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XX. CONSIDÉRATIONS GÉOGRAPHIQUES

près avoir parlé de l'intérieur du sol , occupons-nous de la surface et représentons-nous l'ensemble de la Flandre. Pour cela , suivons un aéronaute dans son audacieux voyage; et, du lieu élevé où il s'arrête un instant, jetons

( 1) V Armoricain de 1842, nous apprend qu'un village sur la cote de Crozon vient d'être mis à découvert par les vents qui en ont enlevé une nioutague de sable : l'église et le cimetière sont encore bien conservé*; on en a extrait des créais.

(2 ) En 1116, Lombardsyde était un port célèbre; le 24 Juin, au milieu d'une effroyable tourmente, la ville disparut sous les eaux. Le siècle suivant elle fut ensevelie sous les sables. Un hameau voisin, nommé Sandeshove , dépendait de celte ville; il la remplaça , les habitants creusèrent un port qui (ut nommé Novum Oppidum : Nieuport. (Dxwiz : Histoire des Provinces belges, III. — 120). En 1777, Zuydcolte fut, de même, enseveli sous les sables.

( 3 ) La forêt de la baie Saint-Michel disparut ainsi sous les ondes ; nos tourbières renferment un grand nombre d'arbres parfaitement conservés.

(4 ) En 1178, inondations qui occasionnent des migrations vers l'Allemagne ( Wark- [iksio : Histoire de la Flandre, I. — 112).

(5) Mardyck ( digues de la mer), autrefois ville célèbre, avait un beau port; aujourd'hui elle est dans les terres et réduite à 260 habitants. Sangate, le Portus ulterior des Romains, est aujourd'hui sans eaux. Le gué de Frethun, près de Calais, si dangereux au XI' siècle, au temps des hautes marées, n'existe plus. Ce point du littoral s'est donc soulevé ; mais le plat pays s'est abaissé car on a dû construire une digue pour le préserver des irruptions de la mer. (Mémorial historique et archéol. du Pas-de-Calais, II. p. 36). La rupture de cette digue, dans les hautes marées, a plusieurs fois occasionné des inondations redoutables. On cite, comme la plus terrible, celle de Novembre 1614. Toutes les vallées, à une grande dislance, furent noyées par les vagues.

(6) Des actes du TP siècle font mention de marais salants entre Mardyck et Gravélines.

ÊTVDE DU SOL DK LA. FLANDRE.

un coup-d'œil général sur la contrée et esquissons-en les traits les plus saillants. Ou , si le lecteur redoute les périls de la route , plaçons sous ses yeux une carte fidèle du pays et étudions-la (1).

Voici une côte inaccidentée , sans golfe ou découpure un peu considérable ; couverte au Midi, vers Calais, par les sables que la mer y accumule graduellement, ce qui repousse chaque jour, dans les terres, la limite de l'ancien littoral. Au Nord, au contraire, vers l'embouchure de l'Escaut, le sol du pays est au niveau de la mer et se trouve même plus bas qu'elle. Comme il s'abaisse généralement encore (2), il est, à chaque instant , envahi par les flots, dont les digues, entretenues à grands frais par les habitants, peuvent à peine le défendre. Ces deux circonstances de nature diverse montrent , dans ce fragment de 1 ecorco du globe, un double mouvement qui l'élève au Sud, Vabaiste au Nord (3), et qui se continue de nos jours. Un mouvement semblable est bien constaté en Morée , en Norwège et dans le Zuyderiée.

(1) Les Caries que nous avons consultées pour celle étude «ont les suivantes:

1 °. Nova antiquai Flandrioe geographica tabula qualis sub Balduino Fer koet Judith primis ejusdem provincial comitibus fait. Auctore Ntcasio Fabio, Canouici Cominiensi. Sabdkrus : Flandria illustrata I.

2°. Novus XVII Inferioris Germaniœ typus. Blauew — IV — 2 — 1667.

3°. Carte du Comté de Flandre taisant partie du Théâtre de la Guerre, avec toutes les divisions, etc., par Jaillot, 1792.

