‹ Histoire de LilleChapitre 35 sur 47 · X. LILLE SOUS GUY DE DAHPŒRRE · texte numérisé non relu

X. LILLE SOUS GUY DE DAHPŒRRE

^jBm E r ^o ne » dans son histoire générale, présente un tableau jpJKSt vaste, varié , plein d'intérêt, où ressortent ici des révoltes, ^$P^F des massacres ; là d'indignes fourberies , de honteuses défections ; ici, des infortunes touchantes, un prince méconnu ; là, de criantes violences , une inqualifiable mauvaise foi... puis des batailles , des sièges fameux , des traités violés , la puissance des Pontifes recevant d'audacieux défis. L'histoire de Guy de Dampierre comprend tout ce qui se passa d'intéressant à cette époque.

Quoique renfermés dans des limites plus restreintes, nous avons une riche collection de faits. La Flandre wallonne , quatre fois inondée par les armées françaises, mise en interdit pour les prétendus méfaits de son souverain; notre ville assiégée, prise, reprise; l'agrandissement du pouvoir municipal appelé à juger les différends entre le Comte et ses sujets ; la politique du roi de France à notre égard , sont autant de traits importants que nous allons successivement présenter au lecteur, en empruntant à l'histoire générale les détails nécessaires pour jeter quelque lumière sur ces actes particuliers.

(1) M. Edw. Lb Glay, dans son Histoire des Comtes de Flandre, a fait de ce règne nne exposition animée, brillante, et qui le place à un rang très-honorable parmi les écrivains de notre temps.

Dès 1269, Guy, fils de Marguerite et du sire de Dampierre , avait été associé au gouvernement de la Flandre. Ce prince avait de bonnes qualités ; à la téte d'une administration secondaire , il l'eût conduite avec un ordre et une régularité parfaite ; placé à un poste plus élevé , il manqua de vues; son regard ne sut pas embrasser le vaste ensemble de devoirs que lui imposaient , de concert , l'état des esprits et les dispositions des souverains avec lesquels il avait à traiter. Du reste, on fut envers lui d'une sévérité qui approche de l'injustice ; son économie est traitée d'avarice ; sa simplicité de mesquinerie. Il est vrai qu'il donna beaucoup d'importance à l'argent ; que jamais prince ne concéda plus de privilèges et ne les fit mieux payer ; que jamais comte de Flandre ne fit des acquisitions comparables a celles dont il dota sa famille ; mais il faut lui rendre cette justice , que sa conduite , comparée à celle du Roi , son suzerain , est un modèle de bonne foi. Ce prince fin victime d'un plus puissant ; c'est là son plus grand tort. Plus heureux , plus adroit ou plus fort , on aurait loué son économie, exalté sa prudence et son activité ; victime , il fut mis en caricature (4).

A peine arrivé au pouvoir, Guy concéda à la ville de Lille (1279) la halle et ses dépendances (2), pour douze deniers an (3) ; il donna aussi le lieu où est la boucherie (1285). En ceci , il eut - i vue l'utilité de la ville , et il y fut décidé par l'amour qu'il portait aux bourgeois (4) et en souvenir de leur courtoisie (5). Il y joignit le droit de mesurage des céréales et de toutes les marchandises analogues ; le tout , sous la condition que Lille lui paierait annuellement deux deniers , monnaie de Flandre. Robert de Nevers , son fils , ratifia cette concession (6) qui ne semble guère déceler un avare (7).

Guy céda encore à la ville le droit de pèche dans les canaux intérieurs ,

(1) On le représenta sous la figure d*un mannequin, dont le comte de Valois et le Pape tiraient les ficelles.

(2) Roisin, 293.

(3) Panckoucke dit que les Halles ont été données à la ville par Guy, en compensation de cent livres de rente dues par sa mère ( p. 157); c'est une erreur. La date est aussi mal indiquée. — Voyez Roism, loc. cit.

(4) Roisin,318.

(5) Ibid.

(6) Novembre 1285, Roisik, 318 et 319.

(7) Voyez registre D, F«» 33 , 40 , 45 , 50.

Privilège consacré par Guy. 221

depuis le moulin del Sauch jusqu'à celui du Château (1) ; il y joignit la place où se tenaient les foires et marchés, avec les droits qui s'y percevaient (2). Quelques années auparavant, la ville avait acqnis la propriété des eaux de Fives et du Becquerel (3) , afin de compléter l'œuvre de Jeanne , qui avait fait construire les fontaines.

A l'imitation du Comte, le sieur de Hasnes et Marote , dame de Mortaigne, affranchirent les Lillois de tout droit de péage au Pont-à Vendin , et cela , à cause de leur courtoisie et des services qu'ils avaient rendus auxdits seigneurs (4-). La roture et la noblesse étaient , comme on voit , en de fort bons termes.

