‹ Histoire de LilleChapitre 34 sur 47 · IX. LILLE SOUS MARGUERITE DE C0NSTANT1N0PLE · texte numérisé non relu

IX. LILLE SOUS MARGUERITE DE C0NSTANT1N0PLE

uand Marguerite succéda à sa sœur, elle était déjà veuve 1° de Bouchard d'Avesnes , qu'elle avait épousé à l'âge de douze ans et dont elle avait eu deux fils , Jean et Bauduin d'Avesnes ; 2° de Guillaume de Dampierre, à qui elle donna trois fils et deux filles.

Bouchard avait été ordonné acolyte et sous-diacre à Orléans ; le premier mariage fut donc cassé , et les enfants qui en étaient issus déclarés bâtards (5). Marguerite, obéissant à son insçu au souvenir des anathèmes lancés contre cette première union , conçut contre ses deux premiers enfants un éloignement qui lui valut le surnom de Dame- Noire, de Marguerite-la-Noire. Les épisodes si dramatiques de sa vie

(1) Registre F, F<> 241 ; Archive* de la ville.

(2) Roism,p. 255.

(3) War^kobnig, I, 235.

(4) Mémoires de l'Académie de Bruxelles, t. XIV, p. 18, 19, 22, 25 , etc. 5) En 1249 ils furent légitimés.

sont racontés d'une manière bien remarquable par notre compatriote , M. Bruneel, dans sa notice intitulée : Bouchard d'Avemes, et par M. Edw. Le Glay, dans Y Histoire des Comtes de Flandre.

Les premiers fils de Marguerite n'acceptèrent pas la sentence qui les excluait de leur héritage et de leurs richesses. Après avoir eu recours aux armes , ils s'en remirent au jugement de Louis IX et d'Odon, légat du Pape, évéque de Tusculanum. La décision donna la Flandre aux Dampierre , et le Hainaut aux d'Avesnes. Avant qu'elle fût promulguée , les cinq fils de la Comtesse avaient juré d'y obéir. Ils avaient signé à Paris un compromis (1) dont ils adressèrent un exemplaire aux échevins de Lille , leur demandant de faire aussi la promesse de se soumettre au jugement à intervenir. Ce titre , encore revêtu de quatre des cinq sceaux primitifs, se trouve aux archives de notre ville. Marguerite donna des lettres par lesquelles elle consentait à ce que ce serment fût ainsi prêté (2).

Marchant sur les traces de sa sœur, notre comtesse se signala par des bienfaits. Elle affranchit tous les serfs de ses domaines (1252) ; elle renonça au droit , que lui donnait la coutume , de s'emparer des meubles des serfs décédés; elle concéda à notre magistrat le revenu du longuet, impôt perçu sur la navigation de la Deûle , et qui avait été jusque-là exercé au profit du Comte (3). C'est le don de ce revenu que l'on a long-temps considéré comme le titre de la ville à la propriété de la rivière elle-même. Elle affranchit de tout péage le canal que notre châtelain Jean fit creuser de Lille à La Bassée (4) ; elle fit construire un quai, du pont de Phin jusqu'à l'emplacement de Bihour (5) ; elle favorisa le commerce et l'institution des foires (6) qui avaient alors une importance dont rien , de nos jours , ne peut donner une juste idée ; elle y appela les marchands de tous les pays , et , pour les y attirer, elle accorda des privilèges , des franchises et tout ce qui pouvait les déterminer à se rendre dans ses bonnes villes (7).

(1) Roisik, 261,265.

(2) Ibid, 266.

(3) L'ancien Guide des étrangers à Lille avance, p. 50, que ce fut Jeanne qui,ea 1232, flt ce don à la ville.

(4) En 1271 , moyennant 1500 francs d'Artois, que la ville paya au châtelain.

(5) Roisix, 286.

(6) Ibid, 284.

(7) Voyez les Archives de la Chambre des Comptes de Lille.

Procession de Lille.

Sa piété a laissé de beaux monuments dans le monastère de Mons (1240) ; dans celui de Flines, près de Lille, qu'elle augmenta considérablement ; dans l'hôpital de Seclin ; dans le Béguinage , à Lille.

C'est Marguerite qui institua la procession annuelle , dite Procession de Lille , qui s'est perpétuée jusqu'en 1793 , en l'honneur de Notre- Dame-de-la-Treille , patronne de la ville. Nous parlerons plus tard , avec détail , de cette cérémonie moitié sérieuse , moitié bouffonne.

Après une vie bien remplie, Marguerite se retira dans l'abbaye de Flines où elle s'éteignit en paix.

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