I 86 ULLE SOUS LES FORESTIERS, LES MARQUIS , ETC
sur nos côtes. La valeur de Bauduin Bras-de-Fer les en écarta quelque temps. Gomment , en effet , les hordes étrangères n'auraient-elles pas cédé à la valeur de celui qui , au dire des chroniques , assailli sur l'Escaut
par le diable en personne, avait vaincu ce redoutable ennemi?
Néanmoins, en 881 et après avoir ravagé St-Bertin, les dévastateurs s'avancèrent jusqu'à Lille qui était déjà florissante (1). Bauduin mit les barbares en fuite , leur fit des prisonniers dont il exposa les têtes aux créneaux des murailles de son château du Bue (2).
C'est pour défendre le pays contre les déprédations de ces bandes de pillards que beaucoup de châteaux forts s'élevèrent dans nos environs. Le temps et surtout la guerre en ont renversé le plus grand nombre.
II en reste cependant encore quelques-uns que les amis des vieux souvenirs devraient conserver avec d'autant plus de sollicitude.
Les hommes des champs groupaient leurs habitations autour de ces forteresses : c'est l'origine de plusieurs bourgs.
Les monastères étaient souvent pillés par ces étrangers. Les chroniques du temps retentissent de plaintes à ce sujet. On rapporte à cette époque la construction de plusieurs demeures souterraines que l'on rencontre dans notre province et les lieux environnants. AVillers-Plouich , par exemple , il existe une galerie creusée dans la pierre et composée de plus de quatre-vingts chambres placées le long d'un corridor trèsétendu (3) ; à Bellinghem , on trouve de vastes et profondes excavations divisées en plusieurs allées et dont les voûtes , soutenues par des colonnes, s'étendent sous le village dans diverses directions (4); à Hernies, on vient de découvrir un immense souterrain qui contient huit rues et environ trois cents cellules (5). On pense que la population cherchait à s'y dérober aux cruautés des dévastateurs. Aujourd'hui , ces galeries sont peu habitables à cause des immondices qui en obstruent les abords.
(1) Buzelin, 127. — Vanderiiair, 58.
(2) Il y eut, à Lille, plusieurs châteaux ou citadelles, outre le château du Bue, savoir : le Ccutrum fortifié par Bauduin V; te fort Dargnel ou des Reigneaux par Philippe-Auguste ; le château de Courtrai par Philippe-le-Bel ; le fort St-Sauveur et la Citadelle que Louis XIV disposa pour parler au besoin aux ennemis du dedans aussi bien qu'à ceux du dehors.
(3) Annuaire du département du Nord, 1833, p. 104.
(4) Ibid, 1834, p. 31.
(3) Mémorial, histoire et archéologie du département du fas de-Calais ,1 , 189.
Église St-Mawrice. 187
Sons le règne de Bauduin II , d'Arnould-le-Grand et de quelques-uns de leurs successeurs, il n'est pas fait mention de Lille.
Sous Bauduin IV il existait , en l'honneur de saint Maurice , une chapelle bâtie sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui l'église dédiée à ce saint. C'est probablement pour en consacrer la mémoire que la date 1022 est incrustée sur la façade de l'édifice actuel. Toutefois ce millésime est postérieur à l'époque qu'il indique, car les chiffres arabes qui forment l'inscription n'ont été introduits en Europe que deux siècles après. D'ailleurs , comme on le verra bientôt , la ville fut complètement saccagée par le roi de France; rien ne resta debout (en 1212); l'église ou la chapelle St-Maurice eut le sort commun. D'ailleurs encore le style et les détails de l'architecture assignent à notre temple actuel le XV e siècle et le règne de Philippe-le-Bon (1).
Bauduin IV fit commencer, vers 1030, les premières murailles de Lille. Son successeur les acheva ; c'est ce qui fait que plusieurs auteurs lui en attribuent exclusivement la construction.
Bauduin V, dit le bon, le pieux, le débonnaire, est aussi nommé Bauduin de Lille, à cause de sa bienveillance toute particulière pour notre ville. Fiancé de bonne heure à la fille du roi des Français , il tomba dans quelques écarts dont il vint demander le pardon , à son père , dans une assemblée convoquée à cet effet , à Àudenaerde.
11 acheva les murailles commencées par son prédécesseur, y ajouta des tours , fit creuser des fossés et établit deux portes : celle des Rues qui devint ensuite la porte St-Pierre , à l'emplacement de l'Hôtel des Archives , et celle du Castiel qui se trouvait à l'endroit où est aujourd'hui le moulin Comtesse (2), La ville, dans sa partie close, renfermait le terrain compris dans une ligne qui , partant du moulin du Château , irait jusqu'au Pont-Neuf; de là jusqu'à la rue Marais ; de la rue Marais à la rivière , et , suivant le bord de la Deûle , irait rejoindre le point de départ. C'était ce que l'on désigne , dans nos anciens auteurs , par le mot castrum; la paroisse St-Étienne , bâtie au pied et aux alentours du château du Bue, était le forum; la paroisse Ste-Catherine , quand elle se forma , était le suburbium castri.
(1) Voyez notre Notice sur l'église St-Maurice dans le Bulletin de la Commission historique du département du Nord , 1. 1*' .
(2) C'est à tortqu'on a signalé quatre portes. A cette époque Lille était renfermée daus le Castrum. La porte de Wcppes n'existait pas encore.