II. LILLE SODS JEAN-SANS-PEtm
l'âge de trente-trois ans, Jean succéda à son père. On sait que le surnom de Sans-Peur lui avait été donné à cause de sa fière contenance devant Bajazet. Fait prisonnier à la bataille de Nicopolis , où il combattait dans l'armée de Sigismond , il dut sa liberté à la générosité des bonnes villes de Flandre, qui payèrent 200,000 ducats pour sa rançon. En cette occasion , Lille , qui n'avait pas de fonds disponibles , leva des rentes viagères , afin de fournir son contingent. Le Duc ne l'oublia pas , et, par la suite, il accorda à la ville une indemnité de 250 nobles d'or (1) , et lors de sa première entrée à Lille, non-seulement il se prêta volontiers à faire , le premier, le serment de conserver les franchises et privilèges de la ville, mais il accorda bientôt après, aux archers lillois, l'autorisation de porter leurs armures et harnais dans Lille et la chatellenie , pourvu que ce fût à heure deùe (2). Notons bien que cette faveur apparente n'en était pas réellement une ; la guerre s'animait de plus en plus , et le Duc ayant à défendre son comté de Flandre contre les Anglais , avait besoin d'hommes sous sa main.
Les Anglais , à qui notre châtelain (3) avait déclaré la guerre , ainsi que nous l'avons dit tout-à-l'heure , eurent d'abord la mauvaise chance. Wallerand , pour accomplir sa menace , s'était ranimé avec la belle saison , avait équipé une flotte et s'était rendu devant l'île de Wightpour commencer par la le ravage. Repoussé sur le continent , mais non abattu , il revint à Lille , enrôla de nouvelles recrues et se fit ainsi cinq cents cavaliers , autant de balistaires génois , mille sapeurs flamands , et , à la tétc de cette armée , il se rendit devant Calais (4) et organisa le siège du château de Marck appartenant aux Anglais.
(1) Archives de la Mairie, registre H, ff> 162.
(2) Ibid., registre C, f<>215.
(3) Dans une lettre de remontrances du duc Jean au Roi, Antoine, comte de Réthcl, est cité comme châtelain de Lille (M. De Barante, II, p. 154).
(4) Voyez Monstrelet, I, chap. XXXIX, et M. De Rosny, p. 124.
Assassinat du duc d'Orléans. 305
Forcé de se retirer , il se joignit au duc Jean ; et cette fois il eut des avantages , mais sans pouvoir s'emparer de Calais. Le siège traînant en longueur , le Prince revint à Douai où était la Duchesse.
Peu après , le bruit se répandit que le duc d'Orléans avait été assassiné à l'instigation du duc de Bourgogne.
Le sire d'Armagnac , beau-père du duc d'Orléans, résolut de poursuivre l'auteur de ce crime. De leur côté , les amis du duc de Bourgogne se déclarèrent pour lui ; de là les dénominations d'Armagnacs et de Bourguignons; delà ces guerres civiles qui ensanglantèrent si longtemps la France. Les partis avaient adopté des signes distinctifs : les premiers , une bande blanche sur l'épaule droite ; les seconds , un chaperon bleu et une croix de St-André sur le manteau.
La veuve du duc d'Orléans s'adressa au Roi , lui demandant justice. Son droit était évident, et les princes du sang prirent parti pour elle. Quant au duc de Bourgogne, il avait su se mettre si bien en crédit auprès du Monarque , qu'il y resta en faveur, et agit même comme le représentant du Prince. Cette rivalité , qui s'agitait autour du trône , fit naître dans les camps opposés une même pensée , pensée coupable et désastreuse : l'intervention de l'Angleterre. Dans ces affreuses années de guerre civile et de guerre étrangère , toutes les horreurs s'accumulèrent sur la France , et il faut se reporter aux plus mauvais jours de 1792 et de 1793 pour avoir, dans nos temps modernes, une idée de ce qui se passa alors.
Le duc Jean s'était dirigé vers ses états de Flandre; l'amiral de France l'y suivit sans l'atteindre (1). La ville de Lille se déclara pour son prince qu'elle aimait. Le Magistrat avait même déjà délégué à Paris le conseiller Leroy, pensionnaire de la ville (2), avec mission de veiller avec soin sur tout ce qui concernait le Prince , qu'on y croyait en péril de la vie.