(2) Eu 1210, le duc de Brabant accordait à l'abbaye de Saint-Michel, le droit de pécher dans certaines eaux où sont actuellement des Polders Ces marais n'auraient pu être délivrés des eaux qui les couvraient, si le sol, en s'iuclinutit , n'en eut favorisé la sortie. Lorsqu'il se sera affaissé de nouveau , ou aura pu, pour la première fois , songer à opposer une barrière à l'invasion des eaux. C'est dans des titres de 1218 que M. Warhxoewig trouve la première fois le nom de polders. En 1290 un décret du duc Jean, ordonne aux Chanoines d'Anvers de contribuer à l'érection des digues. Ce fut donc dans le milieu du XIII e siècle que furent construites les digues parallèles à l'Escaut et qui se dirigent, vers l'extrémité septentrionale de la province, sur une longueur de vingtcinq mille mètres. Uue convention de 1 390 , passée entre les habitants de Lille et ceux de Straboeck, à l'occasion de la réparation à faire aux écluses, etc. montre que rabaissement continuait à s'opérer. ( Voyez Revue du Nord. II. 297 ).

(3) Ce double mouvement est constaté par la diminution successive de la largeur du Pas-de-Calais, et par l'état des polders qui doivent arrêter non seulement l'Escaut mais aussi la mer qui est maintenant de cinq à six mètres au-dessus des polders de la Hollande. La Zélande, d'abord conquise sur les eaux par le soulèvement du sol, est, maintenant , au-dessous du niveau de la mer, suite naturelle de l'abaissement du lerrain.

Dessèchement des Moeres. 25

Cher Lecteur, plaçons-nous sur cette portion de territoire qui est entre Aire et St.-Omer et tournons-nous vers le Nord. Nous remarquerons bientôt dans le cours des rivières , la disposition toute particulière des pentes du terrain , d'où résulte la preuve de ce que nous venons d'énoncer.

A gauche , l'Aa va droit à la mer par le canal que lui a creusé, en 1168, Philippe d'Alsace; mais les autres courants se dirigent j>arallèlement à la côte. Les canaux creusés par l'homme n'ont reçu aussi cette direction que pour profiter de la pente générale du terrain. L'Yper, la Colme, la Lys, l'Escaut suivent cette tendance et s'avancent vers le Nord, qui est la partie basse du pays. La Meuse et le Rhin sont même soumis à une direction toute semblable ; de sorte que si , de Calais à Bâle, on suppose une ligne tirée , tous les cours d'eau situés au Nord ont une même pente générale.

Maintenant, considérons le littoral qui est nécessairement plus élevé que la mer à laquelle il sert de digue et de barrière naturelle; nous trouverons d'abord deux lacs considérables qui ont déversé la plus grande partie de leurs eaux dans l'Océan, par suite de l'inclinaison spontanée du terrain. Des soins intelligents ont, depuis, opéré le dessèchement de ces vastes concavités et les ont données à la culture (1); mais, après ce premier changement, un second mouvement s'est opéré dont voici l'effet : tandis que la côte conservait sa position acquise, le terrain à l'Est s'est abaissé , et le lit de ces lacs a reçu plusieurs fois , de la côte, des masses d'eau qui les ont inondés et qu'on n'a fait disparaître qu'à force de peines et de travaux.

Dans le versant que nous venons de citer , il s'est fait une saillie longitudinale qui a constitué deux autres versants contenus dans le premier et dont nous allons vous dire quelques mots.

Regardez : devant vous se trouve une série de hauteurs; faites passer une ligne par Wallon-Cappel, Cassel, Berlem , Locre , le Mont de Kemble, Messine, Holbeck, Zonnebeke, Plaskendale, Houtkerke, Thieit; et arrètez-là vers le Sas de Gand. A l'Est et à l'Ouest de cette ligne , il vous sera facile de voir nos deux versants : l'un à

(1) En 1619 on avait tenté ces travaux, mais en 1646 les Moeres furent remises sous les eaux. Elles furent encore inondées en 1742, eu 1779, en 1802 et eu 1805. Le résultat auquel on est parvenu aujourd'hui est dû à ^'habileté de M. de Buyser. La population des Moeres s'élève à huit cent cinquante âmes. Une église et une vingtaine de maisons constituent déjà celte commune. Les deux lacs ont une étendue que des statistiques évaluent à vingt-un mille hectares.