Par une charte célèbre , Jeanne avait fixé l'organisation municipale. Guy, à son tour, consacra ( Août 1297 ) une autre coutume aussi ancienne et non moins importante , qui est devenue un point fondamental du droit politique de notre pays : c'était le privilège de ne prêter serment de fidélité au Souverain qu'après avoir reçu de celui-ci la promesse solennelle de maintenir les privilèges -, franchises et libertés de la commune (5). Cet usage si rationnel et si juste est contemporain de l'origine même de notre échevinage (6). La consécration n'en fut pas arrachée à Guy par la révolte , ni obtenue de sa cupidité , à prix d'argent. C'est une concession spontanée ; nous signalons au lecteur cette coutume unique, peut-être, et si remarquable. Tous les successeurs de Guy s'y soumirent sans difficulté. Louis XV le premier, sous l'influence d'un orgueil mal éclairé et de conseils peu sages , refusa de s'y prêter ; aussi le serment de fidélité ne lui fut-il pas donné lorsqu'il vint à Lille en 1744»

Après avoir esquissé le caractère de Guy, consignons que Philippe-

(1) Roism, 324. Registre E, F<> 73.

(2) Registre G, F<> 38. Il y a des lettres de pareille concession sous la date de 120! , carton 237 et registre A, F° 63, Archives de LUle , B. L.

(3) Roisin,312, 313.

(4) Ibid, 321 , et registre C, Fo 221 .

(5) Roism , 340.

(6) Dans la charte en question , il est dit : Nous Guis , Cuens de Flandre et Mar. chis de Namur, faisons savoiràtous cum no devancier signeur de Flandre de ancienne

cous t urne aient fait serment, quant de nouviel sunt venut a le tiere de Flandre

avant ke li ville de Lille fesist nul serement Si cette coutume datait de 1235,

serait-elle appelée ancienne en 1297? Suivant M. de Rosnt {Histoire de LilU,

page 42), cet usage remonterait au-delà de Guillaume-le-Normand (1128).

te-Bel, arrivé au trône en 4284 , avait des vues d'envahissement sur la Flandre. Une antipathie naturelle ou feinte l'animait contre Guy, qui était un obstacle à ses desseins. Ce roi , pour parvenir à ses fins , usa de violence , de tromperie ; il chercha à capter les sujets de son vassal ; se déclara ouvertement le protecteur de ceux dont le Comte avait à se plaindre ; il répandit l'or et les promesses , à l'aide de quoi il se fit un parti nombreux et puissant nommé les Leliaerts. Le parlement de Paris étendit clandestinement sa juridiction sur notre province, et paralysa , quand il le put, l'action des tribunaux ordinaires. A tous ces moyens , Philippe en ajouta un autre plus décisif : la force supérieure dont il pouvait disposer.

Voilà les deux hommes que nous allons voir aux prises pendant trente-cinq ans.

D'ailleurs , à tout cela il faut aussi joindre quelques mesures impotitiques du Comte (i), le mécontentement de la noblesse que les privilèges de la bourgeoisie blessaient quelquefois , et surtout l'esprit d'extrême indépendance que la richesse générale avait fait naître en Flandre.

D'après le traité de Melun (1226) , les Flamands ne devaient pas relever les fortifications de leurs places de guerre ; or, le délabrement des murailles de Lille exigeant des réparations, le Magistrat les fit exécuter. Mais c'était peu de cette infraction. Les édits de Philippe , touchant les monnaies , avaient été ouvertement méconnus ; ses officiers , baillis et sergents avaient été maltraités à l'occasion des remontrances qu'ils avaient cru devoir faire. Le Roi se plaignit de ces excès ; mais il se laissa fléchir moyennant 24000 livres parisis (2), et accorda l'autorisation d'ajouter d'autres travaux à ceux qui étaient déjà faits , d'achever les créneaux, de placer des tours , etc. (3).

Ces concessions avaient un but : en i289 , Philippe, dans les lettres patentes qu'il fit expédier, mentionne le serment juré par la ville de ne pas prêter assistance au Comte , au cas où il contreviendrait au traité fait avec le Roi , et il fait remarquer le privilège que les habitants tenaient du feu roi de France de pouvoir fortifier leur ville (4.).

(1) Warnkoemg , Histoire de la Flandre.

(2) Les lettres-royaux à ce sujet sont au registre F, F» 243 , sous la date de 1S84. (5) Roisin,303.

(4) Registre F, F« 23 i-

Guy prisonnier à Paris. 223

11 s'était formé , en Flandre , une association générale de commerce , sous le nom de Hanse. Les co-associés s'y promettaient aide et protection mutuelle. L? siège de cette société était à Londres. Dans le titre de fondation, déposé à nos archives , Lille occupe le cinquième rang parmi les vingt-quatre villes qui en faisaient partie ; Douai , le septième ; Valencienncs, le treizième; St-Omer, le seizième; Bailleul, le vingtdeuxième , et Orchies , le vingt-quatrième. Le Roi , qui savait combien les Flamands attachaient de prix à cette institution , manda publiquement à tous ses baillis et prévôts de respecter les franchises de la Hanse (\). Pour plaire particulièrement aux Lillois , il accorda une prolongation de quatre jours à leur foire annuelle (2).

Tandis qu'il s'efforçait ainsi de gagner les esprits, une circonstance particulière vint aggraver les périls de Guy.

Deux cents barques normandes étaient allées chercher du vin en Gascogne. Les Anglais les attaquèrent et les pillèrent. Philippe réclama d'Edouard la restitution des barques et la liberté des matelots. Le monarque anglais refusant de satisfaire à l'une et à l'autre demande , c'était à la guerre à résoudre la difficulté.

