LILLE SOCS LES FORESTIERS , LES MARQUIS , ETC
La bataille de Gassel fut suivie de négociations où l'on échangea les chefs prisonniers. Rendue à la liberté , Richilde se retira en France ; Robert, bien accueilli des Flamands, devint leur chef. Ce ne fut pas sans contestation et sans combat qu'il s'assura le pouvoir. Mais la force des armes ayant démontré à Richilde qu'elle devait céder, elle fit relever Messine, autrefois victime de ses fureurs, en reconstruisit le monastère et s'y renferma pour y terminer ses jours dans les exercices de la plus austère pénitence.
Robert eut alors affaire à Bauduin , second fils de Richilde et héritier du Hainaut. Ce ne fut qu'après quinze ans de troubles et de guerres que le pays se vit enfin tranquille et que le prétendant Robert resta paisible possesseur du Comté.
Délivré de ses ennemis extérieurs et assuré du pouvoir, Robert songea à punir les seigneurs qui avaient pris parti contre lui. Arnould , évéque de Soissons , vint à Lille avec une lettre du Pape qui demandait la grâce de plusieurs d'entr'eux (4). Introduit seul en présence du vainqueur irrité , le prélat lui lisait les brefs pontificaux , lorsque les
de précieux souvenirs historiques, ouvre une voie de communication éminemment utile et dote la cité d'un établissement qu'elle n'a pas encore ?
L'Ile du Bue devenue propriété communale , la colline du châtelain reprenant son nom historique, cet Ilot convenablement isolé et déblayé des constructions parasites ou ignobles qui l'écrasent, ne pourrait-il pas voir se dessiner une large et belle voie de passage pour lier la rue de la Monnaie à la rue des Prêtres et à la Grand'Place par une ligne plus courte empêchant l'encombrement qui a souvent lieu dans la rue des Chats-Bossus? — Ne pourrait-il pas porter un hôtel des milices lilloises de toute arme avec les annexes indispensables? Un jardin botanique, une promenade publique dont on ferait une sorte de galerie historique où des inscriptions, convenablement placées et rédigées par de6 hommes spéciaux, rappelleraient aux visiteurs les traits que nous a transmis l'histoire, non-seulement sur cette portion de la ville , mais sur la ville elle-même tout entière? — Un obélisque, une tourelle placée au sommet, couronnerait cette restauration, à laquelle tous les Lillois applaudiraient , nous en avons la conviction.
Ce n'est pas ici le lieu de donner le plan ou le devis d'une telle entreprise; mais persuadés que nous sommes que ce n'est pas là une simple utopie ; que ce projet est patriotique, honorable à la cité; qu'il a son côté utile ; que le quartier du Bue deviendrait rapidement le plus beau de la ville, le plus cher à nos compatriotes, nous déposons ici cette idée. Nous serons heureux d'apprendre que, reprise, améliorée, elle soit un jour mise à exécution.
(1) Panckouckb, 57.
Désordres réprimés. 195
coupables se précipitant aux pieds du prince , lui embrassant les genoux en signe d'obéissance et de vassalité , et demandant aussi l'oubli du passé, Robert céda et les reçut en grâce. C'est ainsi que l'épiscopat usait de l'ascendant qu'il avait sur les esprits.
Après cette honorable négociation l'évêque visita les principales villes du pays wallon (1).
Gomme Robert s'était associé son fils, qui portait le même nom que lui , les historiens ont attribué à l'un de ces personnages des faits qui concernent l'autre dans le gouvernement de la Flandre. C'est ainsi que les uns appliquent au père et d'autres au fils une lettre que le Souverain- Pontife écrivit à Robert de Flandre , et où il lui recommande de ne pas souffrir la simonie alors très-fréquente (2). Il parle dans le même sens à Adèle , mère de Robert. Il fut décidé que tout prêtre libertin serait chassé du sanctuaire , comme indigne d'approcher des choses saintes. Inghelram, chanoine de St-Pierre, à Lille, choisi par le Pape pour coadjuteur de Robert , réprima les désordres qui régnaient alors parmi les clercs , et il n'en est plus guère fait mention depuis.
Robert II succéda à son père en 4093. Il fut surnommé de Jérusalem , à cause de ses exploits dans la première croisade. Il se signala aux sièges de Nicée , d'Àntioche , d'Àrtésie et surtout de la ville sainte. Il y reçut le nom de Ftls-de-Saint-Georges. Nos archives possèdent un grand nombre de titres qui ont rapport à ce prince et qui sont des témoignages de son infatigable activité.
Au moment où notre comte se disposait à partir pour la guerre sainte , l'empereur Henri lui demanda à rentrer en possession du comté d'Alost et des îles de la Zélande (3). C'était bien un sujet de guerre, mais les troupes de l'empereur s'étant débandées pour aller se ranger sous les étendards de divers princes croisés , il fallut l'ajourner. A son retour, Robert reprit les choses au point où elles étaient à son départ : il assiégea d'abord Cambrai ; Henri III accourut pour la défendre , et les troupes des deux nations foulèrent tout le pays ; cependant , en 1 103 , un armistice fut conclu.
Trois ans ne s'étaient pas écoulés que les troubles recommençaient ;
(1) M. Edw. Le Glat : Histoire des Comtes de Flandre, I, 213.
(2) Warnkœmg, l.
(3) Oudecherst, édit. Lesbroussart , I, 334.