26 ETUDE DU SOL DE LA FLANDUE

l'Occident, s'abaisse d'abord au-dessous du niveau de la mer, il se relève ensuite pour former le rivage où les dunes arrêtent les flots et les empêchent d'affluer dans le fond du bassin où se rendent les ruisseaux qui , prenant leur source près du rivage, s'en éloignent ensuite par une ligne perpendiculaire, et arrivent au lieu le plus bas où coule l'Yser. Cette particularité ne se rencontre pas une seconde fois ailleurs sur toute la surface du globe; la coupe du terrain de Lille à la mer, vous fera mieux juger de la situation des choses (1).

Au revers oriental , nous trouvons la Lys et ses affluents, parmi lesquels la Deûle occupe le premier rang. La Lys, avant de se jeter dans l'Escaut , suit une ligne qui lui est à peu près parallèle ; les deux rivières se réunissent à Gand, tournent brusquement vers l'Est, font un demi-cercle et se jettent dans la mer du Nord par plusieurs bouches.

Le mont Blandin est une élévation placée au confluent de ces deux rivières; on y trouve, à l'état fossile, des dents de requin, des débris d'animaux, traces des révolutions géologiques dont nous avons parlé. Plus loin, une bande de terres sablonoeuses, et qui ont formé autrefois les Dunes de cette contrée, s'étend depuis Bruges jusqu'aux environs d'Anvers. Partout l'empreinte des eaux marines se remarque dans le pays, et nous allons bientôt trouver, dans nos archives, des titres qui prouvent que leur retrait est beaucoup plus récent que ne le croit la généralité.

A ce système général des eaux de la Flandre, il fout ajouter , comme accessoires, les nombreux canaux creusés pour saigner les marais, ouvrir des voies de communication et défendre le pays. Sous ce dernierrapport, il faut citer la fosse Othonienne, creusée en 93S, qui va de l'abbaye de Saint-Bavon au bras occidental de l'Escaut, connu sous le nom de Hont. Le Neuf-Fossé creusé (en 1047, selon les uns, en 1053, selon les autres) pour séparer l'Artois de la Flandre; et enfin les Watteringues qui abondent dans la lisière maritime (2).

( 1 ) Voyei Mém. de la Société royale de Lille : 1836 et 1837, et la Cnrte ci-jointe.

(2 ) Les Watteringues du département du Nord s'étendent sur une longueur de sept lieues et une largeur de quatre. Quelques auteurs en évaluent la superficie à vingt mille, d'autres à quarante-six mille hectares. Dès 1270, il est fait mention de Watleringues le long de l'Escaut.

Les canaux et rivières du département du Nord, sont au nombre de \ingt-ciuq formant une longueur de cent vingt-cinq lieues environ, ressource précieuse pour le Commerce et l'Agriculture et qui laissent loin de nous, sous ce rapport, tous les autre» départements de la Franre.

Position géographique de la Flandre. 27

Du temps de César, la Flandre, aujourd'hui si belle, si parée, était remplie de marais, de bois, d'eaux stagnantes : peu à peu l'industrie a arraché du sol les broussailles qui le dérobaient aux bienfaisantes et fécondes influences du soleil; elle a réuni, dans des canaux, des eaux inutiles ou dangereuses; et la Flandre est devenue ce que nous la voyons aujourd'hui. Laissée à elle-même et à l'intelligente direction de ses habitants, elle aurait été riche et heureuse.

Mais sa position et les voisins que lui donna la politique modifièrent considérablement les conditions favorables que lui avait assurées la nature ; et ce fut là , trop longtemps, pour elle, un véritable fléau.

