‹ Histoire de LilleChapitre 11 sur 47 · II. PORTES DE LA VELE · texte numérisé non relu

II. PORTES DE LA VELE

Jfigjllg e nombre des portes de la ville dut varier avec son étendue. ^^^feK Sous Bauduin IV, on comptait deux portes : la porte septenjBHgjSP trionale et la porte du château , située au Moulin-Comtesse. Trois siècles après , il y en avait huit : celles de Courtrai , des Reigneaux, au haut delà rue des Arts, qu'on appelait aussi la Porte-à- Brouettes, parce que les voitures n'y pouvaient point passer ; celles de Fives , de St-Sauveur, des Malades ( maintenant de Paris); du Molinel , de Weppes , au lieu où est aujourd'hui le pont de la rue Esquermoise ; deSt-Pierre, où se trouvent les Archives. Vers 1400, la porte de Weppes fut supprimée et remplacée par la porte de la Barre , construite sous le duc Philippe-le-Bon.

En 1595, on supprima également l'accès de la porte St-Sauveur, qui fut démolie en 1674. En 1621 la porte de Courtrai eut un sort semblable ; et , l'année suivante , la porte de la Magdeleine ( aujourd'hui porte de Gand) ferma la ville de ce côté.

Les ouvrages de défense qui entourent Lille la rendent , sous ce rapport , comparable aux plus fortes places de guerre de l'Europe. Littéralement parlant , elle est hérissée de toutes parts de bastions , ouvrages à cornes , demi-lunes , cavaliers , etc., qui en défendent l'approche. Une ressource qui se perd à mesure que les années avancent , c'est l'inondation qui couvrait au loin les terrains du côté du nordouest. Les cours d'eau diminuent ici comme ailleurs ; et cette barrière , autrefois puissante , sera sans effet dans quelques siècles.

Lille est située au fond d'une petite vallée dont les hauteurs sont au levant, au midi , à l'ouest, et la sortie au nord. C'est de ce dernier côté que doit naturellement s'étendre l'inondation ; mais des autres points on domine facilement la ville , et c'est toujours par là que les attaques sérieuses ont eu lieu. Le faubourg de la Magdeleine , au lieu dénommé le Trou , et le faubourg de Fives , ont été choisis par nos ennemis en 4667, en 1708 et en 1792.

Portes de la Ville. 69

Les anciennes forteresses étaient souvent des lieux naturellement disposés pour une défense facile ; on y ajoutait quelques ouvrages en terre , en fascinage (i) , des haies palissadées d'une solidité telle, que la hache avait peine à les entamer, et quelques murailles flanquées de tours. Au XIV» siècle , plusieurs villes de Flandre n'avaient pas d'autres fortifications ; et l'on peut présumer que, sous ce rapport, Lille n'était pas plus avancée que les autres cités environnantes. Àu reste , si l'on juge de l'état de nos fortifications par les efforts inutiles que Louis-le- Gros tenta contre elles, en 1128 , on peut en inférer que cette vieille ceinture était déjà de force à braver de rudes attaques.

A l'époque des Croisades , de grands changements s'introduisirent dans l'art de la défense des places. Ce n'est pourtant que dans le XV siècle que l'on commence positivement à savoir en quoi consistaient les fortifications de Lille. Les portes étaient reliées par de fortes murailles terrassées et crénelées , flanquées de tours rondes solidement bâties et baignées par les eaux de larges fossés. Ces murailles étaient percées de distance en distance d'embrasures arrondies au sommet, qui servaient , soit à observer ce qui se passait à l'extérieur de la ville , soit à placer des pièces d'artillerie , peut-être même à ces deux usages.

Les entrées étaient garnies de herses , de palissades et de tous les moyens de défense usités à cette époque.

Àu XI e siècle l'entrée des places était pratiquée dans des chemins creux dominés par les murs d'enceinte et disposés de telle sorte que , pour arriver à la porte, les assiégeants étaient coutraints de faire des détours et de présenter le flanc aux assiégés (2). Le pont-levis apparaît dès la fin de ce siècle.

Les tours de la ville étaient , en temps de paix , données pour habitations à des particuliers , soit à titre gratuit , soit à loyer ; elles avaient des dénominations singulières dont l'origine n'est plus connue. Ici , c'est la tour à Diables , la tour des Fouans; plus loin , la tour Angèle, la tour hambart, la tour des Clercs, des Marthes,U tour Oussart ou Bus&art , la tour du Seigneur, la tour des Compaignons , etc. Jetons un coup-d'œil sur l'enceinte , aujourd'hui si célèbre , de nos

(1) M. de CoNTEscia : Notice sur la porte Saint-Pierre. — Bulletin de la Commission historique, pages 281 et suivantes.

(2) Ibid.

remparts. Plaçons-nous à la porte de Paris (i) : cette entrée est défendue par deux bastions, l'un à droite, plus proche, l'autre à gauche, plus éloigné , et construits parles Espagnols , en 1654. Ils sont couverts d'ouvrages à cornes que nous devons à Vauban. Avant d'arriver au dernier bastion, on trouve le fort St-Sauveur, couvert par une contregarde et des demi-lunes. Dans le bastion de 1654 sont des restes des anciennes fortifications. C'est la qu'existent les derniers vestiges de la Noble-Tour, qui sert de magasin à poudre. Le nom de Noble-Tour, religieusement transmis , ferait supposer qu'il y avait là quelque construction remarquable par sa forme ou sa hauteur. Nous avons fait d'inutiles recherches pour découvrir d'où vient cette dénomination.

La porte de Fives , actuellement supprimée , ouvre le bastion. On y a bâti un moulin à écorces.

