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XI. LILLE SOUS ROBERT DE BÉTHUKE

orsque Guy de Dampierre termina ses jours à Compiègne , Robert, son fils aîné , était détenu à Chinon ou à Bourges. Des seigneurs français et des chevaliers Flamands , à la dévotion ou du moins sous l'influence du roi, étaient entrés en

(1) Mezerai.

(S) Moxtlinot, p. 263.

(3) Ancien Guide, p. 14.

conférence. En rendant la Flandre à son comte légitime, ils avaient stipulé certaines conditions qui devaient déplaire aux Flamands : outre les sommes considérables à payer au roi , outre les six cents soldats qu'on avait à lui fournir, outre les trois mille personnes qu'il avait le droit d'envoyer en pèlerinage (1) , il fallait qu'avant 1507 les cinq bonnes villes de Flandre eussent rasé leurs fortifications ; pour sûreté du traité > on aurait laissé les châteaux ou forteresses de Douai , de Bétbune et de Lille. Mais , comme le dit Vanderhaer, le roi était plus amoureux de l'hypothèque que de la rente , et les événements n'avaient pas réussi au gré de son impatience.

Robert avait souscrit à tout cela; le peuple mécontent lui montra beaucoup de froideur.

Le roi de France , trop adroit pour détériorer volontairement une propriété qu'il regardait comme sienne , accorda à notre ville l'autorisation de conserver ses remparts ; il étendit sur toute la chatellenie la juridiction de l'échevinage. C'était une double précaution bien faite pour lui concilier les Lillois.

Robert, sans comprendre sa position, s'occupa de guerroyer avec le Hainaut. Voulant se délivrer de l'obligation de payer au roi la rente convenue , il lui céda en propriété les trois villes laissées en garantie. Cet acte, qu'on désigne sous le nom de Transport de Flandre , était la consommation d'un fait auquel la politique française tendait depuis longtemps , et signale , pour notre ville , le commencement du XIV e siècle. En effet , Lille n'était plus à la France comme membre agrégé, mais comme partie intégrante de son territoire. A partir de ce moment, Gand , Bruges et Ypres formèrent une administration nouvelle sous le nom de Triade ou trois membres de Flandre ; Lille , Douai, Orchies et la châtellenie composèrent les quatre membres de la Flandre vrallonne.

Ce transport ou cette cession avait mécontenté le pays. Les communes offrirent au Comte de fournir de quoi rembourser la somme due au roi. Robert comprit alors qu'il s'était fourvoyé , il était trop tard. Néanmoins , à la mort de Philippe-le-Bel , il crut le moment favorable pour foire valoir ses réclamations (2) ; il vint faire le siège de

(1) Il changea par la suite cette clause en une contribution de 300,000 livres. (4) Cette cession, si souvent ratifiée, parce qu'elle fut souvent contestée, est indiquée sous plusieurs dates dans les historiens et dans les registres de dos

Louis4e-Hutin à Lille. 237

Lille (1315). Louis de France et Enguerrand de Marigny (1) accoururent en toute hâte , et le repoussèrent versCourtrai où il s'enferma (2). Une trêve d'un an fut conclue. A peine était-elle expirée , que Robert revint de nouveau dans notre châtellenie. Louis-le-Hutin le poursuivit jusqu'à Roncq (3) ; mais les pluies survenues ayant rendu les chemins impraticables, le prince français se vit forcé d'abandonner ses chariots dont les roues s'enfonçaient jusqu'à l'essieu. Ne voulant pas que les Flamands pussent se vanter de les lui avoir pris , il y fit mettre le feu et se retira dans nos murs (A) (1 er Septembre 1315). Là, il occupa le loisir que lui laissaient les trêves , à réunir des machines de guerre (5), tant pour défendre la ville au besoin, que pour les avoir sous la main contre les forteresses voisines. Le comte d'Evreux vint, pour le successeur de Philippe-le-Bel , faire le serment de respecter nos privilèges ; serment que renouvela Pierre Gallard, maître des arbalétriers de France (6).

Mais Robert, toujours sous l'influence de l'erreur qui l'avait amené à réclamer notre ville, se jette sur notre territoire (7). Les Dominicains viennent inutilement le supplier de se désister de son dessein, le Comte les fait mettre en prison. Toutefois, frappé d'une excommunication de Josserand , et voyant la défection se mettre dans les rangs de son

archives. On la cite comme signée à Athies, en Juin 1305; ailleurs, ce serait en 1309 ; d'après le registre D, f» 55, ce ne serait qu'en 1355 et sous le roi Jean que se serait opérée cette adjonction. Jusques là, Lille aurait toujours été un dépôt, un gage. D'après Oudegherst, II, p. 344, le Recueil de la Noblesse de Bourgogne, Limbourg, etc. (Lille 1715), Vanderhaer, p. 106, ce serait le 11 Juin 1311 , le 11 Juillet 1312, à Pontoise, que se serait effectué le Transport de Flandre. Cette cession confirmée en 1315 parle comte de Nevers l'aurait été en 1322 par LouisX. - M. Edw. Le Glay [Histoire des YiUet de France» article Lille , III, p. 197) donne 1320.