Une grande fertilité, un climat exempt des brusques variations qu'on trouve ailleurs, un pays qui n'a à gémir ni sur les inondations qui dévastent si souvent le bassin des grands fleuves, ni sur les bouleversements volcaniques, ni sur ces redoutables météores qui désolent, dans le Midi , les vignobles et les moissons; des voies de communication nombreuses et faciles, une population calme, industrieuse; c'était plus qu'il n'en fallait pour attirer, de bonne heure , sur notre pays , l'attention et la cupidité de princes voisins. D'un côté , l'Angleterre ; de l'autre, la France, devaient se disputer un terrain intermédiaire si bien à leur convenance. A quelques milliers de toises de la côte, les Anglais, qui ne peuvent prospérer sans sortir de leur ile , les Anglais devaient chercher à se faire, des Flamands, de bons amis, des alliés. L'intérêt commercial , tout puissant sur eux, les y aurait suffisamment déterminés. C'était en Flandre qu'ils écoulaient leurs belles laines , matières premières des nombreuses manufactures de nos pays*

La France, qui a des limites naturelles à l'Ouest, à l'Est et au Midi, n'en a pas au Nord. Les Français, toujours entreprenants , devaient se porter sur la Flandre. Aussi verrons-nous leurs rois s'efforcer de s'y implanter, tantôt par les démarches d'une astucieuse bienveillance, tantôt par la conquête et la force, par l'injustice et la violence.

La province de Lille, placée à la limite méridionale de la Flandre, était donc l'intermédiaire avec la France vers laquelle de secrètes sympathies la firent souvent incliner ; vers laquelle la communauté de langage l'entraînait sur une pente peu rapide, mais irrésistible. Le complet détachement, d'une part, et la fusion entière, de l'autre, ne furent accomplis qu'au prix de bien des sacrifices , de guerres , de sièges dont quelques-uns détruisirent de fond en comble la cité.

Sous ce rapport, la Flandre elle-même ne fut pas heureuse : presque toujours elle devint le rendez- vous des années de l'Europe. C'est

ÉTUDE DU SOL DE LA FLANDHL

dans nos vastes plaines que s'exécutèrent les plus sanglantes batailles. Du Rhin à la côte occidentale , il n'y a pas de hauteurs considérables ; si l'on tire une ligne d'Amiens à Mayence, et une autre de Gand ou de Bruges à Cologne, on détermine une portion de territoire, uue zone presque plane, où l'on retrouve la plupart des noms fameux dans l'Histoire. Ici: Tolbiac (496), Montecouvet (7*8), Marfé, Laufeld, Senef , Steenkerque, Nerwinde , Raucoux, Fleurus ( 1690, 1693, 1794), Waterloo!!!... Là: Courtrai ( 1032 , 1794), Renty, Lcns, Crécy, Guinegate, les Dunes... Plus près de nous, à l'Est : Damousies, (1793), Villers (1649, 1792), Escaudin, (1712), Malplaquet (1709),

Fontenoy (1745) Puis, Ramillies (1706), Bouvines, (1214),

Mons-en-Pévèle (1304).... A l'Ouest : Saint-Moraelin (1540), Gravelines(1559), Hondschoole, Bambecque, Tourcoing (1793), Hertain, (1792), Famars, Coinines (1382); Cassel, si souvent témoin de sanglantes mêlées ( 1071 , 1328 , 1677 ).

Aujourd'hui, pour empêcher l'effusion de tant de sang et préparer aux ambition» rivales une barrière toute prèle , le» Cabinets ont voulu élever une limite artificielle, au moyen des places fortes. Un pareil état subsistera plus ou moins longtemps; mais il nous semble évident que la force des choses tend chaque jour à le renverser. La langue et les mœurs des Français ont passé la frontière, leurs goûts , leurs arts, leurs journaux , leurs livres , leur théâtre; tout ce qui constitue une nationalité, a fait irruption chez les Belge» qui Tout adopté. La séparation est toute nominale et pour la satisfaction de la diplomatie; mais, en dépit de ces vues, un jour viendra où la Belgique , par une secousse électrique , par une commotion spontanée, s'unira à la France dont elle est un élément. Probablement alors , le Rhin déterminera la plus grande partie des limites sur lesquelles on aura si longtemps et si vainement disputé.

'histoire ne remonte pas bien avant dans le passé; cependant nous y trouvons des preuves de plusieurs des faits géologiques que nous avons énoncés.