La porte de Tournai est dans le front qui vient après ; construite par Louis XIV, elle n'a d'ailleurs rien de remarquable. Poursuivons donc sans nous y arrêter.

La porte de Roubaix , jadis porte St-Maurice , a remplacé celle des Reigneaux. De chaque côté sont deux bastions; l'un, à droite, contient les casernes ; l'autre , à gauche , est surmonté d'un cavalier dont les feux plongeants seraient meurtriers pour une armée de siège. Ces deux bastions sont couverts par plusieurs ouvrages , dont le principal est la lunette St-Maurice , qui découvre tous les dehors.

En continuant notre exploration , nous rencontrons la porte dè Gand ou de la Magdeleine. C'est au bastion de gauche que finit l'agrandissement de 1670. L'ouvrage à cornes , qui couvre cette porte , est des plus remarquables : il protège les fronts collatéraux. Le terre-plein des bastions est couronné de cavaliers. Celui de gauche , qui existait en 4667, lors du siège de Louis XIV, a beaucoup servi à la défense.

Le front suivant, surnommé des Tenaillons, à cause des ouvrages qui sont devant sa courtine , couvre la porte-d'eau et la sortie de la Deûle. C'est de ce côté que les alliés attaquèrent la ville en 1708. Les deux bastions du corps de la place sont vastes ; et l'un d'eux renferme la caserne St-André.

(1) Voyez Nouveau Guide de l'Étranger à Lille t par M. Bris - La vai>ne, 1826, in-12.

La Citadelle. 71

L'enceinte entre la porte d'Y près et la citadelle ne se compose que d'un demi-front défendu par des ouvrages extérieurs; ceux-ci s'étendent jusqu'au pied de l'inondation dont , au besoin , on peut entourer la citadelle elle-même. A droite de cette porte est un bastion couvert par un ouvrage à cornes.

m. LA CITADELLE.

a citadelle est le chef-d'œuvre de Vauban. Commencée le 10 Novembre 1G67, elle fut finie en Septembre 1670. D'après le relevé des paiements , elle a coûté 1 million 400 mille 702 livres 2 sols 5 deniers. Elle a environ 400 mètres de diamètre. Son enceinte présente un pentagone régulier. Chacun des cinq bastions est couvert d'une contre-garde , et chaque courtine est défendue par une tenaille et une demi-lune avec retour en maçonnerie. Les trois fronts du côté de la campagne ont des lunettes sur les glacis , en face des rentrants , entre les demi-lunes et les contre-gardes, et sont enveloppés d'un avant -côté et d'un avant-chemin couvert. Les remparts, larges et bien plantés , offrent une promenade dont le riant aspect fait contraste avec la sévérité de l'appareil environnant. L'intérieur de la citadelle est occupé par deux rangs de bâtiments où sont des casernes pour les troupes , des pavillons pour les officiers et divers magasins. La place d'armes , plantée de plusieurs allées d'arbres , est belle et régulière. Les fossés sont larges , profonds et bien entretenus. Plusieurs bastions ont des cavaliers sous lesquels sont des casemates pour abriter la garnison eu cas de bombardement. Les dehors sont couverts par un retranchement en forme de digue , qui sert de chaussée , et par un fossé rempli d'eau. D'un côté de la Deûle se trouve la redoute de Canteleu , qui défend le retranchement et l'accès de la Deûle dans la ville. La citadelle a deux entrées : la porte Dauphine et la porte de Secours ; celle-ci , qui est du côté de la campagne , ne sert qu'en temps de guerre. Audessus de la première, qui est du côté de l'Esplanade, se lit l'inscription suivante :

INSILV VlCTORIARUM LUDOVICI XIV DEVOLUTAS MARIA

Theresi* conjugi Provincias armis repetentis cumulus

INGENS NOVEM AB IPSO DIEBUS STUPENT1 ORBE AD DEDITIONEM COMPULSA QUJi CUJUSVIS ALIUS IMPETIM AUT FREGISSET ALT

DIU RETARDASSET Ql'EM IÏSVICTUM SENSERAT PROVIDUM AC BENEFICLM EXPERT A HUJUS ARCIS REGIA MUNIFICENTIA EXTRUCTA PR£SIDIO 1D ADEPTA EST DT QVJR REUQUAS CATHOLICI BELCU URBES OPIBUS ET NUMERO C1YIUM FACILE SUPERABAT NULLI NUNC QUOD UXUM DEERAT MUNiaETfTORUK GLORIA CEDAT ANNO MDCLXX (1).

De la citadelle à la porte de Béthune il n'y a que deux fronts , dans l'un desquels se trouvent l'entrée du canal de la ville et la porte de Dunkerque. Cette partie de l'enceinte est défendue par des bastions et serait couverte , au besoin , par la grande inondation qui s'étend dans le pays à plus d'une demi-lieue , tourne autour de la citadelle et va rejoindre la chaussée de la porte d'Ypres.

Une digue , construite en 1699 et plantée d'arbres en 1821 , va delà porte de Dunkerque à la porte de Béthune , et défend la ville contre l'inondation. L'intérieur du terrain qu'elle circonscrit est une sorte de camp retranché que les assiégés peuvent inonder à volonté.

Depuis 1670, de nombreux ouvrages extérieurs ont été ajoutés à la défense : ceux qui lient l'ouvrage à cornes de la porte d'Ypres avec la citadelle , et les ravelines avancées des portes de Roubaix et de Béthune. La citadelle a reçu une amélioration dans la substitution de cinq grandes contre-gardes à son double chemin couvert.

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