(1) Enguerrand de Marigny, premier ministre de Philippe-le-Bel , condamné au supplice de la potence, en Mai 1315, sous le règne de Louis X, fut pendu au gibet de Montfaucon qu'il avait lui-même fait construire.

(2) OCDEGHERST, II, p. 437 \ MONTUNOT , p. 264.

(3) Pàhckoucke , p. 182.

(4) BUZEUN, OUDEGHERST.

(5) Meter.

(6) Roisin, p. 350. Registre F, f* 317. Registre H, f» 154.

(7) Mohtlikot, p. 265.

armée , il conclut une nouvelle trêve , promettant de se rendre a Paris pour ratifier les anciens traités. 11 y arriva , en effet , suivi de son fils aîné et des députés des principales villes de la Flandre. Tout paraissait arrangé , lorsque le Comte , au moment de signer, refusa encore de remettre Lille , Douai et Orcbies ; il sortit même secrètement de Paris et reprit la route de Flandre. Les députés des communes, instruits de sa fuite , lui dépêchèrent quelqu'un pour lui représenter à quels malheurs allait les exposer une démarche aussi téméraire ; on lui notifia même qu'on était résolu de quitter son parti s'il ne revenait promptement. Cette menace ramena le Comte à Paris ; le traité fut enfin signé (1). Lille , Douai , Orchies demeurèrent au roi. Les Flamands , outre le paiement de trente mille livres , promirent de se ranger contre Robert, s'il refusait d'accomplir ces conventions.

Ainsi se termina la gestation laborieuse qui donna Lille à la France. Vingt^cinq années de guerre et quatre sièges successifs , tels sont les souvenirs qui nous rendent cette époque doublement mémorable. N'oublions pas , d'ailleurs , que cette adjonction ne dura pas cinquante ans , et que ce fut quatre siècles après que l'union fut rendue complète et indissoluble par la puissance de Louis XIV.

Louis de Nevers, petit-fils de Robert de Flandre, épousa Marguerite de France (1320), et fut reconnu par son aïeul qui mourut en 1322.

a France et l'Angleterre vont maintenant presque changer de rôle à l'égard de la Flandre; l'Angleterre va y semer le trouble et la discorde ; la Fi ance la protéger et la défendre. Notre châtellenie devient le théâtre d'événements auxquels elle n'a plus un intérêt direct , mais qui y jettent sans cesse le tumulte, la confusion , et l'épuisent sans profit pour personne.

Arrivé au pouvoir, Louis de Nevers (qu'on a surnommé de Crèei), parce qu'il périt à la funeste bataille de ce nom) , Louis , qui avait

(1) MOKTLINOT, p. 266.

Le comte Louis se réfugie à Lille, 239

compris la portée des concessions du roi de Franceet leur effet sur les communes flamandes , voulut aussi devenir populaire ; il commença par assurer les privilèges d'Audenarde , de Courtrai et autres villes (1). Mais le moment n'était plus opportun. Les communes avaient pris une licence intolérable qui bravait tous les pouvoirs. Bruges se leva d'abord contre le Comte , qui , après l'avoir réprimée , accorda un généreux pardon ; mais cette bonté était si peu efficace que la même ville renouvela , jusqu'à quatre fois , les déportements qui lui valaient chaque fois un châtiment trop tôt suivi de l'indulgence.

Aussi le comte de Flandre , voyant le peuple , cet ancien allié , devenir hostile au pouvoir à l'ombre duquel il avait grandi , le Comte dut chercher ailleurs son appui : il demanda à la France un secours contre ces émeutes populaires qui attentaient à sa liberté, à sa dignité, à sa vie même.

Les Flamands sentaient bien que leur violence finirait par contraindre la noblesse à se défendre par les armes. Aussi pour prévenir les représailles auxquelles ils s'attendaient , ils firent des courses dans le pays , abattant les tourelles, les châteaux forts au pied desquels les bourgs s'étaient autrefois agglomérés, pillant les seigneurs, les emprisonnant par mesure préventive.