Les deux rivaux cherchèrent à se faire des amis. Les relations de la Flandre avec l'Angleterre d'où elle tirait les laines , matières premières de ses riches fabriques, traçaient au Comte la ligne qu'il avait à suivre. 11 avait fiancé Madame Philippe, sa dix-neuvième enfant, à Edouard , fils du prince anglais. On avait traité ce mariage en 1292. Le roi de France, mécontent de cet arrangement, réclama une entrevue avec la fiancée sa filleule. Guy , qui ne soupçonnait pas de trahison , se rend à Paris avec sa femme et sa fille. Philippe , contre le droit des gens , les retient prisonniers , et livre le Comte à la cour des pairs pour être jugé comme traître, puisqu'il avait fiancé sa fiUe à l'ennemi de son suzerain et sans le consentement de ce dernier.

Guy fut déchargé de cette accusation et recouvra sa liberté; mais il ne put avoir sa fille qui resta en otage auprès de la Reine. On exigea de lui des promesses et la déclaration qu'il se soumettrait à l'interdit qui serait lancé contre lui, s'il s'y montrait infidèle.

C'est là que se rattachent tous les malheurs de sa vie.

(1) 1292, Roisin, p. 327.

(2) Revttedu Nord, VI, r»6C.

De retour dans ses états , il convoque ses vassaux, leur dit la trahison dont il vient d'être la victime ; il demande assistance pour punir un tel attentat; tous lui promettent leur concours. Suivant l'usage alors en vigueur, il envoie à Philippe un défi ; celui-ci , en réponse , lui intime Tordre de se constituer prisonnier. Sur son refus , la Flandre est mise en interdit par les archevêques de Reims et de Senlis. Guy en appelle au Souverain-Pontife qui , voyant la justice de la cause , réclame du Roi la fille du Comte , injustement détenue. Philippe , bravant ouvertement les avis et les remontrances du Pape, se prépare à envahir la Flandre.

Toujours soigneux de préparer les voies, le Roi expédia ( 1295) mandement à tous les justiciers du royaume de respecter les biens et les propriétés des bourgeois de Lille (i), nonobstant la désobéissance de leur comte. Il voulut aussi régler ce qui concernait les laiues d'Angleterre (2). Sachant combien l'échevinage supportait avec peine l'autorité * cléricale , il recommanda à tous ses officiers de justice de ne pas souffrir que les échevins et bourgeois de Lille fussent molestés, inquiétés, ou attraits en cause devant des juges ecclésiastiques (3).

Pour discréditer Guy auprès de ses sujets , il l'avait engagé à lever sur tous les biens de la Flandre un impôt du cinquantième de leur valeur, dont moitié au profit du Roi , moitié à celui du Comte (4) ; de cette façon , si la moitié du produit revenait au Roi , tout l'odieux revenait au Comte lui-même. La trame était habilement ourdie. Plusieurs échevins de Lille firent opposition à cette nouveauté ; Guy les mit en prison. Les autres envoyèrent secrètement vers le Roi pour lui dire qu'ils étaient prêts à lui accorder quelque somme , de bonne volonté; mais que , pour paraître au moins respecter les privilèges , il fallait qu'on la demandât ostensiblement et à leur arbitre. Le Roi exempta notre ville de la levée du cinquantième denier, levée qu'il avait lui-même suggérée (5); mais , en reconnaissance , la ville lui paya 6000 livres. Il agit de même avec Bruges , Ypres , Douai (6) ; il fit de

(1) Roisiii, 331.

{2) Registre F, F° 248.

(3) Rotsm , 333.

(4) Ibid.

(5) Ibid, 534.

(6) JWd.336.

Guy fait appel aux Lillois. 225

pins aux Lillois la promesse qu'il les prendrait sous sa protection , au cas où le Comte et les siens voudraient les inquiéter pour cause de désobéissance (1) ; il leur délivra même une sauve-garde (2). C'était une sollicitude vraiment paternelle ; toutefois , ses desseins se laissent enfin apercevoir , il dit que : c En recompensation et en retour de la très » grant loyauté que nous et nox devanciers avons trouve es- échevins ex » bourgois ou Conseil et en toute la ville de Lille , qui sont nos ser- » mentez , nous avons, etc.... » Or, cet énoncé est inexact, les Lillois n'étaient sermenlés qu'au comte Guy.

D'ailleurs, il prit , pour s'attacher les habitants de Lille , une suite incroyable de précautions : il avait défendu que nos bourgeois fussent appelés pour faire partie des milices, à moins d'une permission spéciale de sa part (3) ; il avait offert des sauf-conduit à tous ceux qui viendraient à la fbire de Lille (4) ; il avait mandé itérativement au bailli d'Amiens et au prévôt de Beauquesne de protéger les biens de nos bourgeois (5) ; il avait accordé aux dames de l'Abbiette exemption d'impôt sur les boissons (6). C'était sans doute pour donner les dernières instructions à ceux qu'il pensait lui être tout dévoués , que , le 20 Mars 1296 , il mandait aux échevins de Lille d'envoyer à Tournai c le jour de Pâques fleuries , deux personnes , échevins ou autres , » pour entendre ce que leur diraient de sa part ses amis et féaux con- » seillers, Jacques de St'Pol et Robert d'Augclte (7). » A l'appui de ces avances, il vint lui-même à la tête d'une armée de fantassins et de dix mille chevaux.

