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I. AGRANDISSEMENTS SUCCESSIFS

Lille est sous le 0° 44' 16" de longitude Est et le 50° 67' 50" de latitude Nord. Cette ville n'a ^ acquis ses dimensions actuelles qu'après une série d'augmentations qui comptent plusieurs époques principales , dont la première remonte à 1030, et dont la dernière, et la plus considérable, a suivi la conquête de 1667. Pour se mettre à l'abri des maux que l'empereur Henri III venait de faire au pays , Bauduin travailla, en 1054, aux fortifications de Lille, et fit bâtir le palais de

la Salle (1). Les développements subséquents se sont portés successivement sur tous les points de la périphérie , de sorte que , dans nos remparts , il y a des constructions de plusieurs âges. L'enceinte intérieure forme un ovale de 2338 mètres de longueur et de 1169 mètres 40 centimètres de largeur, et de 6000 mètres de tour.

La fréquence des mutations qu'a subies la ville nous prouverait seule qu'elle était d'abord fort restreinte. En effet , en 1066 , la portion de territoire que renfermaient les murailles avait à peine dix hectares ; en 1145 , elle en contenait trois fois plus (2) ; en 1243 , huit fois; en 4450 , neuf fois, quoiqu'elle ne fût guère peuplée; en 1604 , elle comprenait environ 120 hectares, c'est-a-dire douze fois plus que six siècles auparavant; enfin, en 1670, elle avait vingt à vingt-cinq fois son étendue primitive.

Au XI e siècle , Lille était déjà une ville importante ; elle avait une monnaie spéciale. La paroisse Saint-Pierre était alors entourée de murs et formait le Castrum. La bataille de Bouvincs fut suivie de la ruine complète de notre ville : toutes les fortifications en furent détruites ; mais un demi-siècle s'était à peine écoulé , que de nouvelles murailles avaient été élevées.

En 1450, les fortifications à l'ouest de Saint-Pierre furent encore démolies ; on les avança vers le faubourg de la Barre.

A mesure que de nouveaux terrains venaient s'adjoindre aux anciens, des embarras plus nombreux se préparaient pour l'administration. Lille contenait des maisons qui dépendaient de plusieurs pairies de la province (5). Des conflits de juridiction s'élevaient sans cesse à cette occasion ; et, pour les prévenir, le Magistrat acheta plus d'une de ces propriétés incommodes. En 1609 , il faisait l'acquisition du fief des

(1) Du temps de Bauduin-le-Pieux, mort en 1067, Ypres, Bruges, Gand, Sainl- Omer étaient fortifiées. Ce fut sous son règne qu'un donjon remplaça le second château du Bue.

(2) Il résulte d'une lettre du pape Célestin au prévost de Saint-Pierre, qu'en H52 St-Maurice et St-Sauveur faisaient déjà partie de la ville.

(3) Savoir : Du Breucq, Berclau, Delbincourt,Saint-Donat,VeUinghehem,Renneval, Langlet, Madringhem, Durosier, Dureux, du Vert-Bois, des Coquelets, Damiette. Les échevins avaient la juridiction des maisons de ces pairies, et les seigneurs ne pouvaient y faire exploiter sans leur en avoir demandé l'autorisation.

Agrandissements successifs. 67

Coquelets, qui a donné son nom à une petite rue encore existante. Plusieurs noms des rues de Lille tirent de là leur origine : telles que les rues d'Antoing , d'Houdain, Maillard, etc.

En 1621 et les années suivantes, on avança le corps de défense à partir de la Basse-Deûle jusqu'à la porte de Fives , et Ton compléta le système de défense.

Enfin , en 1670, la paroisse Saint-André fut jointe à la ville. Les terrains acquis furent divisés par lots et vendus aux particuliers pour y bâtir, conformément à un tracé déterminé (1).

La banlieue était l'ensemble des terrains avoisinant la ville et participant aux charges comme aux privilèges de la cité. Le mot banlieue indique un lieu sujet aux bans ; c'est-à-dire aux ordonnances , aux proclamations des échevins. L'ancienne banlieue partait de la croix des Pichonniers , route de Menin ; elle allait jusqu'à l'embranchement de la route de Messine , passait au moulin du Buquet , au moulin del Sauch , à la bifurcation de la route de Douai et d'Arras , puis revenait au point de départ , en suivant une ligne brisée que signalaient des bornes placées sur la route de Béthune , Tournai et Lannoy. On recula ensuite ces bornes d'environ 1000 mètres dans la partie septentrionale. L'ancienne banlieue embrassait environ 500 hectares ; la nouvelle en comprenait 800.

Le Billau , dont on rencontre souvent le nom dans les chroniques lilloises , était un fief situé sur la limite de la banlieue , et pour lequel on trouve un grand nombre de procès dans nos archives (2).

Dans son état actuel , Lille est la ville la plus considérable du département du Nord. Elle était la septième de la France pour son importance ; nous l'avons vue citée récemment la troisième pour son commerce et son industrie. Neuf routes principales et disposées de même que les rayons d'un cercle , y aboutissent comme à leur centre. Le chemin de fer, qui la lie à la capitale et à la Belgique , peut devenir la source d'une incalculable prospérité. Lille est placée de manière à se trouver un jour la métropole du nord de la France. Elle devient le point central du passage de l'Angleterre , de la Hollande , de la

(1) La carte ci-jointe retrace les diverses enceintes de la ville.

(2) Voyez Registre aux résolutions du Magistrat de Lille : XXIII, XXIV, etc.

Belgique et d'une partie de l'Allemagne , dans leurs rapports avec le midi de la France ; et , réciproquement, de toute la France et du midi de l'Europe dans leurs relations avec le nord.

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