‹ Histoire de LilleChapitre 37 sur 47 · OUDEGHERST · texte numérisé non relu

OUDEGHERST

(S) Roisu, 379.

(A) lbid,ZS\.

(S) Jéù/,584.

Le privilège de l'Arsin. 245

de seigneurs, qui s'étaient aussi opposés à l'exercice du droit d'Àrsin parla commune de Lille , furent déclarés mal fondés par le parlement de Paris (4).

Jean II, roi de France, décida dans le même sens, en 4350, et avant même qu'il eût chargé Eustache de Ribemont de donner et de recevoir le serment relatif aux droits de la ville et du souverain.

Tant de décisions solennelles montrent bien qu'il ne s'agissait pas simplement d'une exécution barbare, inspirée par la fureur et exécutée dans l'emportement , et les écrivains qui ont fait des plaintes à ce sujet auraient dû remarquer que le maintien de ce privilège est contemporain d'une ordonnance du roi de France (1350), qui abolit, à Lille, le serment judiciaire (2) , comme pouvant entraîner des abus qu'il veut voir disparaître , et où il témoigne la ferme volonté de maintenir la justice et de s'opposer à tout ce qui pourrait en entraver l'exécution. L'Arsin était donc un moyen d'assurer alors cette exécution ; moyeu imparfait, il fout en convenir, moyen qui devait cesser avec la présence d'un ordre de plus en plus régulier. (Test en effet ce qui eut lieu. Vers 4363 , nous voyons qu'on supprime à Lille la charge de Roi des Ribauds et de son prévôt. Ce fonctionnaire avait la surveillance des maisons de jeu et de débauche ; il prélevait sur elles un impôt qui ne devait pas le porter a en restreindre le nombre. Le roi des Ribauds avait la charge de porter le feu aux exécutions de l'Arsin. La suppression de son office laisse penser que l'Arsin était abrogé , sinon dans la loi , du moins dans la coutume. En effet , nous ne connaissons pas d'exécution de ce genre postérieure à la date que nous venons de citer (3), quoiqu'un titre de 4377, signé par Louis de Maie , accorde encore aux Lillois l'Arsin sur les forains (4).

(1) Roisin, 385.

(2) Ibid, p. 389.

[ô) M. Edw. Le Glay {Histoire des Villes de Flandre, III, 209) dit que l'Arsin fat supprimé sous les ducs de Bourgogne el à la sollicitation du clergé flamand.

(4) On a des titres relatifs à l'Arsin sous les dates suivantes : 1240 au Quesuoy; 1245, 1246 à Fiers; 1250, 1256 à Wattignies; 1280, 1315, 1540, 1544, 1351... — Voyez registre F, f° 112;Tiroux, 194 et 196; Panckoucke, 148; — registre L, 158; registre aux titres G, H , J, f° 95; registre B, f» 145; registre D , f° 38. — Voyez aussi : De l'Arsin et de l'Abattis de maison dans le nord de la France, par M. le D r Le Glay. Lille, 1842.

Le roi Jean ne fut pas moins soigneux que ses prédécesseurs de respecter nos franchises. Sa noble loyauté et sa bienveillance pour les Lillois se manifesta par plusieurs traits que nous aimons à consigner. Et d'abord, le respect de la loi; il avait confirmé les privilèges accordés en 1346 par son prédécesseur. Pierre de Hem et Jean de Bourgogne, son varlet , avaient été arrêtés sous prévention d'homicide. Ce bourgeois et son serviteur faisaient , à ce qu'il parait , vilain métier ; la disparution de c pluiseurs persanes degais a penses , traUeusement et en murdrepareus mis à mort. ...» avait nécessité une première instruction à St-Omer. Mis en liberté , ils avaient « perpètre damnablement ptoiseurs omechides et autres mallefisces » (1). Les maréchaux de France avaient néanmoins cru devoir les remettre encore en liberté. Jean ordonna à son bailli de Lille (1353) de remettre lesdits en prison en réalité, ou par signe et figure s'ils étaient contumaces , parce que leur jugement n'appartenait qu'aux échevins de Lille (2).

L'année suivante, des condamnés bannis par les échevins voulurent profiter de la présence du roi à Lille , pour y rentrer. Ils lui adressèrent une demande, comptant mettre le pouvoir royal au-dessus de celui de simples échevins. Le roi déclara de nouveau que la loi devait être respectée. Le Magistrat s'entendit avec le prince pour proclamer des lettres de grâce à quelques-uns ; mais comme il les refusa à d'autres , le roi maintint la sentence , nonobstant les sollicitations. C'était digne de celui qui prononça ces belles paroles : Si la bonne foi disparaissait du reste de la terre , elle devrait se retrouver dans le cœur des rois!