A la vue de cette formidable agression , Guy fit appel à ses sujets , et , le 2 Mai 1297, il écrivait aux échevins de Lille : c Salus et amour, » nous vous mandons et sommonnons ke vous , sous le foi et le loiautei » que vous nous deveis , soiies à nous à Lille, à armes le plus efforchie- » ment que vous poeis, lendemain dou jour de le Pentecouste prochai-

(1) Roisin , p. 536.

(2) Ibid. , p. 337 et registre H, f» 168.

(3) Ibid. , p. 338.

(4) Registre H, f» 27.

(5) Roisin , p. 338, 339.

(6) Tiroux porte cet acte à la date de 4396. L'erreur est évidente. [1) St-Genois, p. 859.

» nement venant pour notre honneur et no tiere aidier à sauveir et » défendre (4). »

Ce malheureux prince tentait ainsi de s'adresser à une affection qu'il croyait avoir méritée ; dans une lettre du 7 Août il rappelle les termes du serment que les comtes doivent faire à la ville avant d'en exiger le serment de fidélité (2).

Mais les ressources étaient si disproportionnées que la lutte devenait impossible. A l'arrivée des Français, les riches abbayes de Flines , de Phalempin , de Marquette, sont dévastées. Philippe vient asseoir son camp devant Lille; il incendie les faubourgs, ruine le couvent des Dominicains Les Tournaisiens , qui avaient dès lors , contre Lille , une

animosité qui subsista pendant plus de quatre siècles , envoyèrent trois cents des leurs pour aider à faire le siège de notre ville.

Pour affamer les Lillois , on dévasta toutes les réserves ; Seclin et les villages environnants furent abandonnés à la fureur du soldat (3). Une dyssenterie cruelle , suite des excès auxquels s'étaient livrés les Français , attaqua bientôt leur armée.

Cependant , les portes de Lille avaient été fermées et les machines de guerre dressées... Les balistes françaises lançaient de grosses pierres sur la ville , et chassaient parfois les assiégés des remparts ; mais on tenait bon. Après les premières démonstrations , le roi tenta d'entrer en négociation. Robert de Béthune, fils de Guy, était dans la ville ; il entraîna les plus irrésolus et sut se les attacher. D'ailleurs , les cruautés commises de sang-froid dans toute la châtellenie , loin d'amollir ou d'effrayer les Lillois , firent naître en eux un sentiment tout contraire.

Ce siège est fameux par des traits que nous aimons à rappeler et que nous empruntons à l'ouvrage de M. Brun-Lavainne , qui le rapporte d'après la chronique de Jehan-le-Tartier (4).

m Un jour, les comtes de Forest et de Montbéliard , et Jean de Châlons, » étaient de garde pour veiller à ce que les soldats de Lille ne vinssent » pour assaillir le camp par surprise. Lorsque le soleil et la chaleur » les engagèrent à chercher un abri sous leurs tentes ; mettant donc

(1) Les Sept Sièges, p. 69. Le registre J, f*> 256.

(2) Registre B, f° 115. B. L.

(5) Montunot, p. 250.

(I) Les Sept Sièges, p. 48 et suivantes.

Exploits du Sire de Fauquemont. 227

» pied à terre , ils couvrent des valets de leurs armes , les font monter

> sur leurs chevaux et leur recommandent de veiller à ce qu'on ne » puisse les surprendre; mais le Roux-de-Fauquemont était aux aguets,

> ses espions l'avaient déjà averti , et il s'était empressé d'armer de » crocs en fer les lances de ses hommes d'armes , de manière à pou- » voir renverser les cavaliers et les tirer en bas de leurs chevaux. Tout » étant prêt , il sort de la ville avec sa troupe , toute composée d'Alle- » mands , fond à l'improviste sur les faux chevaliers , les désarçonne » et les jette à bas de leurs chevaux ; la nouvelle de cette attaque se » répand dans le camp français , l'alarme est donnée , et bientôt des

> deux côtés le combat s'engage avec fureur ; mais l'inégalité du » nombre fait songer les Allemands à la retraite. Le chevalier de

> Fauquemont la protège , avec son sang froid accoutumé ; à la tête » des assaillants courait le comte de Vendôme , qui , emporté par » son impétuosité , vient se jeter au milieu des Allemands. Profitant » de cette témérité , Fauquemont prend le Comte à l'aide de ses gens ,

> le place devant lui sur son cheval , et l'emporte vers la ville comme » un glorieux trophée. Cependant , du côté des Français, de nouveaux » renforts arrivent à chaque instant , un homme mort est aussitôt rem- » placé par dix soldats irais , et la retraite devient de plus en plus » urgente et difficile. Le Roux-de-Fauquemont soutient bravement le