Arrivé à Lille , Jean y convoqua son conseil , les barons , le clergé (3), afin d'aviser sur ce qu'il y avait à faire dans la présente occurrence ; il leur demanda leur sentiment au sujet de la mort du duc d'Orléans. € Sur quoi ayant répondu qu'il avait eu raison de le faire mettre à
(1) OUDF.GHERST, II, p. 627.
(2) TlROUX, p. an.
(3) Monstrelet, Lib. I, ch. XXXVIII.
» mort , ils lui promirent de l'argent pour poursuivre la guerre (4). > Nos échevins levèrent d'abord pour lui une compagnie d'arbalétriers avec lesquels ils traitèrent.
Jean reçut à Lille les messages que lui adressa le Roi. Le comte de St-Pol fut député vers lui , pour lui proposer de publier ses motifs et de livrer les assassins. Louis de Sicile et le duc de Berry rengagèrent à se rendre à Amiens pour y conférer ; mais il resta sourd à toutes ces avances , et demeura dans ses domaines de Flandre , où il savait bien être appuyé de la généralité de ses sujets. Pour accroître encore sa popularité , il donna une impulsion nouvelle aux relations commerciales. Jamais on ne vit en cour une activité plus soutenue pour cet important objet. Un grand nombre de lettres et de traités écrits à Lille en 1404 , 1406 , 1407 et 1408 (2) , témoignent de son infatigable activité.
Le Duc était encore à Lille , lorsque les troubles de Paris le rappelèrent dans cette capitale. On avait tendu les chaînes des rues. Le parti bourguignon avait le dessus , et il se commettait mille désordres ; mais quoique les Lillois eussent embrassé la même cause , jamais il ne se passa dans nos murs aucune de ces horreurs qui désolèrent si longtemps la France. Une fois seulement , pendant le séjour de la Duchesse à Douai , il parut s'y élever un mouvement populaire. La Princesse écrivit aussitôt à notre échevinage de lui envoyer tous les hommes d'armes qui se trouvaient à Lille. Ils partirent en effet le même jour, accompagnés du bailli et du rewart; mais, le lendemain , leur intervention n'étant plus nécessaire , ils rentrèrent chez eux (3).
Le Duc, comprenant tout le prix de l'attachement des Lillois, se rendait dans leur ville , toutes les fois que les circonstances devenaient difficiles. C'est à Lille qu'il commença à accommoder les différends qui s'étaient élevés entre son frère, le duc de Brabant, et son beaufrère, le comte de Hainaut (4) ; c'est là qu'après la bataille d'Othée, il voulut tenir les conférences pour la paix avec les Liégeois ; c'est là qu'il fit venir les deux cents otages du pays de Liège, ainsi que les
(1) Chronique locale.
(2) M. Gachard, Rapport sur le* Archives de Lille, p. 122 à 140.
(3) Cette expédition coûta 271 livres 12 sous. (A) M. De Barakte, II, p. 237 et 243-245.
Jean-sans-Peur à Lille. 307
députés des communes ; c'est là qu'il leur communiqua les conditions sévères qu'il mettait à la paix. Le Duc étant le plus fort , on accepta ses offres , et le traité fut signé.
Jean , puissant et habile en môme temps , avait su engager le Roi à lui donner raison ; il était redevenu le beau-cousin de Bourgogne. A proprement parler , le Roi était à la discrétion du Duc. Aussi , dans les levées de troupes qu'il ordonna partout le royaume , il exempta notre ville. Les lettres adressées au bailli d'Amiens portent que , sur la demande des échevins , « les Lillois , possesseurs de fiefs , arrière-fiefs , » nobles ou autres , ne seront pas appelés à son armée , attendu qu'on » peut avoir besoin d'eux pour la défense de la ville qui, bien que » grande, large, spacieuse et de très-grande garde et défense , était » petitement peuplée (1). »
Les Lillois surent reconnaître cette faveur, et quand la princesse de Charolais vint les visiter , les échevins , magnifiques et courtois , lui offrirent vingt marcs de vaisselle d'argent ; par réciprocité , sans doute , le Duc qui avait eu conférence à Tournai avec Guillaume, prince de Hainaut , et son frère , l'évéque de Liège , les amena à Lille , sa bonne ville, où il les traita splendidement.