En 1355, Jean, au lieu d'obérer son vassal le comte de Flandre, voulut récompenser ses bons services, et voyant l'état de ses besoins, lui promit dix mille livres de rentes annuelles en terres (3). En 1362, une révolte s'était élevée à Lille , contre le gouverneur du château ; des bourgeois avaient forcé le châtelain à rompre le pont de la for-

(1) Roisin, p. 594.

(2) Dans ce titre il est dit : qu'il n'est mémoire d'homme que les écherins n'eussent juridiction entière sur la ville : aurait-on parlé ainsi d'une loi qui daterait d'un siècle et demi environ. « Predecessores dicte ville scabini fuissent privtieg*' 1 a tali et tanto tempore citrà quod hominum memoria in contrarium non extabal. »

•3) RoisiN, p. 422.

Lettre du roi Jean aux Lillois. 247

teresse donnant vers les champs (4). Vu l'inflexibilité que le roi avait montrée , on crut qu'il aurait puni une offense en quelque sorte personnelle; il fit grâce aux coupables , et les lettres qu'il ordonna d'expédier pour ce sujet, fout également honneur a la clémence du roi et aux habitants qui avaient su la mériter (1).

Tandis que ces choses avaient cours chez nous , la Flandre flamengante, toujours en ébullition, voyait un grand nombre de ses commerçants , et particulièrement ceux de Bruges , se retirer en Hollande , à Dordrecht et autres lieux. Jean , soigneux de notre avantage, donna avec plus de facilité que jamais des sauf-conduit à tous les marchands étrangers qui voudraient venir à la foire de Lille (2).

Ce sentiment de bienveillance fit naître chez les Lillois une reconnaissance qui se manifesta par des traits touchants.

Jean , fait prisonnier à la bataille de Poitiers , avait été emmené en Angleterre ; avant d'en partir, il écrivit aux échevins une lettre pleine de la naïve et aimable bonhomie qu'il avait dans le cœur (3).

(1) MOHTLIKOT, p. 275.

(2) Registre K,f° 141.

(3) Livre 1, 669-1384.

(4) € Jehans, par la grâce de Dieu , Roy de Franche, a mes très chiers et bien » ames les Maire, esche vins, bourgois et habitans de la ville de Lille, salut et > dilection. Gomme pour le traitiez de le pais nouvellement faite et réformée

• entre nous et notre très chier frère le roy d'Angletierre , laquelle nous avons » promise et jurée sur le corps de Jhu-Ghripst sacre toucher le saintes euwangilles ,

• tenir et accomplir et pour la délivrance de notre personne , nous avons baille

• et délivre à notre dit frère en hostages pour nous le duc d'Orléans notre frère ,

• le duc d'Anjou et de Berry nos enfants et aultres de notre lignage, et plusieurs » comtes, barons et autres nobles de notre royaume. Et aussi de vous délivrer a » Calais dedans trois mois apries notre partir d'illecq des bourgeois daucunes » chités et villes de notre dit royaume , si comme contenus est en un article » faisant de ce menstion audit traitiez, duquel article la teneur sensuyt. Item

• accorde est que le roi de Franche dedans trois mois apries qu'il sera parti de » Calais rendra à Calais en hostages quatre personnes de chacune des villes dont

• les noms s'ensuivent : C'est à savoir de St-Omer, Arras , Beau vais, Lille , Douay, » Rains, Chaalons,Troyes, Chartres, Toulouse, Lions, Orliens, Compiegne, Rouen,

• Kiaen, Tours, Bourges, plus souffisant desdites villes pour l'accomplissement » dechest présent traitiez et pour les bons rapports que nous avons par plusieurs

• fois eus de la bonne volonté et grand désir que vous aves eu pour singulière

• affection à la délivrance de notre personne et confians a plein que vous attendez » avoec ke che considères les maus qui par les guerres sunt vonus et qui rncoires.

Aussitôt la demande du Roi connue à Lille , la commune , proprement dite la roture , se cotise pour fournir en sept années sa part de la rançon du roi. Les archives de la Mairie possèdent encore les récépissés qui lui ont été délivrés à cette occasion (i).

Jean , notre châtelain et son fils, se disposèrent en même temps à payer de leur personne et à se présenter comme otages. On voit aux comptes de la ville que les délégués ( leur nom n'est pas indiqué ) quittèrent Lille le 2 Janvier 1561 , pour se rendre en Angleterre. Ils reçurent de la commune, au moment du départ , 200 moutons d'or et cinq cotes hardies, pour eux et leurs varlets. On leur envoya encore, dans le courant de l'année, 280 moutons d'or; deux ans après, on leur paya encore 591 liv., puis nous perdons tout-à-fait leur trace (2).