> choc de tant d'ennemis , mais le fardeau extraordinaire dont il s'est » chargé le gêne et nuit à sa défense. Pendant qu'il songe à s'en » débarrasser, un puits se rencontre sur son chemin , à l'endroit où » le faubourg avait été récemment brûlé. Il enlève son prisonnier de

> dessus son cheval , et le lance dans le puits , où le pauvre Comte » trouve la mort. Il y eut encore bien des coups de portés , mais » enfin , après des efforts incroyables , ils vinrent à bout de se frayer » un passage , et purent se retirer dans la ville avec les chevaux » qu'ils avaient pris , pendant que les Français frémissaient de voir

> cette proie leur échapper, et tâchaient de retirer du puits le comte

> de Vendôme , que les siens allèrent ensuite enterrer dans son pays. » Une autre fois , le Roux-de-Fauquemont s'aperçut que les servantes

» de la reine de France avaient étendu tout le linge de l'hôtel du roi » pour sécher au Riez de la Madeleine , non loin de la porte de la » ville , et il trouva plaisant de s'approprier ce butin. 11 sort donc de » la ville avec ses Allemands suivis d'une troupe d'hommes de pied ,

> et s'avance jusqu'auprès des retranchements ennemis ; les sentinelles » l'aperçoivent, l'alarme est donnée, et un nouveau combat s'engage » aussitôt ; pendant que le chevalier flamand soutient cette première » attaque , les hommes de pied se hâtent d'emporter le linge , et 9 quand le tout est en sûreté dans la ville , le Roux-de-Fauquemont

> opère tranquillement sa retraite , et rentre à son tour sans perdre i un seul homme , laissant les Français s'émerveiller de son audace , î et la reine déplorer la perte de son linge. »

Cependant le siège traînait en longueur; le roi avait des espions dans la ville , et savait que les vivres étaient devenus rares. Cette circonstance donna lieu à une aventure assez plaisante (1).

Un certain sieur d'Athies s'était rendu au camp du roi , et avait promis de donner un moyen de prendre la ville affamée. Ce moyen consistait h faire chasser une troupe de porcs devant la porte de Courtrai , et d'embusquer près de là un corps de troupes. Les Lillois , pour faire entrer ce troupeau dans leur ville , auraient , selon le perfide , ouvert leurs portes , et les soldats en auraient profité pour y entrer, en môme temps que les porcs auraient empêché de les fermer.

Le projet fut éventé, et quand d'Athies rentra dans la ville, il fut saisi et conduit au prince Robert, qui le fit jeter en prison. Cependant , les Français , qui ignoraient ce qui se passait à l'intérieur, firent avancer le troupeau. Lorsque Fauquemont les entendit, il fit conduire à la porte de Courtrai un cochon de lait auquel on tira violemment les oreilles ; aux cris qu'il poussa, les porcs accoururent malgré les efforts de leurs gardiens , et se précipitèrent par le guichet de la porte qu'on tenait entr'ouverte. Lorsque les Français arrivèrent à leur tour, ils furent reçus vigoureusement et contraints de se retirer en voyant l'inutilité de leur ruse.

La famine exerçait ses ravages , le peuple souffrait et murmurait. Robert voyait diminuer ses ressources , et songeait à obtenir une capitulation honorable. Une circonstance le décida à ce parti. Une pierre énorme lancée par les balistes du comte de Hainaut , tomba sur le faite du palais de la Salle où il était à dîner, brisa la charpente et tua deux chevaliers qui étaient à ses côtés. 11 écouta alors les propositions du roi, qui lui assurait la vie et la sortie avec les honneurs de la guerre. Quand

(1) MONTLINOT, p. 552.

Philippe-le-Bel se rend maître de Lille. 229

le fils de Guy eut dit et déclaré pour quelle raison il allait les laisser et mettre leur ville en la main du roi , tous prendre a larmoier et a ploureer et de tordre leurs mains en grant douleur (i).

Après onze semaines de siège , le roi entra dans Lille; il se montra disposé à conserver aux bourgeois tous leurs privilèges , comme on le voit dans la capitulation qu'il signa le 29 Août 1297 (2).

Dans les lettres qu'il délivra à ce sujet, Philippe dit que pour tirer vengeance des offenses du comte Guy , il s'est emparé de Lille , mais que <t par especial grâce pour le souffisant excusation que il a trouvez » en celi ville , U Va rechut, » Ainsi les torts bien réels des Lillois envers le roi de France ne comptaient pour rien ; mais la prétention du Comte de disposer de sa fille selon son propre penchant et pour le plus grand avantage de ses sujets , c'était un crime irrémissible.

On le lui fit bien voir..,.

Voici comment une chronique manuscrite (3) rend compte de la sortie de Robert : c II fit trousser ses bagues et tout premièrement i fist partir son charroy; après les sommiers et puis ses grands » chevaulx. Et après yssi son escuierie deux à deux. Puis ses gens de » guerre et les nobles qui en sa compagnie estoit , et il sen venait à » cheval derrière tout desarme au costé de Monseigneur Guy deNeelle, » maréchal de France , lequel l'avait pris en saulf conduict....

