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Champoltion, Egypte, p. i

TYPES GÉNÉRAUX DE TISSUS

fabricjiies de Doiucis. Ce genre de UmyoÎI fut soit imite, soit réinventé dans les Flandres aux approches de la Renaissance. Dès le xv“ siècle, Courlray confectionnait des toiles de lin rehaussées de dessins très simples, tels cpie damiers, œils de perdrix, etc. 11 est question de linge « à l’œuvre de Damas » dans les Comptes de d hôtel des rois de Fronce (i/jai-i/iaa) '. Les serviettes dont la ville de Reims fit présent à Charles \1I à l’occasion de son sacre, étaient « à ramages" ». A ces tissus simplement ornés de dessins en quadrilles, losanges ou vignettes, les tisserands flamands du xvC siècle ajoutèrent des compositions compliquées, telles qu’armoiries, figures, devises, etc. Arthur Thomas, dans sa satire l'Isle des Hermaphrodites, montre la tahle du roi Henri HT couverte « d’un linge mignonnemcnt damassé ». Il est donc difficile d’admettre l’authenticité de la tradition qui désigne comme l’inventeur du damassage un artisan du xai" siècle nommé Graindorge. Peut-être imaginat-il quelque perfectionnement de détail. L’usage de ces toiles ouvrées, d’ahord luxe royal, puis privilège de l’aristocratie, se répandit au xvii® siècle dans la jdupart des maisons aisées, comme en témoignent leur mention et leur nombre dans les inventaires des familles bourgeoises. L’application du métier Jacquard à ce genre de produits a permis de créer des chefsd’œuvre et de reproduire, tissés dans la trame, des vues de monuments, des tableaux, des marines et des paysages.

L’art de tisser le colon est immémorial dans l’Inde, dont, do tout temps, les populations n’ont guère été vêtues que de cotonnades. Partout ailleurs, et notamment en Europe, leur fabrication est assez récente. Lorsqu’on voulut l’entreprendre, on commença naturellement par imiter les produits renommés de l’Orient. La plupart do nos tissus de coton portent, en elfcl, comme souvenir de leur origine, des désignations empruntées aux lieux d’où le commerce les avait d’ahord tirés. Le nom général iV indiennes, ceux de villes célèbres dans l’Inde par quelque spécialité de fabrication, comme Calicut, Madras,

1. H. Ilavard, Dictionnaire de l'amcuhtenicnl, t. It, p. aQ-3o.

2. Legrand d .Vuny, Vie privée des Français, t, III, p. iGp-i'O.

MODES DE TISSAGE

\Ia(la[)olain, .laconat..., onl [lassé aux. [irocliiils , similaires de rindiislrie européenne. 11 en est encore ainsi du mot de percale, terme de la langue tamoule qui signifie « tuile superfine », et de celui Clc filial ne, autrefois /n.s-/amc, dont le nom rappelle l’ancienne désignation du Caire (Fostat*), d’où l’Europe recevait ce produit. Les futaines, toiles dont la chaîne était en fd et la trame en coton, sont mentionnées dans VInventaire de Clémence de Hongrie (1828), et dans celui de Charles Y (i38o). Leur fabrication en F' rance date de ib/iq. Les siamoises, en mélange de soie et de coton, [mis en lil et coton rayés de diverses couleurs, furent mises en vogue lors de l’amhassadc dont on amusa la vieillesse de Louis XIV. Nous avons imité do même les nankins de la Chine. La paze, tissu léger et transparent de soie ou de lin, ou du mélange des deux, était ainsi nommée, selon Ducange, de Gaza en Syrie. Elle a été généralement remplacée par la mousseline. Celle-ci, originaire de l’Inde où elle [lorto la qualilication expressive de « hrouillard du matin », doit son nom à Mossoul, sur le Tigre, qui, comme Gaza, servit longtemps d’entrepôt entre l’Inde et l’Europe. Les Anglais imitèrent ce produit à partir de 1690; mais jusqu’ici nos fabriques de l’Occident, malgré la supériorité de leur outillage, n’ont pas pu atteindre l’incroyable finesse dos mousselines de rindo. A Londres, on voit au musée de l’Inde une [lièce de mousseline longue de i.V",fio sur i‘",22 de large et pesant seulement 3G8 grammes".

Outre ces dilTérentes sortes do tissus de coton dont l’.Ysic avait fourni le modèle, l’industrie européenne en produit un grand noiubre qui lui sont propres, cretonnes, draps, velours, mélanges, etc. Leur diversité augmente sans cesse, [lar suite de la multiplicité croissante des enqilois et dos [irogrès tic la mise en œuvre.

1. I.c noin priniilif tlu Ctairc, assigne par .\iTiron, son fondateur, était Foslal, ta lente, parce cpi’it avait donné [)onr eniptacenicnl à la ville celui de son camp. Elle n’a pris que plus lard le nom à' Kl Kahirèh, la victorieuse.

