H. Havard, Dictionn. de l'ameublement, t. II, p. i8o-i8i
TYPES GÉNÉIIAIIX DE TISSUS
d’oppralioii ric cc genre. Tout au plus les drapiers d’aLilrefois avaient-ils soin d’enlever avec les ciseaux imparfaits dont ils disposaient (forces), les bouts de fil et les brins saillants qui nuisaient à runiforrnité du tissu. Un bas-relief gallo-romain, conservé au musée de Sens, représente un ouvrier apprêtant ainsi une pièce de drap'. Lorsqu’on prit l’habitude de tondre les draps, ce travail fut d’abord exécuté à la main, par des spécialistes adroits. Depuis 1790, la maebine à tondre, imaginée en France i>ar Dclarcbe, l’accomplit avec une régularité supérieure et une promptitude qui a contribué à tliminuer le prix de ces brillants produits.
Vers la lin du moyen Age, la consommation des draps (ins, de Flandre ou d’Italie, constituait un très grand luxe. Sous Charles Y, une aune de bon drap se vendait plus de 200 francs. En i/i63, le drap brun employé pour faire une robe au roi Louis XI coûtait 110 francs l’aune, et le drap violet i3o. Au xvm“ siècle, le prix élevé de ces tissus ne les rendait abordables qu’à la plus riche bourgeoisie. Les progrès introduits dans la fabrication ont mis par degrés ce produit à la portée des classes simplement aisées et, de nos jours, à celle des classes ouvrières. Telle qualité qui, au commencement de ce siècle, sc vendait encore de 60 à 80 francs le mètre, en vaut à peine 10 ou i5 maintenant.
Jusqu’en iS3/|, on n’avait su faire que des draps unis, de teinte uniforme. Un fabricant de Sedan, nommé Bonjean, eut alors l’idée de les tisser en laines de couleurs variées, et créa de la sorte les draps dits « de fantaisie », dont le succès a été si grand qu’ils ont presque entièrement supplanté les draps unis. Aujourd’hui, en effet, plus des trois quarts des étoffes riches consistent en articles façonnés, connus sous le nom de « nouveautés » dans le commerce de la draperie.
Après la grande famille des draps vient, par ordre d’importance, celle des tissus croisés, serges, molletons, (lanellcs, tartans, etc. La confection des (lanellcs, rpii exige des laines fines et douces, est moins ancienne que ne le ferait supposer la dif-
I. V. René Ménard, Vie privée des anciens, le Travail, p. 120.
iMOHES DE TISSAGE
fusion crnissanlc do leur emploi, lîicn qu’on fasse dériver ce mot du bas-lalin /Zrt/nmcnvn (ào. Jlamcn, voile), celle fabrication ne remonte pas an delà dn xvii® siècle, cl l’on se demande quelles sortes de cilices les générations anterieures portaient sur la peau, avant que le linge de corps fût communément usité.
Les tissus ras, mérinos, alépines, laslings, Orléans, mousselines de laine..., faits avec des laines peignées, sont de création récente et datent du commencement de ce siècle, où l’on inventa des appareils [lour opérer le peignage des laines de qualité supérieure.
En somme, on fait avec la laine toutes sortes de tissus, depuis les draps grossiers couleur de la bêle (hure, de hurriis, roux), dont s’habillent les paysans, ju.squ’aux draps lins ou aux élollés de fantaisie, depuis les couvertures jusqu’à des mousselines légères. — Ea production totale de la l*'rance en tissus de laine était évaluée, pour la'période de 1880 à i885, à une moyenne annnclle de 1 200 millions de francs, donl3/|5 alimentaient le commerce d’exportation. En 1900, la valeur totale des tissus de laine sortis des usines françaises ne paraît pas avoir dépassé 700 millions de francs, dont 220 millions pour l’exportation '.
On ne doit pas assigner à la confection des toiles, dans les jiays cbauds, uncorigine moins ancienneqne cclledes lainagesdans les pays tempérés. Mais la dillicullé, pour l’agriculture, de produire en abondance, concurremment avec des récoltes alimentaires, des textiles végétaux, l’obligation de leur faire subir un traitement préalable, dont la laine était dispensée, enfin l’urgence moins grande dn besoin, ont rendu tardive la consommation babitiiellc de celle classe de tissus. Très liiuilée chez les peuples de notre antiquité classique, clic n’a juis d’importance en Europe qu’à partir dn xvi" siècle pour le lin cl le chanvre, du xvm® pour le colon, il a fallu, dans la mise en œuvre de ces textiles, diversifier les artifices du lissage en vue d’emplois spéciaux et
1. Cliarlos Marteau, liapport du jury inlernational de l’exposition unii'erselle de 1900: « Fils et tissus de laine. »
TYPES GÉINÉU.VUY OE TISSUS 9^
appliquer à des labricalions variées ce que l’aii du tisserand a trouve de plus ingénieux.
Dès le début de l’àgc bistoricpic, la confection des toiles de lin avait atteint en Egypte une notable perfection, comme on en peut juger par les spécimens que les hypogées nous ont conservés sous formes de bandelettes de momies. Les unes rappellent les mousselines de l’Inde, d’autres nos batistes ; quelques-unes sont ornées de dessins traces dans la tivame. 11 est question, dans la Genèse, d’une robe « d un tissu très fin », dont le Pharaon fait revêlir Joseph *. Parmi les oi’uements du grand-prètre et du tabernacle, VExode mentionne des tissus de lin, délicatement ouvragés '. Homère donne à Ulysse une tunique de lin « fine et transparente comme la première enveloppe d’un oignon desséché ’*». L’usage, très ancien eu Orient, de voiles dans la toilette des femmes suffirait à montrer cpie, dès ces temps reculés, on savait faire des tissus à demi-transparents. Isaïe reproche aux filles juives leurs toiles fines et leurs hahillements légers". Les tissus fameux de- Cos (Céos, aujourd’hui Zéa) et d’Amorgos, autre île des Cyclades, étaient probahlcment faits avec du lin et devaient avoir quelque analogie avec nos mousselines, car on en composait des vêtements transparents c'.açavr;), à travers lesquels on voyait la couleur de la peau et le réseau des veines. Les Romaines dégénérées recherchèrent ces tissus diaphanes que les auteurs appellent des « étolTes de verre" » ou (< du vent tissé », qui les paraient sans les couvrir et les montraient nues sous un nuage de lin’. Pline attribue l’invention de ces toiles aériennes à une femme nommée Pamphile, dont il inscrit le nom afin, dit-il, de ne pas la frustrer de la gloire qui lui revient d’avoir permis aux femmes d’étaler leur nudité en