9 Quant les bourgeois et la communaulté de la ville de Lille veirent

> quils avaient perdu leur jeune seigneur ilz envoierent par devers » le roy luy faire remonstrer comment il estoit leur souverain et que » encontre luy nullement ne se vouloient tenir ni rebeler et qu'il luy » pleust de les rechepvoir en sa bonne grâce. Ce dont le roi qu'y fut

> piteux et débonnaire accepta leur requeste qu'il prit bien en gré ;

> et aussi ceulx de Lille , bourgeois , manans et habitans se rendirent y au roy leurs corps, leurs membres et leurs biens. Quand le roy vey » la bonne voulenté du peuple de Lille , et commande à une partie de » ses gens entrer dedans la ville où l'on leur feist bonne chère. »

Le roi ne tarda pas à venir en personne ; le chapitre de St-Pierre , le Magistrat et toute la population avaient souvenance de ce que peut la

(1) Manuscrit de la Bibl. du roi , N° 8780, cité par M. De Rosny, p. 89. (2J RoiSilf , p. 344.

(3) Manuscrit de la Bibl. du roi, N» 8380, cité par M. D§ Rosny, p. 90.

colère d'un roi ; aussi le reçurent-ils avec toutes les démonstrations les plus propres à se rendre favorable le royal visiteur.

Quant au traître d'Àthies il fut , dit-on , enfermé dans un tonneau , et mis sur une voiture avec les bagages. Robert voulait le punir, mais ce misérable jeta des cris si violents et si continuels que les soldats français le délivrèrent (1).

Philippe s'empara promptement de Gourtrai , Furnes , Bruges et autres villes. A la sollicitation du roi d'Angleterre, il signa une trêve de deux ans , sous la condition de rester en possession des villes dont il s'était rendu maître. Au surplus , ces rapides conquêtes étaient dues autant à l'habileté des manœuvres parlementaires du roi qu'à la force de ses armes. Les Leliaerts étaient des auxiliaires non moins puissants que les gens d'armes (2).

Pour reconnaître la bienveillance de Philippe , le Magistrat de Lille crut devoir lui offrir de grosses sommes d'argent. L'adroit monarque, tout en les acceptant avec plaisir, lui délivra des lettres où il déclarait que ce don était de pure grâce , et que si les Lillois lui Élisaient de si courtoises subventions pour la défense de son royaume, il n'entendait pas que cela pût leur tourner à préjudice ni à servitude. Par réciprocité, il approuva les privilèges et coutumes de la ville , promettant de les maintenir envers et contre tous ; il voulut mettre dans les finances et la comptabilité de la viUe un ordre parfait ; pour arriver à les équilibrer il autorisa pour dix ans la levée de certaines assises ; il accorda à tous ceux qui avaient des héritages contigus aux terreaux de la ville, de jouir des produits croissants sur lesdits terreaux (4). D donna remise entière et perpétuelle d'une rente de 45 livres (4,500 fr. de nos jours) que la ville devait au Domaine pour la propriété des platz et rivières. Lille se crut donc légitime possesseur de ses eaux jusqu'à ce que Louis XV vînt lui en contester le droit, ainsi que nous le dirons par la suite. Petits et grands , tous avaient lieu de se louer du roi ; et les Leliaerts comptaient beaucoup de partisans à Lille.

(1) M ONTLIN OT , p. 235.

(2) Me ver, livre X, p. 86.

(3) Roisin , p. 343, et Archives de la Mairie, registre H, f« 10T.

(4) J«tf.,p. 344.

Guy prisonnier à Paris. 231

Pendant la trêve , lejugement de la difficulté entre Guy et le roi fut remis , par les parties adverses , à l'arbitrage du papeBoniface. Celui-ci ordonna la restitution de Madame Philippe et la réparation des torts commis. A peine Robert d'Artois eut-il lu la bulle pontificale , qu'il la déchira , en jeta au feu les fragments , déclarant que jamais le roi de France ne se soumettrait à un pareil jugemeut. La paix était donc indéfiniment ajournée.

La trêve expirée , Charles de Valois arriva de nouveau en Flandre, et son armée déborda sur notre province (1). Guy successivement abandonné de l'empereur d'Allemagne , du roi d'Angleterre, du duc de Brabant, de Jean d'Avesnes ; Guy, qui avait vu deux fois l'interdit jeté sur son comté ; Guy, trop faible dans une lutte où tout lui faisait défaut ; Guy crut devoir s'en remettre à la générosité d'un monarque qu'il ne savait pas implacable. Ayant demandé à Charles un sauf-conduit pour lui et son fils , il se rendit à Paris pour implorer la paix. Le roi refusa la paix ; c'était peut-être dans son droit ; mais abusant lâchement de la noble confiance du comte de Flandre , il le retint dans les fers lui , ses enfants , sa noblesse. Guy fut envoyé à Compiègne et Robert à Chinon.

Et ce qui est digne de remarque , ce même roi qui faisait si bon marché de la justice et de la bonne foi , ce roi recommandait , en môme temps , à son cher et féal comte de Hainaut de relâcher, sans aucun retard , Jean-de-Castiel , bourgeois de Lille , qu'il avait fait prendre dans la maison de l'abbesse de Denain , à Haubourdin , et qu'il retenait en prison; il lui faisait rendre tous ses biens (2). Il n'avait pas moins de bienveillance envers les chanoines de Seclin spoliés par la guerre (5). Enfin , il se montra si libéral envers l'abbaye de Loos que le chapitre lui voua , à perpétuité , une messe qui fut chantée chaque jour (4).

