‹ Histoire de LilleChapitre 25 sur 47 · LILLE SOUS LES FORESTIERS , LES HARQC1S , ETC · texte numérisé non relu

LILLE SOUS LES FORESTIERS , LES HARQC1S , ETC

soixante, et, après avoir réduit en cendres la ville et le monastère de Messine , elle se retira à Lille.

Exaspérés d'une telle conduite , Gand et Bruges nomment une nouvelle députation qui accepte la dangereuse mission de demander à celte tyranne (1) de renoncer à ses injustes prétentions sur la Flandre et à les laisser en repos. Douai , Bergues , Calais et la Flandre flamengante étaient pour Robert; mais Lille et sa cbâtcllenic, Audenaerde, leCarabresis , le quartier de Tournai , l'Artois et le Hainaut avaient embrassé le parti de Richilde. Aussi , loin de se rendre aux vœux des Flamands , elle se disposa à perdre les nouveaux ambassadeurs et toute leur suite. Elle voulait qu'on les arrêtât et que , sans autre forme de procès , on les pendit tous , par douzaine , aux fenêtres de leurs hôtelleries.

Gerard-du-Buc , Châtelain de Lille , ayant eu connaissance de ce projet , en informa secrètement les villes menacées , les engageant à adjoindre à chaque député trois ou quatre hommes bien armés et recommandant aux envoyés de n'entrer en ville que vers midi , après qu'il serait venu leur parler. 11 s'aboucha également avec Robert-le- Frison. Dans une entrevue qui eut lieu à Ypres , il fut convenu que ce prince se tiendrait dans les bois de Marquette , avec six mille hommes de bonnes troupes, et qu'il attendrait là le signal convenu.

Tout étant ainsi préparé à l'insçu de Richilde et de ses conseillers , les députés et leur escorte , formant un groupe de trois cent quarante personnes , entrent à Lille. Le Sire de Mailly qui vint les recevoir leur parla fort rudement , allant jusqu'à leur montrer des cordes avec lesquelles il les aurait , disait-il , pendus aux barreaux de leurs fenêtres. Aussitôt , dans toute la ville , le cor se fait entendre , les Flamands font main-basse sur le ministre de Richilde. Gérard leur ouvre les portes du château du Bue. Robert accourt pour leur prêter main-forte.

Richilde , instruite de ce qui s'était passé , avait envoyé ses soldats pour investir le château ; mais ils trouvèrent à qui parler. Honteusement défaits , ils durent prendre la fuite. Richilde n'attendit pas qu'on vînt la chercher ; elle partit précipitamment pour Amiens. Là , elle invoqua le secours du roi de France qui ne tarda pas à arriver.

Après avoir laissé garnison à Lille , Robert porta le gros de ses forces vers Cassel , où il reçut la soumission de toute la Flandre. Arras , Douai,

{1} Ol'DECHKRST.

Bataille de Cassel. 193

Tournai , St-Omer, Boulogne , Ardres , St-Pol et Béthune restèrent du parti de Richilde. Il faut remarquer aussi que la noblesse de notre châtellenie , tout en se rangeant du côté de Robert, entendait n'agir que pour Arnould , légitime successeur de Bauduin.

Le roi de France et son armée se dirigèrent aussi vers Cassel ; et ce fut dans la plaine qui s'étend au pied du mont que se décida l'événement de la guerre. Battu à Cassel et à Bavinchove , Arnould périt en combattant vaillamment et après avoir eu deux chevaux tués sous lui. Par une rencontre unique , peut-être , tandis que ce prince était frappé à mort , les deux compétiteurs qui se disputaient ses dépouilles étaient faits prisonniers par les corps d'armée opposés : Richilde par les troupes de Robert, et Robert par celles de Richilde. Le sire deCoucy et le prétendu comte Osbern furent trouvés parmi les morts. Le roi de France s'enfuit à Montreuil ; les Flamands, restés maîtres du champ de bataille , avaient tué plus de vingt mille hommes aux alliés.

Ainsi se termina le premier acte de cette lutte mémorable dont le prologue avait commencé au château du Bue (4).

(1) Qu'il nous soit permis d'exprimer ici un vœu :

Dans une ville comme la nôtre, où l'on aime l'histoire, où l'on voue un culte particulier aux souvenirs qui intéressent la localité, pourrait-on laisser s'obscurcir et se perdre tout-à-fait le théâtre des faits que nous venons de rappeler ?Ltle du Bac, n'eùt-elle pas porté une forteresse romaine et ne remontât-elle pas ainsi au premier âge du Christianisme ; cette colline , couronnée jadis des tourelles de nos châtelains, ces dignitaires si fidèles, si braves, dont les trois familles portent de si glorieux noms, dont Henri IV et ses successeurs n'ont pas dédaigné le titre; ce monticule, dont l'illustration compte plus de huit siècles bien authentiques, ne mérite-t-il pas qu'on le distingue du reste du territoire de la ville ? — • En 1841 on agitait , au sein du Conseil municipal , la question d'y tracer une rue ; ne pourrait-on pas reprendre, en la modifiant, cette idée que nous croyons très-utile? — Ne serait-ce pas sur ce terrain, véritable centre de la ville, son berceau historique ou traditionnel, le seul point vraiment pittoresque de son enceinte, que devrait être placée la Maison-Commune , lHôtel-de-Ville ; se tenir les assemblées des élus de la cité , ces réunions où la force de la pensée, la sagesse du vouloir remplacent désormais, dans notre époque de civilisation et de progrès, la force des armes et la valeur guerroyante des hommes d'autrefois?

Mais si ce choix n'est plus possible; si les édifices élevés sur l'emplacement de l'ancien palais des Ducs de Bourgogne ont déterminé la résidence du Conseil municipal, ne peut-on pas donner à notre terrain historique une destination qui concilie tous les goûts et toutes les exigences, qui conserve pour nos descendants

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