APPRÊTS DES TISSUS
Très peu de tissus sont mis en vente et livrés à la consommation tels qu’ils sortent des mains du tisserand. Presque tous ont besoin d’être finis et parés afin de se présenter sous un aspect avantageux. Le travail de l’ouvrier tisseur achevé, l’apprêteur reprend son produit, le traite comme une matière première et lui fait subir diverses modifications en vue d’ajouter à ses qualités, d’embellir son apparence, de faciliter sa mise en couleur et de l’approprier à des usages spéciaux. Cette industrie des apprêts, que les anciens ont presque ignorée, a pris depuis un siècle un grand développement et réalisé de remarquables progrès. Chaque genre de tissu comporte des modes particuliers de préparation. Bornons-nous à dire quelques mots des principaux, car le détail technologique d’opérations très variées dépasserait notre cadre et nous entraînerait trop loin.
On fait subir aux lainages de multiples apprêts, afin de les renforcer s’ils sont faibles, de les resserrer s’ils sont lâches, de les étirer dans un sens ou dans l’autre, de régulariser leur surface, de la rendre unie, pelucheuse, lustrée ou mate. Le foulonnage, dont nous avons déjà parlé, opère en eux du retrait, les condense et leur donne plus de corps ; le ramage les distend en longueur ou en largeur, leur faisant perdre d’un côté ce qu’ils gagnent de l’autre ; le tondage rend leur surface nette, lisse et brillante ; le tirage à poil la rend au contraire laineuse et pelucheuse ; V humectage et le décatissage les modifient sous l’influence de l’humidité ; enfin Vépaillage supprime dans les tissus de laine les débris végétaux (gratterons) souvent mêlés aux toisons, par suite du libre parcours des bêtes dans les lieux
MODES DE TISSUS
de dépaissancc, et qui abondent surtout dans les laines australiennes, les plus recherchées de nos jours, sans que le nettoyage à la machine réussisse à les éliminer entièrement. Ces menus fragments, disséminés dans les tissus, nuisent à leur régularité d’aspect, prennent mal la teinture et rompent l’uniformité de ton. On s’appliquait jadis à les enlever à la main au moyen de pinces. L’épaillage se fait maintenant mieux et plus expéditivcment, grâce à l’emploi de chlorures d’aluminium ou de magnésium, qui détruisent la substance végétale sans attaquer la laine ni altérer sa couleur.
Les tissus de lin et de colon doivent être débarrassés, soit à la main ou par des tondeuses mécaniques, soit par un grillage superficiel, des filaments et des nœuds qui rendent leur surface inégale et nuiraient à la netteté de l’impression. Cette pratique est ancienne. Job parle des fils de la toile que coupe le tisserand '. Villon fait, dans son Grand Testament, allusion à la manière de flamber les toiles :
Mes jours s’en sont allez errant Comme, dit Job, d’une tenaille Font les fdelz, quand ti.sseranl Tient en son poing ardente paille :
Car, s’il y a un bout qui saille.
Soudainement il est ravi.
Le grillage, pour lequel on employait naguère des plaques de fonte chaufl'ées au rouge, sur lesquelles passait rapidement le tissu, s’exécute aujourd’hui à la flamme du gaz disposée en nappe dans l’appareil de Samuel Hall (1862).
L'empesage cl le gommage procurent aux tpiles de la raideur et de la tenue ; le cylindrage, en leur faisant subir de fortes pressions, écrase le grain du tissu, aplatit uniformément les fils, comble les vides laissés par le tissage et lustre brillamment la surface. Ce résultat, obtenu jadis à l’aide de lourdes caisses chargées, l’est, depuis le milieu du dernier siècle, par un laminage entre des cylindres à rotation rapide et continue.
A raison de la finesse et de la docilité de ses fibres, le coton