Néanmoins , le Pape voyant son arbitrage méprisé et son autorité méconnue , excommunia le roi de France , lui interdisant l'eau , le feu et les choses saintes.

(1) MONTLISOT, p. 25".

(2) St-Genois, p. 888.

(3) Bczelix.

(4) De Rosnt, UUtoire de V Abbaye de Loos.

L'idée qu'on a dû prendre du caractère de Philippe-le-Bel ne permet pas de supposer qu'il fût homme à reculer devant cet obstacle. 11 arriva , au contraire, en Flandre , déclarant la province confisquée à son profit. Il donna et reçut de brillantes fêtes à Lille , à Douai et surtout à Bruges, où la reine de France vit avec dépit six cents bourgeoises plus richement parées qu'elle ne l'était elle-même.

Il fallait que le commerce fut bien productif pour qu'un semblable luxe régnât en Flandre ! Aussi les communes , fières et intraitables , étaient-elles toujours en lutte avec les seigneurs. Ceux-ci , comptant trouver dans un roi puissant un défenseur contre les déporteniente populaires , recevaient Philippe avec des regrets mêlés d'espérance.

Le roi qui savait combien les Flamands étaient remuants et peu traitables , leur donna pour gouverneur Jacques-de-Châtillon , comte de St-Pol , homme énergique , mais dur et impitoyable. II accabla nos provinces d'impôts exorbitants et, pour contenir au besoin la sédition, il fit construire à Lille une forteresse qui dominait la ville (1), et qu'on nomma Château de Court rai, parce qu'elle était traversée par la route qui se dirige vers cette dernière ville (2). Les religieux de Loos avaient en cet endroit un refuge dont le roi s'empara , leur donnant en échange un terrain près de la tour Isambard en ville. C'est depuis lors que l'abbaye de Loos eut un refuge dans la rue qui en a porté le nom jusqu'en 1793.

Mais la Flandre, mécontente des exactions du gouverneur, ne tarda pas à se soulever. Bruges donna le signal. Tous les Français qui s'y trouvaient furent massacrés. Courtrai , Audenarde , Ypres , appelèrent Guy , un des fils du Comte. Pierre Flotte, qui s'était jeté dans Lille avec quelques troupes , empêcha notre ville de se lever comme les autres.

À la nouvelle du désastre de Bruges , Robert d'Artois se dirige vers la Flandre à la tête de 47,000 hommes. Les Flamands réunis à Groeninghe près de Courtrai attendaient cette vaillante armée. Un accident

(1) Il fit de même à Bruges. — Vakdebjiaer, p. 96.

(2) Panckoucke, p. 174, registre J, f» 251. Ancien Guide, p. 13. On avait dans la trésorerie de Lille des lettres de Philippe-le-Bel à J. de Chatillon , pour lui ordonner de rembourser les particuliers dont on avait pris les terres pour les constructions de ce château. — Le ministre et ses agents s'écartèrent, en ce point, des ordres qu'ils avaient reçus.

Bataille des Éperons. 233

de terrain mit le désordre dans les tronpes françaises (10 juillet 1502). Un fossé , qu'elles n'avaient pas aperçu , fit trébucher toute la première ligne, puis la deuxième; ce fut un désordre inexprimable. Les Flamands n'eurent qu'à tuer. Cette bataille, ou plutôt cette boucherie, coûta la vie à vingt mille fantassins français et à sept mille cavaliers, dont près de sept cents étaient des seigneurs bannerets , onze cents nobles et soixante-trois princes , ducs et comtes. Aussi lui donna-t-on le nom de journée des éperons. Gomme trophée d'une victoire aussi inespérée , l'église de Courtrai reçut sept cents éperons dorés. Jacques , châtelain de Lille , fut trouvé parmi les morts , ainsi que le comte d'Artois et Jacques-de-Châtillon , le malencontreux gouverneur de la Flandre. Les débris de l'armée se sauvèrent , partie vers Lille , partie vers Tournai.

La bataille de Courtrai devient le signal d'une révolte à Gand , les Leliaerts y sont massacrés. Quinze jours après , Jean , comte de Namur, proclamé chef des Flamands , se porte rapidement sur Lille dont il fôit le siège. Les Flamands étaient si exaltés de leur victoire que , dès le premier jour, Lille dut entrer en composition. Les échevins demandèrent un mois de répit , promettant de se rendre au bout de ce terme si le roi de France n'y venait mettre obstacle (1) , et moyennant de laisser la vie sauve à tous les citoyens et soldats qui tiendraient pour Philippe-le-Bel. Ayant obtenu de Jean et de Guy, deux des ûls du Comte, un sauf-conduit , le comte de Sanssoire sortit de Lille par la porte des Reigneaux, et alla leur porter les propositions des Lillois (2). Elles furent acceptées. Mais le rude échec que le roi avait éprouvé ne lui permit pas d'envoyer de secours. Thomas Gomer et Jean Vrete, députés par notre Magistrat pour lui exposer l'état des choses , avaient obtenu des promesses; de Vincennes, le prince avait écrit aux échevins et aux habitants, les engageant à continuer leur défense, mais le renfort annoncé n'arriva pas, et Lille se rendit aux Flamands. Le roi ratifia la capitulation (5). C'était une sage précaution que le souvenir du sac de leur ville inspirait aux Lillois.