Le Roi n'oublia pas le cordial empressement des Lillois; il leur accorda le privilège d'aller partout en France chercher toute espèce de marchandises, par terre ou par canaux, sans payer aucun droit (3).

» emporroient venir a vous et à tout notre royaume se plus eut dure et les biens » et prospérités qui viennent en temps de paix, ne laisseriez riens à faire en tant » comme en vous serait al accomplissement de la dicte paix et de notre deli- » vranchc nous soyons fait fors à notre dit frère, de savoir et envoier audit lien » de Calais dedans ledit tierme ij de vos bourgois. Nous désirons entiériner et ac- » complir ledit article ainsi que tenus y sommes et que promis et jure l'avons

> comme dit est. Nous prions et requérons et nient moins mandons sur I'amoor

• que vous avez à nous et sous la foi et loiaulte que vous nous devez que sans » delay vous elisies deux bourgois de entre vous des plus souffisants de ladite » ville, pour entrer en hostages pour nous. Et ordenes sur leur partir pour aller

> audit lieu de Calais sitost qu'il y puisent être dedens les trois mois dont li dis » articles fait meostion commenchièrent le XXV.» jourdeu mois d'octobre darrain » passe que nous en partîmes et de ce nous veullies mie fallie mais le faites par » telle manière que notre promesse et siéraient y soient gardes et si libéralement

* que nous y puissions cognoistre de lait ce que rapporte nous à toasiours » este de votre bonne amour et volonté envers nous et notre dite delivrancbe et » nous rescrisiez par cbest messages les noms de cbeus que vous y ordeoeres

> leur souffisance et le terme de leur partir si que nous en puissions certifier notre » dit frère brefment. Donné à Hesdin XIII.» jour de novembre, Tan de grasse » mil CCC et 4 X. •

(1) Un de ces reçus porte 1986 moutons du roi, 4,000 moutons de Flandre et 25 royaux pour la valeur de 8,000 écus Philippe-Vieux.

(2) Voyez M. Brun-Lavainke , Atlas de Lille, 32, 179. (S) Registre L, f° 172.

Lettre de Charles V aux Échevins. 249

Pour leur complaire, il accorda a leurs varlets l'autorisation de porter par toute la chûtellenie espêes et bastons (4). Mais cette condescendance entraîna des abus qui forcèrent, par la suite, de revenir sur cette concession.

Charles V confirma les privilèges de Lille (4 janvier 1363) ; il porta de sages règlements sur l'échevinage (3), se montra bienveillant pour le peuple (4) . Oudart de Renty, notre gouverneur et son représentant, prêta serment à la ville (5). Le roi confirma lui-même ces promesses, ainsi que celles du roi Jean (6) ; il fit des ordonnances sur les plaids , la gabelle , etc. (7) , et surtout il respecta lui-même la loi dans ses moindres dispositions.

Charles étant à Wazemmes (1368), dans la maison de plaisance de révéque de Tournai , avait accordé aux Dominicains la permission de s'établir dans l'intérieur de la ville de Lille ; mais le Magistrat , dans les attributions de qui se trouvait le droit de délivrer semblable autorisation, s'y étant refusé, alléguant le préjudice que les établissements de main-morte font aux caisses publiques , le roi n'insista pas et les religieux ne furent pas admis. C'est assurément un admirable trait de courage , une non moins admirable preuve de modération et de justice.

A cette anecdote , nous en joindrons une autre du même genre. Le Roi désirant faire admettre à l'hospice St-Nicolas , à Lille , la tante d'un de ses officiers , écrivit aux échevins la lettre suivante :

« Chiers et bien amez, notre ame varlet de chambre, Jacquet Charles, » nous a donné à entendre qu'il a une sienne tante nômée Marie Tonnelle, » vefve de Jehan Escrohart, qui est vieille et ancienne, laquelle userait

(1) Registre L , fo 151 ; registre aux titres K , L , M, î» 140.

(2) RoisiN,p. 415, indique 1364. Le registre J, fo 171, donne 1363,parcequ'alors Tannée commençait à Pâques.

(3) Il défendit au bailli et aux commissaires, au renouvellement de la Joy.d'j faire entrer des membres de leur famille, etc.

(4) Par exemple, il s'opposa à ce que les officiers prissent les chariots, attelages et autres biens des bourgeois de Lille, sans appeler la justice du lieu et exhiber une commission royale spéciale et suffisante.

(5) Registre H, fo 150.

(6) Voyez registre aux titres K , L , M , f° 1 51 ; R , 1 43.

(7) Voyez registre H, f°» 89, 103, 152...

