IV. LILLE A VOL D'OISEAU
,ols avons fait le tour des remparts de la ville et de la cita- 'delle ; occupons-nous maintenant de l'intérieur de la cité. 1 Nous ne parcourrons pas les huit lieues qu'offriraient ses rues , si elles étaient mises bout à bout , et encore sans compter celles
(1) Cette inscription est reproduite, quant à la disposition des lignes et à l'emploi des majuscules, telle quelle existe encore de nos jours. En voici la traduction :
Lille, dont la prise couronne si glorieusement les conquêtes de Louis XIV, lorsque, par la voie des armes, il se remet en possession des provinces dévolues à son épouse Marie-Thérèse; Lille, qui eût rendu inutiles ou retardé longtemps les efforts de tout autre héros, et qui, après neuf jours, s'est vue forcée, au grand étonnement de l'univers, de se rendre à ce monarque, éprouve aujourd'hui la
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qui font partie des routes royales. Ce serait trop long pour moi et sans doute pour vous , ami lecteur ; nous nous contenterons de regarder d'en haut , ou , si vous le préférez , d'examiner un plan de la ville.
En comparant l'état actuel avec celui qui l'a précédé , vous remarquerez la suppression graduelle de certaines ruelles ou impasses malsaines , et le percement de nouvelles rues ; ce qui nous frappe particulièrement, c'est l'augmentation successive des établissements publics dont le terrain occupe, à notre évaluation , un dixième de la superficie totale de la ville.
Cette extension remarquable contribue , pour sa part , au rapide accroissement des faubourgs. Il se prépare autour de Lille quatre villes qui finiront par se confondre avec elle : à les voir éparpiller leurs nombreuses et jolies maisons , aux abords de nos portes, on comprend bien que ce sont les épanchements du trop plein de la cité. Nous voulons parler des Moulins, dont le nom est si maladroitement composé ; de Wazemmes, dont l'existence remonte à notre origine elle-même ; de Fives , qui s'étend le long du chemin de fer ; et du faubourg de la Barre , qui convoite le nom de Vaubanvillc. La population de ces faubourgs doit être attribuée à la ville de Lille elle-même. Le total de cent mille ames qui en résulte montre que la population est loin d'avoir diminué depuis le siècle dernier ; ce qui , toutefois , n'empêche pas l'appauvrissement de la race indigène.
Cependant , si l'on n'y prend garde , Lille deviendra comme un horsd'oeuvre au milieu de cette fourmilière d'établissements industriels de tout genre ; elle descendra au rang d'une simple citadelle : la citadelle d'une ville immense qui s'étendra à ses côtés. Ce sera un voisinage incommode pour tout le monde et qui ne sera utile à personne.
Autrefois , la capitale de la Flandre wallonne avait une physionomie particulière qu'elle n'a plus aujourd'hui : les églises , les couvents , les hôpitaux, etc., s'y trouvaient en très-grand nombre. Le groupe qu'elle
sagesse et la bienfaisance de celui qui venait de lui faire sentir qu'il était invincible, et parvient enfin, à l'abri de cette citadelle où tout annonce une magnificence vraiment royale, à ne le céder à aucune des villes de la Flandre catholique, par la force et la beauté de ses remparts (seul avantage qui lui manquât), comme elle l'emportait déjà sur elles toutes par ses richesses et le nombre de ses citoyens.— L'an MDCLXX.
présentait au loin était surmonté de tours élevées , de tourelles et de clochers. Aujourd'hui , ils ont presque tous disparu. Les tubes noirâtres des cheminées de nos machines s'élèvent dans les airs comme les minarets d'une mosquée de l'industrie.
Ce qui contribuait à amener à Lille un grand nombre de communautés religieuses , c'étaient les divers agrandissements qui laissaient chaque fois beaucoup de terrain vague où le Magistrat accordait avec plus de facilité l'autorisation d'ériger des couvents et établissements analogues ; puis la protection que nos murailles assuraient aux maisons de la ville qu'elles mettaient à l'abri des déprédations dont le reste de la châtelJenic était sans cesse affligé ; mais surtout l'esprit de piété de nos aïeux.
A chaque agrandissement, le terrain de la ville ne se couvrait pas toujours de rues régulières et d'édifices contigus. Souvent les terrains compris dans la nouvelle enceinte étaient des jardins ou des bois : on en a des preuves , encore subsistantes , dans les noms de certaines rues : par exemple , la rue du Bois-Saint-Étienne , la rue du Bois-Saint- Sauveur, la rue du Vert-Bois , la rue de la Halloteric , ou plantation de saules , qu'on nomme hallots dans le langage populaire , la rue des Jardins , etc.
