‹ Histoire de LilleChapitre 3 sur 47 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Pou» lire, avec fruit, l'histoire d'un peuple, il faut acquérir la connaissance des lieux où se sont passés les faits qui la composent} et, de même que l'auteur d'un drame nous montre d'abord la scène où vont se mouvoir ses personnages fictifs, de même l'historien doit esquisser le grand théâtre où, bientôt, les nations et les souverains apparaîtront dans les récits dont il nous transmet la mémoire ; voilà pourquoi nous commençons notre livre par quelques considérations sur le sol de la Flandre.

Ces études ne sont pas de l'histoire ; mais elles en sont les préliminaires obligés ; elles sont sérieuses, on le conçoit : l'histoire n'est pas toujours une série d'anecdotes.

Traitant spécialement de la ville de Lille, nous avions d'abord pensé nous borner à son territoire; mais nous n'avons pas tardé à comprendre que ce travail serait insuffisant. Dans les diverses circonstances où elle s'est trouvée , notre cité a ressenti l'influence du dehors ; elle a aussi exercé sa propre action dans un rayon plus ou moins étendu. L'isoler des causes qui ont agi sur elle, ou des

16 ÉTUDE DU SOL DE LA FLANDRE

effet s qu'elle a produits , c'eût été mutiler son histoire ; la traiter comme on traite les végétaux préparés pour nos herbiers et dont on n'aperçoit plus la dépendance avec la tige qui les a portés; autant vaudrait renoncer à écrire.

D'ailleurs , par suite de diverses circonstances qui ont présidé a sa circonscription, le terrain de Lille, celui de son arrondissement, celui de notre département luimême, n'est ni un fragment naturel, ni un tout spécial, ni une collection homogène : assemblage irrégulier d'éléments divers, il a dû l'ensemble qui le constitue, à des ordres déconsidérations tout-à-fait en dehors de toute classification scientifique. Il faut , pour l'étudier, adopter une échelle plus étendue qu'il ne semblerait d'abord nécessaire. Nous parlerons souvent de la Flandre ; il faut donc la considérer dans son ensemble. Pour y parvenir , nous devrons effacer, pour quelques instants , les divisions que les peuples et les rois ont si souvent tracées sur le sol de cette province, tantôt avec leur épée et leur sang, tantôt avec le sceptre et les traités ; et nous en tenir un instant à la limite naturelle qui sépare la Flandre des pays limitrophes.

Après avoir exposé diverses considérations géologiques, nous chercherons à formuler quelques propositions sur les premiers peuples qui ont habité nos contrées; nous tâcherons de constater leur origine, leurs voyages, 1rs catastrophes qui les ont amenés ou les ont fait disparaître. Enfin, pour compléter, autant qu'il est en nous, ces vues générales, que nous abrégerons le plus qu'il nous sera possible , nous ferons un rapide examen de la langue de nos aïeux ; nous y joindrons quelques aperçus sur le peuple lillois. C'est après avoir acquis ce» triples données que nous entrerons dans le récit des institutions de notre pays , récit dont elles nous semblent les préliminaires indispensables.

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