La noblesse se serra autour du Comte , qui essaya la rigueur après avoir employé inutilement la clémence. Il envoya en prison six fonctionnaires brugeois, et en fit exécuter un pareil nombre. Ce fut le signal d'une nouvelle émeute. Le Comte tenta de se sauver à Lille, mais atteint par un corps de révoltés , il fut pris avec six seigneurs, que ces révoltés , par représailles , firent mourir sur-le-champ. Les Gantois , qui avaient pris la défense de leur comte , parvinrent à le délivrer ; mais fière de ses succès antérieurs , Bruges se mit à faire des expéditions contre les villes voisines ; les Brugeois assiégèrent Ypres, Gand, Courtrai , etc. Ces conflits avaient des succès divers , mais le sang y coulait toujours.

A peine monté sur le trône , Philippe VI de Valois , envoya Renard

(i) L'acte qui assure les franchises de Courtrai fut signé à Lille, le 4 Juillet 1334. Au dos du velin se trouve la mention qu'au mois de Février 1385, le duc et la duchesse de Bourgogne ont rendu aux habitants de Courtrai lesdits privilèges qui leur furent ôtés après la bataille de Roscbecquc, 22 Novembre 1382.

de Ghoiseul prêter aux Lillois le serment de maintenir leurs privilèges ; puis il plaça une garnison à Tournai et à Lille pour garantir ces places d'un coup de main. Après leur défaite au pied du mont Cassel , les Flamands semblaient devoir rester quelque temps paisibles , mais le roi de France , qui s'attendait à les voir s'agiter de nouveau , augurait que la tranquillité ne serait pas de longue durée. En revenant à Lille, il dit à son vassal : « Beau cousin , gardez-vous bien de nous > faire retourner en Flandre une seconde fois pour pareil motif, car » si nous revenions encore, ce serait moins pour vos intérêts que » pour les nôtres. »

Le H avril 4328 , les habitants de Cassel s'étaient mis à la discrétion de Robert pour les rebellions et désobéissances qu'ils avaient fait contre lui (1). Dunkerque, Bourbourg, Gravelines, Mardyck se soumirent de même , et l'on aurait pu croire à une pacification prochaine. Mais les villes, lancées dans les voies de la guerre, faisaient des courses les unes contre les autres. Ypres et Courtrai vinrent fondre sur Lille; Lille, Douai et Tournai armèrent treize cents hommes pour faire une expédition contre Courtrai ; c'était un désordre complet. Cette troupe s'avança jusqu'aux portes , puis , en revenant , elle frappa indistinctement amis et ennemis, enlevant les troupeaux, brûlant, pillant ses métairies , outrageant toutes les femmes pour les massacrer ensuite. Tournai reçut avec acclamations ces bandes de brigands chargés d'un riche butin , mais dégouttants de sang (2).

C'est au milieu de pareilles circonstances que s'organisèrent de célèbres fêtes qui eurent lieu à Tournai. Les Lillois s'y rendirent en grande pompe. Les palefrois des jouteurs étaient couverts de housses de soie, et l'on étalait tout ce que le luxe avait alors de plus raffiné. Les joutes de l'Epinette, dont nous parlerons bientôt , brillaient de tout leur éclat.

Il nous semble peu croyable , à nous, amateurs de la paix , que les fêtes et le commerce puissent cheminer au bruit de la guerre et au milieu des troubles qu'elle accompagne. Alors , cela se passait ainsi , le peuple Flamand festinait , chevauchait, paradait...., faisait avec l'Angleterre des traités pour l'acquisition de ses laines , exemptes de

(1) Inventaire des Archives de la Chambre des Comptes, t. VII, p. 118.

(2) Montunot, p. 271.

Troubles en Flandre. 2il droits, en même temps qu'il guerroyait contre le comte Louis. Celui-ci, battu à Bruges, par ses sujets; à Cadzand, par les Anglais , devait se retirer à Lille (1). Pendant ce temps-là, les Van-Artevelde étaient les souverains effectifs du pays (2) ; d'ailleurs, pour lever les scrupules des Flamands qui avaient fait serment de servir le rot de France, le monarque anglais avait pris ce titre , et ses alliés travaillaient pour lui en toute sûreté de conscience.

Les courses des partisans désolèrent de nouveau la châtellenie. Un sieur Jean Wafflard dit de Croix, banni de Lille , sous peine de la hart, se mit à la téte d'une troupe d'Hennuyers, et répandit la terreur dans nos environs. Sa téte fut mise à prix , et quelques années après il fut saisi , livré au Magistrat , qui le fit exécuter (3) .

