LILLE SOUS LES FORESTIERS , LES MARQUIS, ETC
religion , l'initia aux connaissances qu'il possédait lui-même. Il l'entretenait souvent de la triste fin de Salvaert , de la captivité d'Hemelgaerde.
Le jeune homme se développa , fit des progrès rapides qui euga gèrent son instituteur à l'envoyer en Angleterre , sous la direction d'un certain abbé qui aurait achevé son instruction. Il Justifia les espérances de ses guides, et il aurait été difficile de trouver un prince plus vaillant, plus courtois, plus accompli.
A dix-huit ans , Lydéric entra au service du roi d' Angleterre. La fille de ce prince ne fut pas insensible au mérite du jeune étranger. Celui-ci oublia trop long-temps près d'elle qu'Hemelgaerde gémissait dans sa prison. Il s'en souvint pourtant et jura de ne prendre aucun repos qu'il n'eut satisfait au devoir filial et puni l'assassin de son père.
Il se rendit donc à Soissons où était le roi Dagobert avec toute sa cour. 11 y accusa Phinaert du crime commis sur Salvaert de Dijon , demandant un combat corps à corps, un de ces duels que l'on appela long-temps les jugements de Dieu.
Phinaert ne pouvait refuser. Le combat eut lieu non loin du château du Bue , dans un endroit de la forêt charbonnière , où coulait le ruisseau passant aujourd'hui sous les Ponts-de-Comines , que l'on appela longtemps le pont de Phm , en mémoire de la défaite du tyran qui y perdit la vie.
Le vainqueur délivra sa mère, reçut du roi toutes les terres de Phinaert et fut créé premier Forestier de Flandre. On ajoute que Clotaire le préposa à la garde des prisonniers saxons à qui il avait donné une partie de la Flandre à défricher.
Cette légende est suivie d'autres aventures non moins étonnantes que l'on peut voir dans Oudegherst, l'annaliste de la Flandre, notre compatriote (1).
Quoiqu'on ait nié l'existence des Forestiers (2) et même celle de
(1) Tome I, page 58 et suivantes.
(2) M. Ed. Le Glât ( Histoire des Comtes de Flandre ,7,25) dit : que les Forestiers étaient bénéficiaires et non feudataires. S'ils ont transmis à leurs enfants leur charge , c'était sous le bon plaisir des Rois et par tolérance plus que par droit de propriété.
La Sacra Beigii chronologia , p. 93 , admet l'existence de Lydéric , mais elle regarde comme une erreur son titre de forestier : ■ Lydericus, inquit, fnitbujus » terne (Harlebecse) prefectus kive ut tune dicebatur forestarius forestarii
Château du Bue.
Lydéric (i), tout ce qui a été dit à leur égard n'est pas fabuleux. Phinaert, que Massecuw désigne comme le géant du camp Mois, est indiqué par la chronique de Saint Bavon comme un homme d'une taille gigantesque.... Suivant Meyer, Lydéric a répandu en Flandre la religion chrétienne ; suivant Buzelin , ce même Lydéric aurait fait des Huns un massacre si effrayant que les chevaux étaient dans le sang jusqu'au ventre; ce même Lydéric aurait fait pendre , à Lille , un certain Josserand qui avait volé à une pauvre femme , etc.... Ce ne sont pas là des personnages imaginaires.
Si quelques personnes ont vu dans le titre de forestier un paronyme , une simple erreur de mots , nous avons à leur opposer quelque chose de plus positif que de gratuites suppositions : le sixième forestier, Inghelram , est nommé dans deux descapitulairesdeGharles-le-Chauve.
Le château du Bue , berceau que la tradition donne à nos forestiers , est nommé plusieurs fois dans l'histoire , et nous le citerons dans les pages qui vont suivre. Guicbardin , qui écrivait au XVI e siècle , dit que , de son temps , on voyait , à Lille , les ruines du château du Bue. Nous pouvons donc , sans scrupule , adopter en somme et dans ce qu'elle a d'important , la tradition populaire.
Pendant les deux siècles qui suivent , nous ne trouvons que deux fois le nom de Lille dans les annales Gallo-Flandriœ (2) qui parlent du grand deuil que la mort de saint Eloi répandit parmi les habitants du territoire de Lille , et du forestier Estorède qui vint placer sa résidence à Harlebeck , à six lieues de Lille.
Au IX e siècle on le rencontre plus fréquemment (5), et il n'est pas possible d'admettre, avec certains auteurs, que Lille ne doive compter son existence qu'à partir de la dernière partie du XI e siècle.
De cinq ans en cinq ans , les Normands faisaient alors des apparitions
» non erant lignarii custodes (quanquam Gaguinus lib. I aliique sic Flandriae cus- » todes appel lant) sed principes. Id enim signifleat forster, forst heer, ut etiara » utimur appcllando magnos principes forst en heer, heer en forst germaniâ lingua » qui tune adhuc Franci utebantur. Cujus denique obliti alias nomenclaturas » quaerebant ejusdem soni hinc gallicè noraen forestiers. »
(1) Le trait de Lydéric est placé par les uns à la date de 620; par les autres à 621 , à 640. La mort de Lydéric est inscrite par Meyer et Buzelin à la date de 674, et par Oudegherst à celle de 692.
(2) En 660 et 752.
(3) En 801 , 823 , 861 , 863 , 875 , 881 , 882.