‹ Histoire de LilleChapitre 40 sur 47 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Durant un siècle, une nouvelle famille de souverains va régner sur la Flandre. Pendant ce laps de temps, nos voisins les Flamands sont agiles par des guerres et des révoltes continuelles. Les Français , en proie à des factions contraires, voient leur éternelle ennemie l'Angleterre envahir leurs provinces, et donner à un de ces princes le titre de roi de France. La défection des ducs de Bourgogne fut, pour le royaume, une source de désastres qui le mirent à deux doigts de sa perle. Une disposition nouvelle va s'opérer sous nos yeux. Après avoir vu les souverains agrandir leur autorité en cherchant dans le peuple un appui contre la noblesse; après avoir remarqué leurs libérales concessions ducs au calcul autant qu'à la générosité, nous allons trouver le pouvoir s'élevant contre l'élément populaire qui avait failli écraser la noblesse. — Les seigneurs et le roi , unis par une commune pensée de conservation vont combattre les communes, leur ravir successivement leurs franchises et privilèges.

Au milieu de tant d'agitations extérieures, Lille reste calme et heureuse. La force de ses murailles et l'excellent esprit de ses habitants lui valent l'honneur de recevoir les princes toutes les fois que la fortune semble les menacer ailleurs. Elle devient une sorte de capitale, et par le fréquent séjour des ducs, et par l'importance des affaires qui s'y traitent, et par l'affluence des nobles personnages qui y accourent de divers points de la France et de l'Europe. — Le commerce y reste florissant , et les richesses qu'il amène au pays font oublier bien des inquiétudes.

Cette époque est d'ailleurs le moment où l'esprit guerrier et chevaleresque est à la mode; les croisades jettent leur dernier éclat; les tournois et les concours dans la lice n'eurent jamais de jours plus brillants. Les plus grands seigneurs n'hésitaient pas à se mesurer avec de simples roturiers.

Tandis que le principal mérite semblait être ainsi l'exaltation irréfléchie du courage et de la générosité guerrière , la croyance aux sortilèges s'étend de toute part; les procès pour Vauderie s'organisent, elles rois eux-mêmes se livrent aux pratiques de la sorcellerie! Bizarre effet de l'ignorance et de la peur! Par un contraste non inoins remarquable, mais plus désastreux, tandis que la foi règne encore chez la généralité des Flamands, la double papauté présente, aux Chrétiens, une pierre de scandale, vers laquelle les nations tournent leurs regards surpris et affligés.

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