Les princes, ligués contre le duc de Bourgogne, s'étant avancés contre les armées de Charles VI, Jean convoqua tous ses chevaliers et gens d'armes pour le suivre et aller au secours du Roi contre les rebelles, déjà à Sentis (2). Pour mettre Lille à l'abri d'un coup de main , il avait obligé (5) tous les manants à contribuer à la réparation des fossés et des fortifications de la ville.
Arrivé à Douai , le Duc y reçut un défi que, suivant les usages de la chevalerie, les enfants du duc d'Orléans lui avaient adressé. Une répondit rien autre chose que : c II travaillerait à punir des faux , mauvais, » traîtres , rebelles , désobéissants et félons.... comme eux (4). » Pour effectuer ces menaces , il avait une armée magnifique de deux mille cinq cents hommes avec des piques , des haches , des sabres et des masses d'armes , etc.; un matériel considérable porté par deux mille
(1) Registre aux titres, G, H, I,f° 139. B. L.
(2) Registre K, folio.
(3) Registre C, fo 40, etK, f° 120.
(4) M. De Barante, III, p. 30.
chariots à quatre chevaux. C'était une expédition qui occupait si fort l'attention publique , que toutes les affaires de commerce , la fabrication des draps , et même les séances des tribunaux avaient été suspendues. Nous ne pouvons ici nous étendre davantage sur les vicissitudes de ces guerres ; on en a le récit dans V Histoire des Ducs de Bourgogne , entouré de tout l'intérêt que M. de Barante a su y répandre.
Au retour de cette expédition , que la désertion des Flamands avait fait avorter, les Brugeois eHes autres corps étant venus près de Lille, où étaient les archives de l'administration , ils exigèrent , avant de passer outre , qu'on leur remît la grande peau de veau; ils nommaient ainsi une énorme feuille de vélin où était inscrit le consentement à la gabelle du blé , avec les sceaux de cinquante villes ou bourgs. Il fallut la leur livrer; ils la déchirèrent en mille pièces (4).
Quelque temps après , Jean reçut à Lille une ambassade du roi d'Angleterre qui lui demandait sa fille en mariage. Les conférences, ouvertes là-dessus, traînèrent en longueur. Le sire de Dampierreet révoque d'Évreux vinrent s'opposer, de la part du roi de France , à ce que le mariage eût lieu (2). Après que le Duc eut entendu leur message , il ne leur répondit pas un mot , il s'écria seulement : < Mes houseaulx ! » et, montant à cheval , il partit pour Audenaerde , laissant là les ambassadeurs (3). Ce fut encore à Lille que le Duc eut communication d'un projet d'accommodement que le duc de Bourbon , Marguerite de Hainaut et les députés des trois grandes villes de Flandre, avaient ménagé entre le Roi , les Orléanistes et les Bourguignons.
Ce rapprochement était bien désirable , car la guerre civile était alors dans son paroxisme. Les Armagnacs avaient repris le dessus , et Jean avait cru devoir se retirer à Lille , s'excusant auprès du Roi de ce que son départ précipité était indispensable à sa propre sûreté (4). Les partis dressaient des listes de proscription et venaient en tumulte en exiger la sanction du Roi , de la Reine et du Dauphin. L'autorité royale était avilie , bafouée , et ceux qui la tournaient en dérision eurent assez d'ascendant pour faire signer au Dauphin une lettre adressée à
(1) M. De Barante, Histoire des Ducs de Bourgogne, III, p. 42.
(2) Ibid., M, p. H7.
(3) Ibid.
(*) jwrf.,in,p.iie.
Bataille d'Âzincourt. 309
nos échevins , par laquelle il excuse les attentats dirigés contre sa personne (4).
Des troupes indisciplinées et des bandes de partisans parcouraient le pays , et rendaient urgentes toutes sortes de précautions. Les fossés de nos remparts furent donc curés et approfondis. Il paraît que des traîtres , on ne sait dans quel intérêt , avaient essayé de détourner les eaux de la Deûle , et de priver ainsi la ville de sa plus forte défense naturelle. Le Duc ordonna de saisir partout , sauf ès lieux saints, ceux qui avaient fait cette criminelle tentative (2). Il fut défendu de stationner près des rivières , même sous prétexte d'y pécher. Le Duc fit venir de Bourgogne seize cents chevaux qu'il exerça devant sa noblesse. Le Magistrat éleva des bastions , contraignit tout le monde à y travailler ; les habitants des villages voisins furent mis en réquisition pour les charrois et les transports. Le sire de Wavrin intenta à cette occasion un procès à la ville , qui avait levé telle contribution sur les manants de Wicres et de Fromelles , ses sujets.