» volontiers sa vie priant et servant Dieu en l'ospital St-Nycholas

> qui est en la ville de Lille et pour ce que sans votre congie et licence » la dicte Marie ne pourrait estre rendue audit hospital ne avoir sa

> demorance ainsi qu'il appartient pour ce que à vous en est affaire. » Nous vous prions tant acertes que plus pouons que pour amour

> et honneur de nous et à notre requeste , vous veuillez recevoir

> la dicte Marie audit hospital. Et lui faire aministrer vivre et autre * nécessitez ainsi qu'il est en accoutumance, et lui faire tout le bien » et grâce que faire lui pourrez pour amour de nous , car nous avons » son fait bien a cuer pour contemplacion de notre dit varlet de » chambre que nous avons bien agréable et qui nous sert continuel-

> lement qui de ceste chose nous a supplie et requis très-humblement

> et de ce nous veuillez aucunement esconduire et en vérité pour les » causes dessus dites en ce faisant vous nous ferez très-grant plaisir en » tant que se aucune chose avez à faire par devers nous vous en serons » pour amour de ce très enclin à vos prières et requestes. Donné à 9 Paris, premier jour de mars. »

Cette demande royale formulée d'une manière qui devait entraîner l'assentiment de ceux à qui elle était adressée , ne put cependant obtenir la place en question. Le Roi montrant une véritable grandeur d'ame , toléra ce refus sans colère ou aigreur, et n'en continua pas moins à rétablir l'ordre dans toutes les parties de l'administration et particulièrement dans les finances , alors aussi mal gérées que le sont aujourd'hui celles de l'état. Par une erreur palpable , et qui s'est transmise jusqu'à nous, on recourait déjà aux emprunts pour faire face aux exigences des divers services publics ; on commençait aussi à employer imprudemment les fonds de la commune à faire des présents aux grands seigneurs.

Une trêve avait été conclue en Flandre , mais le repos ne lut pas de longue durée , et les courses recommencèrent de plus belle. Un certain Girard More ou le More , banni de Lille par les échevins , profita de la circonstance pour se mettre à la tête d'une troupe de gens sans aveu et répandre la terreur dans la châtellenie. Le Roi avait mis à prix, à 500 florins , la tête du bandit (4). Les Lillois le poursuivirent à outrance, et purgèrent de ces malfaiteurs tout le pays. Le Prince fut

(1) Registre K, f<> 15.

Louis de Maie se réfugie à Lille. 25 1

si content de la conduite de nos milices en cette circonstance , qu'on considération des services qu'elles avaient rendus , il exempta la ville du douzième denier des vins , de la gabelle et du sel ; il mettait cependant une condition à cette faveur, c'était d'appliquer aux fortifications une dépense de 1,500 réaux d'or, et de déduire une pareille somme de ce qui était dû sur la rançon du roi Jean (4).

Louis de Maie n'avait pas un succès aussi heureux dans ses tentatives pour pacifier ses provinces ; plus d'une fois notre ville lui servit de refuge contre la violence de ses sujets (2). Dans la seule année 1365 , il vint jusqu'à cinq reprises s'abriter derrière nos murs (3). On lui offrit chaque fois , et par pure courtoisie , le vin qu'on avait jadis coutume de présenter au comte de Flandre , à son entrée dans la ville.

En 1369 , Philippe de Bourgogne , ayant épousé , à Lille, la fille de Louis de Maie (4) , le roi de France céda à celui-ci , et pour paiement de la rente de 10,000 livres , créée par le roi Jean au profit du comte de Flandre, les villes de Lille , Douai , Orchies , tant de fois disputées ; mais il y mettait la condition que si le Comte mourait sans enfant mâle, le territoire reviendrait à Marguerite, et que si cette princesse venait à décéder sans avoir un fils de Philippe de Bourgogne, ces villes reviendraient à la France , qui n'aurait à acquitter que ladite rente de 10,000 livres.

Pour apaiser les soupçons des Flamands , Marguerite s'engagea à ne pas séparer de la Flandre la ville de Lille , qui allait y être jointe de nouveau par un traité (18 juin 1369) ; la veille du mariage, le duc de Bourgogne signa une semblable promesse stipulant, en outre, qu'il ne serait nommé pour châtelains de Lille que des Flamands nés en Flandre et ayant en Flandre le plus grande partie de leurs biens, etc....

Il paraîtrait que , par précaution , Charles V avait , de son côté , fait souscrire à son frère , le duc de Bourgogne , une contre-lettre par laquelle il promettait de remettre à la France , et aussitôt le décès du comte Louis , les villes mentionnées ci-dessus.

(1) Registre H, f° 89.

(2) M. De Bmunts, Histoire des Ducs de Bourgogne, édition Maréchal, I , p. Ui .

(3) Roisra, p. 180.

(4) Histoire des Frères prêcheurs de Lille , p. 24.

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