Le souverain bailli avait fait appel aux Lillois ; il leur permit de porter toujours des armes (4). Lothaire Fremautet quelques nobles de la province furent députés à Paris pour solliciter prompt renfort ; ils n'obtinrent d'abord que des promesses (5) ; mais bientôt la rebelle Flandre futmise en interdit, et Philippe, à la téte de cent mille hommes, vint pour faire respecter ses droits et ceux de son vassal.

Toujours soigneux d'éviter tout ce qui pourrait mécontenter les Lillois, qui s'étaient plaints de divers abus , ce monarque s'empressa d'envoyer des commissaires pour examiner tous les griefs et y faire droit; les privilèges de la ville furent solennellement confirmés (6), et même amplifiés (7). Par surcroit de précautions , le roi avait délivré des lettres spéciales pour exempter la ville de l'amende imposée aux Flamands , à cause de leur révolte (8).

(1) 1339. Mezerai, III, 15-16. Montlinot, p. 269.

(2) L'Inventaire des Archives de la Chambre des Comptes de Lille VII 463 relaie des lettres du bailli de Gand, en 1334, qui avertit le comte de Flandre des troubles que Wilham Artevelde excite à Gand. En 1360 , 21 octobre, un acte mentionne le rappel de ban accorde par le Comte à la prière du roi d'Angleterre, à Jean Van Artevelde, qui avait été banni pour cinquante ans par la loi de Gand f de môme pour Jacques Van Artevelde.

iJrd vTT 8^** départerMnt du N ° rd ' 1831 ' p * 10G - - Fr O'ssard. - Revue du

(4) Registre 0, fo 179. - Inventaire des Archivesdela Chambre des Comptes VIII

(5) Registre aux Comptes , fo 21. Montlinot, 272.

(6) Roisin, 554. — Registre C, fo 170.

(7) Inventaire de la Chambre des Comptes, VIII.

(8) Registre B, fM06.

Outre les troupes flamandes et celles du roi de France , la Flandre reçut l'armée d'Edouard, roi d'Angleterre. C'était donc une confusion inexprimable autour de nous, a tel point que le gouverneur de Lille autorisait (154.0) Landas, son lieutenant , à fourrager dans les villages de notre propre châtellenie. Les Anglais et les Flamands ne devaient pas être plus scrupuleux que lui ; ils ne s'en firent pas faute. Pour comble de malheur, le même Landas crut devoir, pour éclairer la place, brûler tous nos faubourgs , sans épargner même les églises (1).

Une affaire assez importante eut lieu à nos portes , et fit assez de bruit.

Les alliés , sous la conduite du comte de Salisbury, avaient saccagé Armentières , et , méditant un coup de main sur Lille , ils faisaient filer leurs troupes par Marquette. Le sire de Roubaix , chef de la garnison de Lille, en ayant été informé , les attaqua à l'improviste et les mit complètement en déroute. Le comte de Suffolk, Guillaume, seigneur de Mortagnc , Raymond de Limoges , neveu du Pape , plusieurs autres seigneurs, et le comte de Salisbury lui-même, lieutenant d'Edouard en Flandre , furent faits prisonniers ; un capitaine anglais fort estimé des siens fut tué par un boucher de Lille (2).

Cette bonne capture fut aussitôt dirigée vers Paris , et les affaires anglaises prenaient , dans les esprits , une assez mauvaise tournure.

Edouard , à cette nouvelle, se mit en route pour la Flandre; Philippe , qui l'avait prévu , posta sa flotte sur son passage ; une terrible bataille navale fit perdre aux Français un nombre considérable des leurs. Une trêve de deux ans en fut le résultat. Mais la funeste bataille de Crécy , où périrent trente mille Français et le comte Louis luimême, compromit tout-à-fait le Roi, et fit triompher les espérances de ses ennemis.

Dans ces fâcheuses conjonctures , Philippe rassembla ses dernières ressources; il écrivit à nos échevins de lui envoyer un homme prudent avec lequel il pût délibérer sur les difficultés de sa position (3) . Quelque préoccupé qu'il dût être, il n'oublia rien de ce qui pouvait satisfaire ses nouveaux sujets , soit pour la liberté , soit pour les privilèges de

(1) Panckoicke, p. 195. — Registre N, p. 155.

(2) Oudegberst, II , p. 445 et suivantes.

(3) Registre aux titres R , L , M , f° 6.