Ce fut dans les plaines d'Azincourt que se rencontrèrent les Anglais et les Français. On connaît l'issue de ce combat ; la fleur de la noblesse y périt. Parmi les personnages de la Flandre qui restèrent sur le champ de bataille, Monstrelet (3) cite le seigneur de Reysse, le seigneur du
Quesnoy , Pierre de Rosembois, Charles et Robert de Montignies
Parmi les prisonniers , il nomme Philippe et Hugues de Lannoy , Charles du Quesnoy qui furent emmenés en Angleterre.
La mémoire de ce jour funeste fut consacrée par une messe funèbre qu'on célébra à Lille chaque semaine , à partir de cette époque; après la messe on lisait la passion. On retrouve encore des traces de cette fondation seize ans après l'événement (4).
Philippe, fils du duc Jean , vint alors en Flandre pour se créer de nouvelles ressources. Il ratifia nos privilèges par le serment accoutumé. Mais pour obtenir des subsides , il voulut en lever sur les religieux ; ceux-ci refusaient depuis long-temps de payer leur part dans les aides
(1} Ce titre curieux, publié dans la Bévue du Nord, I, p. 173, existe aux archives de la Mairie de Lille.
(2) Registre K,f° 100.
(S) Chap. CXLIX.
(4) Dans les comptes de 1451 , on voit que 100 sols avaient été payés pour cet objet. — M. Gachard, Rapport, etc., p. 267.
qu'avait accordées la ville (i) ; ils ne consentirent pas davantage à cette nouvelle demande. Philippe en écrivit à son père pour être autorisé à forcer les retardataires dont il lui fit passer la liste (2). L'année suivante Tordre de contrainte parut en effet.
Il parait qu'à Cambrai les chanoines de St-Géry étaient alors en désaccord complet avec l'échevinage de cette ville , pour un fait de juridiction. A ce premier et capital grief s'en joignait un autre : le fournier du Chapitre avait été condamné à l'amende de demi-franc • et un petit blanc pour avoir , contrairement aux ordonnances de police
municipale , nourri un grand nombre de porcs dans la ville ; de plus, les chanoines vendaient une certaine quantité de leur vin en n'acquittant pas le droit d'assis ; c'était pour le trésor public un déficit de plus de mille livres par an (5) ; ils ne voulaient pas contribuer aux réparations des remparts, etc. Le Conseil échevinal de Cambrai avait offert de nommer des arbitres pour juger le différend ; mais les chanoines s'y refusant avaient emporté de la ville les vases sacrés , les ornements de l'église et les reliques ; ce qui avait excité grande rumeur dans le peuple. Pour éviter toute collision , les échevins avaient fait signifier, de maison en maison , la recommandation de respecter les religieux. Hector de Saveneuses et Jacquemart de Florence , appelés pour soutenir ces derniers , vinrent avec leurs gens , et firent main-basse sur tous ceux qu'ils rencontrèrent dans les rues , même les plus inoflensifs. Les échevins de Cambrai qui , à les en croire , étaient restés dans les limites du droit et de la justice , écrivirent au Magistrat de Lille , se plaignant des violences qu'on avait exercées contre leur ville et lui affirmant ces griefs pour servir au besoin (4).
C'était ainsi que les chevaliers redressaient les torts ; et cela semblait tout naturel à l'époque des duels judiciaires, au moment où les plus éminents personnages ne connaissaient , pour décider leur bon droit, que la lance ou l'épée. Lille , où se faisaient chaque année les célèbres joûtes de l'Epinette, était le rendez-vous des gens de qualité pour ces luttes corps à corps , où l'on s'imaginait connaître le jugement de Dieu.
(1) Registre aux titres K, L , M, f° 100.
(2) Ibid., fo 131.
(3) Manuscrit de la bibliothèque de M. Barbois, II, p. 249.
(4) Ibid., p 222 et suivantes.
Assassinat de Jean-sans-Peur. 311
Le duc de Brabant et le comte de Hainaut discutèrent ainsi en champ clos, et sur la place publique de cette ville, leurs prétentions respectives.
