EMPLOI DES « PEAUX » DANS L’HABILLEMENT
L’idée devait tout naliirellenienl venir à Phomme, en voyant les animaux mieux vêtus que lui, de s’approprier leur dépouille, et, dès qu’il réussit à les vaincre, il ne manqua pas d’utiliser cette ressource pour se couvrir, d’autant plus cpi il n était guère possible d’en tirer parti d’une autre façon. Les peaux, en effet, de peu de valeur comme aliment, étaient sans j)rix comme vêtement. Il ne fallait pas au chasseur un grand effort de génie pour jeter sur ses épaules nues ce reste inemployé de la proie dont il venait de manger les chairs. Il pouvait ainsi s’abriter contre la pluie, le vent ou le froid, se parer même avec fierté du trophée conquis sur quelque fauve redoutable dans un périlleux combat. Pendant toute une période primitive, les tribus humaines, ignorant Part de filer et de lisser, ou hors d’état de se procurer des textiles en quantité suffisante, ne purent s’habiller que de peaux, comme font encore la plupart des populations sauvages et beaucoup de barbares.
Les indices de la préhistoire permettent d’établir par induction l'époque approximative où l’emploi des peaux devint usuel dans l’habillement. La phase chelléenne, la plus ancienne et la plus longue de Page de la pierre éclatée, ne nous ayant transmis qu’une forme d’arme ou d’outil, le coup de poing de silex, cet unique engin, qui ne se prêtait guère au travail de la préparation des peaux, autorise, ainsi que la douceur du climat durant ce laps de la période quaternaire, à conjecturer que Phomme de ces temps reculés conservait encore sa nudité native. Avec la phase monstérienne, au contraire, on voit aj^paraîlrc en grand nombre des outils de pierre destinés à faciliter Pélabo-
MATIÈRES PREMIÈRES DE I,’ll ARILLEMEAT
ration des peaux, lames tranchantes pour les couper, pointes et perçoirs pour les trouer alin de les rattacher, racloirs, grattoirs, pour les débarrasser des débris de chair ou de graisse, enfin lissoirs pour les unir et les assouplir. Stimulé par la survenue des hivers et le froid d’éporpies glaciaires, l’homme apprit alors à se vêtir de la dépouille des grands gibiers qu’il pourchassait, dans un étal de civilisation comparable <à celui des Esquimaux et des Peaux-llouges
Pendant la phase historique, on voit encore l’emploi des peaux comme vêtement prédominer chez une foule de peuples peu avancés en industrie. Les plus vieux documents du Céleste empire donnenlaux Chinois des temps primitifs le nom « d’hommes habillés de peaux* ». Dans la Genèse, Jéhovah fait à Adam et à Eve, jusque-là nus, un vêlement de peaux’. D’après les légendes mythologiques de la Grèce, une peau de chèvre, Végide (de atyiç), composait le costume de Jupiter et de Minerve. La Fable dépeint Hercule triomphalement drapé dans la peau du lion de Némée. Bacchus et d’autres dieux sont représentés couverts d’une peau de faon (nébridq, de vî6p'!ç), vêtement traditionnel des chasseurs^. Homère en décrit de pareils. Ulysse, rentrant à Ithaque, n’a plus pour costume, au terme de ses longs voyages, qu’une vieille peau de cerf’. Son père, le roi Laërtc, en tenue de jardinier, porte un bonnet en peau de chèvre, des pantalons et des gants de cuir®. Hésiode conseille, à l’approche de l’hiver, de coudre ensemble des peaux de bique avec des nerfs de bœuf, vêtement des plus confortables, assure-t-il, pour braver les rigueurs de la mauvaise saison'. Ces habillements rustiques restèrent fort lard en usage dans les campagnes de la Grèce. On les trouve encore mentionnés, sous divers noms®, du temps d’Hé-
1. De Morliltcl, Le Préhistorique, p. 35 1 ; et Origines de la chasse, de la pêche et de l’agriculture, t. 1, p. 88.