LILLE SOUS LOUIS DE MALE
Quoiqu'il en soit, notre province wallonne retourna un instant aux comtes de Flandre. C'est un espace de quinze années dont nous parlerons dans le paragraphe qui va suivre.
m LILLE SOUS LOUIS DE MALE.
f. de venu notre souverain , le comte de Flandre montra le plus grand empressement à confirmer nos privilèges (1). On est redevable à ce prince de l'institution d'une cour appelée le tribunal des audiences, et qui allait de ville en ville recevoir les plaintes et juger sommairement les affaires. C'est une tendance à l'ordre et un progrès que les guerres avaient toujours empêché jusques-là.
Ce n'est pas que l'on fût alors en grande tranquillité ; jamais les communes de la Flandre n'avaient été plus remuantes. Les difficultés qui s'élevaient entr'elles devenaient des affaires importantes , que plusieurs villes pouvaient soutenir en mettant sur pied une armée de quatre-vingt mille combattants.
Dans un de ces soulèvements populaires , le Comte , resté seul la nuit , fut poursuivi dans les rues de Bruges , et dut se réfugier dans le sombre logis d'une vieille femme. On sait que , s'échappant ensuite de la ville , il erra longtemps égaré dans la campagne ; qu'il trouva enfin une jument de labour et des accoutrements de valet , à l'aide desquels il parvint jusqu'à Lille. Les partisans , s'étant mis à sa poursuite , dévastèrent de nouveau les environs de Lille , et les habitants durent les chasser de rechef. Jean Pruneel, capitaine de la bande, ayant été fait prisonnier, fut roué sur la place publique.
Le Comte avait réuni à Lille toute sa noblesse , afin de concerter les mesures que réclamaient des circonstances si critiques. Le Magistrat déclara que tout bourgeois et manant était requis en permanence , et devait toujours être sous les armes ; quinze jours après , une ordonnance très-remarquable détermina toutes les particularités du ser-
(1) Roisik, 429; registre B, 471. — Registre C, 175.
Bataille de Rosebecque. 253
vice (i). Toute loi fut suspendue , pendant que les bannières de la ville seraient en campagne. Pour s'attirer la protection du Ciel , le Prince avait porté un édit contre les querelleurs, joueurs, blasphémateurs, etc., qu'il punissait d'une manière très-sévère , aussi longtemps que durerait l'expédition. Disons, en passant, que c'est la dernière fois que la commune sortit en armes.
Charles VI était accouru pour prêter main-forte à Louis de Maie et à sa noblesse , dont l'existence était en jeu. Le Roi vint à Lille avec toute sa cour. Le Comte y avait préparé des logements pour y recevoir son royal hôte et toute sa suite. Sa présence dans nos murs fut marquée par un incendie qui dura trois jours , et que l'on attribua à la malveillance des révoltés , qui avaient pratiqué chez nous des intelligences.
L'armée royale était placée à Seclin. L'avant-garde se composait de mille chevaliers, sept cents archers et quatre mille Flamands. Le comte Louis commandait un corps de seize mille Wallons. L'armée traversa Lille et passa par Marquette, où le Roi et ses trois oncles couchèrent à l'abbaye , ce qui , au dire d'une chronique du temps, occasionna aux religieuses non moins de dommage que d'honneur. Il rangea son armée en bataille pour essayer de passer la Lys , mais les ponts étaient rompus et les passages si bien gardés , qu'il paraissait insensé de faire la moindre tentative.Le connétable commençait à se désespérer, lorsqu'il apprit que quelques chevaliers ayant aussi tenu conseil , avaient fait transporter de Lille plusieurs petites barques , au moyen desquelles ils avaient établi un passage au-dessus de Comines, à un endroit où les bords de la rivière étaient assez couverts , et que les Flamands ne gardaient pas (2).
On peut lire dans M. de Barante les détails du combat , dont le roi et les princes , qui étaient à l'abbaye de Marquette , apprirent avec joie l'heureuse issue. Ils partirent dès le lendemain pour Comines , qu'ils trouvèrent saccagée et pleine de morts ; on y avait tué plus de quatre mille personnes.
Les vainqueurs avaient fait un riche butin. Les Bretons arrivés les premiers ne se souciaient même plus des belles pièces de drap ni des
(1) Registre aux titres K, L, M, f° 124.
(2) M. De Barante, 1, 152.