’apprêter les peaux, d’approprier, de filer et de tisser les textiles. Ceux-ci une fois convertis en tissus, il y avait encore à les parer de couleurs et de dessins cajiables de charmer l’œil et le goût. Enfin, il restait à confectionner des vêtements, à leur donner une forme et une disposition en harmonie avec des convenances variables.

INous nous proposons d’esquisser ici à grands traits comment l’industrie qui pourvoit à ces dilTérents besoins et qui, à raison de son importance générale, constitue une des principales occupations de l’activité humaine, est parvenue, par une évolution continuée durant tout le cours de la civilisation, à réaliser un aussi vaste programme. L’ordre à suivre dans cette étude étant tracé par l’enchaînement logique des élaborations successives, nous allons examiner l’histoire des matériaux successivement mis en œuvre, la préparation des peaux, celle des textiles, leur conversion en fils, le tissage des étoffes, la teinture et l’impression des tissus, enfin la confection des vêtements.

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