En plusieurs endroits le sol était tourbeux et marécageux ; par exemple , la rue Basse et la rue de la Grande-Chaussée ; la rue Marais, la rue des Molfonds, etc.
Il y avait , sur divers points de la ville et des remparts , des moulins à eau et à vent. Les rues du Moulin-Delvallée , du Moulin-dc-Garance , du Molinel, etc., sont la pour nous le rappeler.
Le sol de quelques-unes de nos rues a été plusieurs fois relevé ; le travail le plus considérable en ce genre a eu lieu pour la nie Française : à l'époque de la construction du Pont-Neuf, elle fut exhaussée de sept à huit mètres. C'est depuis lors que la porte Saint-Pierre , dont il ne reste qu'une seule tour enclavée dans la maison N° 1 de la rue Saint- André , se trouve à demi-enterrée ; ailleurs , le terrain est considérablement baissé , notamment au quai de la Haute-Deûle.
Tout change dans ce monde , surtout les rues et plus encore leurs noms pendant les temps de troubles. Plusieurs dénominations que nous présentent les anciens plans de Lille ne subsistent plus : la rue Motin-Po'mon , la rue Perdue , la rue de YArbrc-d'Or, la rue Maillard,
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n'ont plus même de traces. D'autres ont changé d'aspect et de nom. Demandez aux Lillois les plus forts sur la topographie de leur ville où se trouvaient la rue des Pucelles, la rue des Écluses; celles de la Chaude-Fosse , du Vieux-Scel , de Jurie , de la Sottrèque , de la Hamerie , des Grousilleurs , le Trou-Hélène, le Trou-Paunet, la place des Amoureux, la rue des Fétus, ils devront garder le silence. Que serait-ce si nous nous enquérions de l'origine des noms de la Piqucrie , du Sec- ArembauU, qui embarrassent les plus érudits parmi les archéologues lillois?
Quelques rues ont bien changé d'aspect : en 1288 , il y avait encore , rue Esquermoisc, des prés où Ton faisait paître les bestiaux (1). La rue à Fiens, autrefois dépôt d'immondices, est aujourd'hui une des plus propres de la ville ; la rue Sans-Pavé est loin , maintenant , de mériter ce nom ; et il en serait ainsi de plusieurs autres rues ; mais le changement le plus notable , c'est la disparition des burguets de cave qui faisaient saillie dans chaque rue ; c'est l'alignement régulier des trottoirs destinés aux piétons et qui donnent tant de régularité et de propreté à la ville (2) ; c'est la construction des cuvettes pour les égoûts ; c'est surtout l'éclairage au gaz qui illumine la voie publique (3).
(1) Archives de la Chambre des Comptes, IV, 128.
(2) Dans leur état actuel nos trottoirs laisseraient peu de chose à désirer si la circulation n'y était compromise par l'entrée béante de la plupart des caves ouvertes de plain-picd sur la voie publique.
(3) Il y a un siècle, en 1751 , nos rues étaient éclairées par des lanternes contenant ou une chandelle de suif, ou une lampe à l'huile de colza. En 1770, on ajouta à ces lampes enfumées des réverbères. La rue Royale fut d'abord la seule favorisée.
Cinq ans après, on acheta douze lampes neuves pour les répartir en ville. En 1777, la ville possédait 294 petites lanternes pour l'entretien desquelles on consommait chaque nuit seize à dix-sept litres d'huile ; puis 85 lanternes plus grandes qui absorbaient jusqu'à huit litres.
Plus tard , un Lillois ayant trouvé un nouveau mode pour l'épuration de l'huile , le Magistrat le chargea de l'éclairage de la ville. Ce fut dans la rue de la Grande- Chaussée que se fit l'épreuve de cette huile.
Cest en 1832 que l'usine à gaz hydrogène carboné fut établie par une société d'actionnaires. En comprenant les établissements publics et les maisons particulières, cette compagnie alimente, dans notre ville, plus de cinq mille becs d'éclairage.
Avant de vous donner la nomenclature historique des rues de notre ville , nous allons faire , dans son enceinte , deux stations où nous vous prions , ami lecteur, de vouloir bien nous accompagner.