A l'exemple des grands , les particuliers vidaient ainsi leurs querelles. Les bourgeois avaient encore des clients que la loi autorisait à prendre leur défense dans les disputes qu'ils pouvaient avoir avec les étrangers ou forains ; loi qui excusait à l'avance les meurtres qui auraient pu se commettre en cette occasion (1).
Toutefois , ces pratiques tout-à-fait en dehors de nos mœurs actuelles et condamnées par la raison aussi bien que par la religion , avaient , pour le Duc, un bon côté. C'était une école où se formaient , au rude métier des armes , de vigoureux champions qui auraient su manier Fépée et la lance sur le champ de bataille , comme ils l'avaient fait dans la lice aux jours de féte ou de querelle. Plus ardents encore à soutenir l'honneur, le droit du prince, ou le salut du pays, qu'à se distinguer dans ces futiles dangers.
Et en effet , il y en avait de sérieux dans les guerres qui agitaient la France et dont le flot menaçait à chaque instant d'atteindre Lille. L'existence du Duc était agitée par les troubles et les discordes , par les haines qui en voulaient à sa vie. Dans une lettre qu'il écrivit en 1417, où il énumère tous les torts qu'il reproche à ses ennemis personnels, il les y qualifie de rapineurs, traîtres, empoisonneurs.,,, pour avoir fait mourir, dit-il , son fils , le duc de Guyenne , et son neveu (2) ; ce duc de Guyenne était fils du roi de France. Cependant le clergé et la noblesse, pour opérer une réconciliation si désirable , avaient obtenu que le duc de Bourgogne et le Dauphin eussent une entrevue. Elle fut fixée au 40 Septembre 1419 à Montereau-faut-Yonne.
Quelques amis de Jean le détournaient de s'y rendre ; mais il ne crut pas devoir déférer à ce conseil. On sait qu'il fut assassiné par Tanneguy Duchatel et les partisans du duc d'Orléans (3) ; triste application de la peine du talion ! Jean-sans-Peur commit un des crimes les plus éclatants de l'histoire moderne. Sa vie fut funeste à la France ; il alluma une affreuse guerre civile , la plus cruelle peut-être qui ait jamais souillé notre sol. Sa mort ne le fut pas moins ; elle livra le royaume aux
(1) Archives de la Mairie de Lille, registre D, p. i>t.
(2) Registre K, f<» 112. Celte lettre se trouve aux archives de la Mairie. (5) Voyez Olivier de la Marche, liv. I.
Anglais! Ce prince riche, magnifique, puissant, fut, tour-à-tour, l'objet de l'affection et de la haine populaire. Sa place est fixée dans l'opinion ; il ne nous appartient pas de la discuter. Disons seulement que les Flamands et les Lillois en particulier l'affectionnèrent beaucoup , parce qu'il s'était occupé de notre ville et l'avait traitée avec faveur. On trouve encore , sous la date de 1417, des lettres par lesquelles il exempte du service militaire le corps échevinal (1). Par d'autres lettres , il reconnaissait ne pouvoir, sans le consentement des échevins, lever de l'argent dans Lille et la châtellenie. Il avait obtenu du Roi une renonciation au droit de rachat de Lille , Douai , Orchies , droit que lui assurait le traité de 1369 (2) ; il avait ainsi rattaché à la Flandre Lille, qui n'en avait été séparée qu'à regret. C'est lui qui porta à quinze ans l'âge de majorité pour les femelles , et à dix-huit ans pour les masles (3). Jusque là , cette majorité avait été fixée, par la coutume de Lille, à douze ans pour les unes et à quinze ans pour les autres.
Les finances fort mal gérées, on l'a vu, sous Philippe-le-Hardi, ne le furent pas mieux sous Jean-sans-Peur et son successeur. De 1415 a 4440, les registres des comptes de notre ville ne portent même pas de total au bas des pages. Le déficit augmenta graduellement , et avec lui la levée des rentes aussi bien que la dette publique. Ce n'était pas le seul abus. Pour n'en citer ici qu'un exemple : Jean , un des bâtards du duc , et qui était , à neuf ans , prévôt deSt-Donat , à Bruges , fut aussi nommé prévôt de notre collégiale de St-Pierre , tandis qu'on refusait d'admettre , comme chanoine , un simple particulier, Jean Pochon , à cause de sa naissance illégitime.