La nouvelle du désastre de Courtrai avait jeté l'effroi en France.

(1) Registre H, f* 91. Les Sept Sièges, p. 79.

(2) Registre J, f« 250. Les Sept Sièges, p. 89. <3) Le M Septembre. Voyez registre H, f« 135.

Philippe, sans perdre de temps , leva une nouvelle armée de 80,000 hommes , et vint à Yitry, entre Arras et Douai. Là, il s'arrêta quelque temps, n'osant se livrer aux chances d'une bataille. Redoutant la trahison de sa noblesse , averti par la reine d'Angleterre sa sœur, il rentra brusquement dans ses états , sans avoir rien fait.Toutefois , il ne tarda pas a revenir sur ses pas pour conclure une trêve d'un an , pendant laquelle Guy fut élargi , sur la promesse de revenir après le terme écoulé. Ce prince infortuné , vieilli par les malheurs bien plus que par les années , alla revoir le château de Wynendaele , près de Bruges , puis s'en retourna dans la prison où il termina sa malheureuse existence.

En 4304, Philippe revint pour la quatrième fois en Flandre , et prit position à Mons-en-Pévèle , près de Lille. La milice lilloise figurait au centre de l'armée flamande avec celles de Courirai , d'Ypres , etc. Pendant un jour entier la mêlée se continua sans résultats décisifs. Le roi de France , désarçonné , faillit perdre la vie ; l'oriflamme fut sur le point d'être enlevée. Les Flamands harassés de fatigue, exténués par la faim, privés de leurs tentes et de leurs provisions, retournèrent vers Lille ayant perdu quatorze mille hommes (i). Le roi, une fois son armée réorganisée , vint faire le siège de notre ville , où le comte Guillaume-de-Juliers s'était renfermé avec les débris de l'armée flamande. La ville fut complètement cernée ; pas un coin de terre des abords de la place qui ne fût envahi (2). Jean-de-Namur tenta vainement d'y jeter des secours et des renforts , toutes les issues étaient fermées , et après d'héroïques efforts , les Lillois durent capituler ; ils convinrent avec le roi , comme ils l'avaient fait précédemment avec le fils de Guy , que si la place n'était pas secourue avant les calendes d'Octobre (5), la ville se rendrait, et sous la condition expresse que les privilèges et libertés de la ville seraient maintenus par lui. Cet accord fait entre Charles, fils du roi, d'une part, et Philippe de Flandre, ainsi que les nobles et bonnes gens de la ville de Lille ,d'autre part , fut scellé de dix sceaux et se trouve conservé à Paris (-4) et à Lille (5).

(1) Voyez Hirtoirc des Villes de France, article Lille, par M. Edw. Le Glat, h. ni, p. 207.

(2) Voyez Les Sept Sièges, p. 84.

(3) Registre B , f° 114.

(4) Trésor des Chartes, J., p. 545; Inventaire , l. VIII, f° 165, recto.

(5) Archives de Lille, armoire vitrée, et registre aux titres A, B, C, f° lli.

Mort de Guy de Dampierre. 235

Loin de quitter la partie , Jean et Robert faisaient tous leurs efforts pour réunir des troupes, et trois jours avant le terme fatal, ils revinrent à la téte de 60,000 hommes , demandant la bataille ou une paix honorable. À la vue de cette foule , le roi désappointé s'écria : Je crois qu'il pleut des Flamands!... (1). Il inclina donc pour la paix; elle fut signée au camp , devant Lille. Il fut stipulé que les Flamands auraient bonne et perpétuelle paix avec le roi ; que leurs biens , leur liberté , leurs franchises seraient conservés. Guy aurait été rétabli en son comté de Flandre, en payant une somme de huit cent mille livres ( 80 millions de francs ) ; Lille , Douai , Orchies seraient restés à la France pour gage de l'exécution du traité (2). Notre ville ouvrit donc ses portes le 1 er Octobre (3). Le comte de Thiette fit publier le traité dans les deux armées. Les Flamands étaient le long de la Deûle.

Mais l'infortuné Guy mourut à Compiègne ; ses restes furent seuls rapportés à l'abbaye de Flines , où son tombeau resta jusqu'en 1793.

Tel est le dénouement de ce long drame où l'on rencontre tout l'intérêt que la curiosité recherche dans les fictions des romanciers ; ainsi finit un règne sans cesse agité par l'intrigue , l'injustice et la fourberie du roi envers son vassal ; ainsi mourut , loin de son pays , un prince dont la tragique histoire nous montre aussi que : la raison du plus fort est souvent la meilleure.

Si la Flandre prospéra au milieu d'un tel état de choses, on concevra quelle était l'énergie de ses enfants et quelle était la richesse produite par leur industrie et leur libre commerce.

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