Extension de la juridiction échevinale. 243

la Hanse (i), soit pour le respect du Magistrat , soit enfin pour le droit d'Arsin (2). Il porta cette ordonnance qui excluait de l'échevinage tous les avocats (5) ; il défendit à tous ceux qui avaient été bannis par les échevins de demeurer dans la châtellenie, et ce, parcequ'ils pourraient être hayneux auxdits Eschevins (A) ; il attribua à ces fonctionnaires la connaissance de toute convenance de mariages , dons , aumônes et assènemens (5) ; il régla que , pour être admis au Conseil de la commune , il fallait être né à Lille , être justiciable du bailli , du prévôt et des échevins de la ville (6) , et pour caresser l'orgueil de la bourgeoisie , il permit aux roturiers d'acheter des héritages tenus à cens et en rente du Roi ou de tous autres justiciers de la ville et delà châtellenie (7) : privilèges réservés jusque-là à la noblesse. C'est ainsi que se déplaçaient les conditions de l'institution féodale. C'est ainsi que le magistrat de la ville sentait croître la velléité qu'il avait toujours eue d'élever sa juridiction.

Nous croyons devoir signaler le biais auquel il eut alors recours pour obvier à l'immunité qui l'empêchait de juger les clercs. Lorsqu'un ecclésiastique avait commis un délit , l'échevinage fesait instruire le procès, et s'il y avait lieu , rendait une sentence dont le sens était : un tel est coupable de tel délit, et serait condamné à telle peine, s'il n'était clerc. La sentence était inscrite au registre , et le condamné en éprouvait les effets civils (8), ne recevait en rien l'aide de la commune aussi long-temps qu'il déclinait la sentence échevinale. Cette mesure du Magistrat déplaisait à l'official du diocèse , et il existe une sentence d'excommunication (1342), lancée contre lui par l'évéque de Tournai, où , parmi divers motifs , figure ce grief (9).

A la mort de Louis de Crécy, Louis de Maie, à qui revenait le

(1) Registre H, f° 128.

(2) Roisin , p. 367. Voyez sur le droit d'Arsin le chapitre VII'.

(3) Ibid, p. 364; registre C, p. 222; Pancïoucke, p. 195; Tmoux, p. 108. P. L.

(4) Roisin , p. 371 .

(3) Ibid, p. 373.

(6) Ibid, p. 371.

(7) 7tai,p.372.

(8) On trouve même, sous la date de 1360 un arrêt du parlement de Paris , relatif à un Jean Bosquet, pendu à Lille, quoique clerc. — Voyez registre F, f° 128,

(9) Voyez registre 0, f» 183.

comté , n'avait encore que quinze ans. Les Flamands , d'accord avec les Anglais , voulaient lui faire épouser Isabelle , fille d'Edouard. Ce mariage prématuré n'était ni dans les vues de la France, qui destinait au jeune comte Marguerite de Brabant , ni dans les goûts du jeune homme , qui se souvenait que les Anglais avaient tué son père à Crécy. Pour éviter d'y être contraint , il prit le parti de se sauver en France. Nouvelle occasion de guerre. Les Anglais assiègent Calais (1); les Flamands au nombre de vingt mille , ayant à leur tête le bâtard de Renty, débordent de nouveau sur le territoire de Lille, et y mettent tout à feu et à sang. Les couvents , les églises sont incendiés aussi bien que les chaumières. L'Abbiette, couvent situé exirà-muros, fut détruite en cette circonstance , et c'est depuis lors qu'elle fut transférée dans la rue de la Hamerie , et lui donna son nom.

Charles de Montmorency , châtelain de Lille , et défenseur né de la ville, s'opposait le plus qu'il pouvait aux déprédations des Flamands. Dans une expédition contre ces bandes de malfaiteurs , il attaqua si vivement et avec tant de succès un détachement qui faisait la course, qu'il s'empara du chef, le bâtard de Renty (2).

On conçoit bien qu'au milieu d'une confusion semblable à celle qui régnait alors , les meurtres et les vengeances particulières prenaient leur cours sans qu'il fût possible d'y apporter un remède régulier. Le seul moyen d'obtenir une réparation , le droit d'Arsin , vint souvent ajouter un sinistre épisode aux tristes scènes dont la Flandre était alors remplie.

Parmi les titres déposés aux archives de la Mairie , se trouve un arrêt de 4348 qui constate le traité par lequel Jean de Luxembourg, châtelain de Lille , et les échevins de la même ville , mettent fin au procès existant entre eux au sujet du privilège contesté (5). Le Parlement donna un semblable arrêt relativement au seigneur de Roubaix (4). Les héritiers du seigneur de St-Venant furent déboutés de leurs prétentions à rencontre dudit privilège (o). Enfin, une quinzaine

(t) C'est alors que Eustacbe de St.-Pierre et ses compagnons se dévouèrent pour le salut de leur patrie.

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