2. Michel Chevalier, Inlrod. aux rapports sur l'expos. de 18Ü7, p. 3(J7.

TYPES GÉNÉRAUX DE TISSUS

En 1870, rAnglcten-e, principal cenlre de la labncalion des cotonnades dans le monde, en exportait environ 3 nidhards de mètres, de quoi faire 70 fois le tour du globe, et leur valeur s’élevait à près de i 5oo millions de francs En 1901, la valeur des cotonnades anglaises exportées représentait plus de i G/ja millions do francs ^ La production de l’industrie cotonnière dépasse, pour l’ensemble des peuples civilisés, un total de 7 milliards de francs.

Malgré la date, peu ancienne en Europe, de la confection des tissus de soie, cette fabrication est celle qui a réalisé les plus notables progrès, parce que, dans une classe de produits réservée au luxe, on s’est ingénié à rendre la délicatesse du travail digne de la richesse do la matière. Les Gréco-Romains, qui recevaient de contrées inconnues des soieries toutes travaillées, et qui n’en tirèrent jamais de soies grèges, n’eurent pas à leur appliquer de procédés de tissage, et n’auraient même pas pu, à cet égard, rivaliser avec l’antique industrie chinoise, pins avancée que la leur. Mais, peu après l'acquisition du ver à soie, sous Justinien, des ateliers s’établirent à Constantinople pour fder et tisser le précieux textile. Les Arabes s’en firent bientôt après les actifs propagateurs, d’abord en Orient, puis en Espagne. L’Italie suivit leur exemple au xii° siècle, la France an xni°, mais bien timidement au début. Nous avons vu que, d’aprèsie Livre des métiers, d’Ét. Boileau, il y avait à Paris, sous saint Louis, six corporations travaillant la soie. Dès le milieu du xv*’ siècle, Lyon s’adonnait à cette industrie qui devait faire sa fortune et sa gloire. De lettres patentes retrouvées dans cette ville et datées de i/|GG, il résulte que la fabrication des soieries y était déjà organisée et régulière. Néanmoins, elle ne se développa qu’à partir du xvi“ siècle et a suivi depuis lors une progression continue. L’Angleterre s’est mise assez tard à travailler la soie qu’elle ne produisait pas, mais dont l’approvisionne son commerce avec la Chine, l’Inde et le Japon.-Ainsi constituée d’abord

I. Leone Levy, /Jislory of hrilisli commerce. a. Annales du commerce extérieur, 190a, 9'-' fascicule.

AIOUES DE TISSAGE

au (à'icsio, lMii|)irc, de 3 à aooo ans avaiil, noire ère, puis propagée eu Perse, dans l’empire grec, cl surtout par les Arabes au moyen âge, rirulustrie de la soie, après avoir eu en Italie, au\ xvP cl .wii" siècles, un moment de grand éclat, est parvenue à son apogée en b'rance, à qui appartient actuellement une incontestable ])rimauté. En 1900, on estimait la valeur des étoiles de soie produites en France à 600 millions de francs, dont /|00 à /|io millions pour l’industrie lyonnaise'.

Dans la création de ces opulents produits où le génie de l’Europe entrait en rivalité avec celui de la Cbine, comme poulies colonnades avec l’Inde, l’Occident a vite dépassé scs maîtres, et réalisé des œuvres qui, par l’habileté du travail, l’élégaucc du dessin cl la magnilicence de l’aspect, se rapprochent des objets d’art. Les modes de lissage ont été diversifiés à l’infini pour adapter ces somptueux tissus aux variations du goût dans les classes opulentes. Le progrès a été particulièrement rapide depuis l’invention du métier .lacquard qui, construit en vue du travail des soieries, a donné un si vif élan à toutes les industries textiles.

Les tissus de soie se répartissent communément en deux sections : les unis (lalTelas simples, sergés, salins, crêpes, velours, [lelucbes. . .), et les façonnés (lalTclas fiiçonnés, damas, satins lamés, brocalelles, brocards, rubans...).

Les premières soieries durent être des tissus unis analogues au laffetas (du persan iCiflah, dont le radical est laflcn, tresser). I.,e ^ros de Naples, sorte de laUétas à grain plus fort cl plus épais, se lirait d’abord de Najilcs et fut imité à Tours, au xvi° siècle. Le salin (du latin sela, soie, ou plutôt de l’arabe sadtn, tissu), est une étoffe brillante, duc probablement aux Arabes, et dont l’éclat provieul de ce que la trame n’apparaît (ju’à l’cnvcrs. Uarcment cité avant le xn” siècle-, ce tissu est, depuis, devenu d’usage commun. La production des foulards, imités de rindc, ne remonte pas, on Europe, plus haut (juc la

1. Piolet, Rfip/iorl du jury international de l'exposition universelle de igoo: « Soies et tissus de soie. »

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