Vopiscus, Aurélien
2. Moreau de Jo.mès, Slatislique de l’industrie de la France, p. 5o.
Bourdeau. — Habillement. s
MODES DE TISSAGE
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ensuite par des sutures, on a substitué le lancé, cpii, par une application du métier Jacquard, permet de tisser des cliàles d’une seule pièce, sans raccords et même sans envers. L’industrie française, malgré l’infériorité de la matière première et le taux élevé de la main-d’œuvre, venait ainsi de remporter sur la vieille industrie de l’Inde un triomphe signalé, quand un caprice delà mode a rendu cette victoire inutile par l’abandon des cliâles dans la toilette des dames.
On peut enfin rattacher aux tissus à mailles une foule de combinaisons de fds en réseaux qui servent à faire des objets dont les usages sont des plus divers, car ils comprennent depuis les dentelles jusqu’aux fdets de pêche.
Quelques interprétateurs attribuent à la dentelle une origine reculée ; mais les allusions qu’ils ont cru découvrir à cet égard dans les auteurs se rapportent avec plus de vraisemblance à des broderies d’or ou d’argent sur étoilé qu'à des broderies blanches qui seules constituent la dentelle. Rien ne fait supposer que les peuples anciens aient su confectionner ce léger tissu dont ils ne nous ont transmis ni mention expresse, ni représentation figurée. Cette fabrication ne paraît pas antérieure au xiv“ siècle. Les Italiens et les Flamands, alors les plus avancés dans les arts textiles, en revendiquent la découverte. Un traité de commerce, conclu en iSqo entre l’Angleterre et la ville de Bruges, serait le plus vieux document où il soit question de dentelle. A la fin du xv“ siècle, Olivier de la Marche la mentionne, dans son Parlement (les darnes, sous le nom de « doux filet ». La vogue de cet élément de parure, complément du linge de corps, se lepandit au xvU siècle. On trouve, dans un compte de iMarguerite de Mavarre, à la date de i545, un article de « soixante aulnes de fine dentelle pour mettre à des colletz ». La mode des fraises fit, sous le règne de Henri 111, donner a ces collets des dimensions extravagantes. Pierre de l’Estoile, parlant de la guipure de Venise employée dans la toilette des seigneurs et des dames aux noces de Joyeuse, ajoute : «Ces beaux mignons portaient... leurs fraizes de chemise de toile d’atour empezées et longues, de demi-pied, de façon qu’à voir leur teste dessus leur fraize, il
TYPES SPÉCIAUX DE TtSSUS
semblait que ce fust le chef saint-Jean dans un plat'. » On peut juger, par les portraits peints ou gravés de cette époque, combien la comparaison est exacte. L’inventaire, dressé en 1607, d’un marchand de Bordeaux, n’énumère pas moins de ilx sortes de dentelles ^ Sous Louis XIII, le goût de cet élément de parure devint une passion si ruineuse que le Code Michaux (1G29) et trois édits successifs en prohibèrent la vente. Mais cela ne fit qu’ajouter à la séduction d’un ornement û la mode l’irrésistible attrait du fruit défendu. Mieux inspiré, Colbert encouragea la production en France de ces articles lu.xueux qu’on tirait jusqu’alors d’Italie (Gènes, Denise), ou des Flandres (Bruxelles) par l’Angleterre, et il voulut même que l’industrie nationale pût en produire assez pour en vendre à .son tour aux étrangers. Ues fabriques s’établirent à ^ alenciennes, Alençon, etc. C’est surtout de 1600 à i7.'3o que l’art de la dentelle, stimulé par la laveurd une aristocratie opulente, paraît avoir atteint le plus haut degré de perfection. Ces produits coûteux se transmettaient par héritage dans les familles, comme les diamants et les bijoux. Saint-Simon parle d’une M““ de Puysieux qui s’amusait à manger ses dentelles : « Llle en mangea pour 100000 écus, en une année, à ronger entre ses dents celle qu’elle avait autour do sa tète et de ses bras". » De nos jours, les hommes (sauf les magistrats et les prêtres) ont à peu près renoncé à se parer de dentelles ; mais les femmes ne cessent pas d’en rafibler.
Le travail de la dentelle met en œuvre les plus fins textiles et applique divers artifices de fabrication. On emploie le lin pour les dentelles riches, la soie pour les blondes, le coton poulies^ articles communs. Leur confection, qui s’est longtemps opérée par la main des femmes, soit à l’aiguille, soit à l’aide d un système de fuseaux, s’effectue maintenant par des procédés mécaniques; niais, si la dentelle y a gagné un grand abaissement de prix, elle y a perdu ce qui en faisait la valeur d’art, la marque d'un travail personnel. Le tulle, ou dentelle unie' qui, par la finesse et la régularité de ses réseaux, se rapproche