César, dans ses Commentaires, parle d'un Portas Itius (1) dont la

( 1 ) Le Portas Itius , d'où César partit pour sa deuxième expédition contre les Bretons, était sur le territoire Jes Morins ( Malte-Bkun : I. 112). En suivant \'\L>-

Jm Flandre tous Jules- César. 29

position sur notre côte est encore incertaine , et d'un Sinus Itius dont le littoral ne porte plus de traces. Le conquérant y aurait pourtant fait construire quarante vaisseaux dans un lieu où il les a passés en revue et qu'il nomme in Meldis.

En comparant entr'elles les diverses cartes du pays, vous verrez que les plus anciennes accusent plus formellement une suite de terrains marécageux qui avancent de la côte jusqu'à Saint-Omer, autrefois Siihiu (1 ); qui, pour quelques-uns, est la corruption des mots Sinus Itius.

Ce qui est certain , c'est que la bourgade de pêcheurs située au pied de la colline de Sithin, s'appelait, avant le VII e siècle, Hehbingahem. Le mot Ebhing, en saxon, signifie reflux. La tradition rapporte que le flot des hautes marées venait battre les murs de Saint-Bertin. Les Normands mouillèrent sous les murs de Saint-Bertin. Ceux qui ont jusqu'ici tracé les limites du Sinus Itius le fout aller de Watten au fond de la vallée de Blandecques , dont le sol est couvert de galets roulés par les flots; et ils y comprennent Saint-Omer.

A l'Est de cette dernière ville , se trouvent deux bras de rivière parallèles qui bornent la partie marécageuse du pays; on les nomme aujourd'hui les Meldicks : digues de la mer (2), nom qui indique évidemment la fin d'un amas d'eau et dont la ressemblance avec le Meldis de César est trop frappante pour qu'on puisse l'attribuer au hazard.

L'Aa coule dans le fond de ce bassin (3); mais il faut noter que le mot Aa est un nom générique par lequel les peuples septentrionaux désignent un amas d'eau (4). C'est donc un Fait de plus qui confirme

trand, à marée basse, après avoir dépassé les hautes falaises du Blanc-Nez qui se dressent à pic, comme une immense muraille de craie, on longe la côte qui s'abaisse insensiblement et se creuse en une anse que termine le Cris-Nez. Au centre de cette courbure on voit une crique étroite : le Au de Herlan, que dominent, à droite et à gauche, les Dunes irrégulièrement amoncelées. Cesl-là le Portus Itius , selon le Mémorial du Peu de Calais, ( tome II). Mon loin de là , sont la Motte Julienne , la Motte du Bourg, la Motle du Vent [Ibid. page] 107).

( 1 ) Dans la donation d'Adroal à Saint-Bertin, en 654, Siihiu est nommé Sit-Diu.

(2) Notice sur Saint-Omer, page 18.

(3) Les marais auprès de Saint-Omer étaient, du temps de Jules-César, couverts par les eaux du golfe Itius, ( Notice sur Saint-Omer, page 7 ).

( 4 ) Ces peuples ont porté ce mot dans les différentes régions qu'ils ont parcourues. On le trouve en Courlande, en Over-Yssel, aussi bien que dans le département du Nord.

30 ÉTUDE OU SOL DE LA FLANDRE

les présomptions exposées précédemment. Au XII e siècle , le flux élevait encore les flots de l'Aa (1 ).

Même actuellement, au milieu de ces marais, est un lieu nommé Haut- Pont et qui rappelle le Altua-Pontus (haute-mer) où les vaisseaux romains trouvaient une eau plus profonde (2) Il y a, non loin de là, des viviers appelés la grande mer, la petite mer (3). Près de l'abbaye de Clairmarais, dans la vase des tourbières en exploitation, on a trouvé des ancres, des débris de vaisseaux ; et, en même temps, des restes d'animaux (4).

Ce souvenir de mer profonde n'est pas une particularité exclusive à cette localité : dans la province d'Anvers , à l'Est de Saeftioger- Gaet et de la terre de Doel, existe un terrain nommé la haute-mer. Entre Loo et Dixmude on trouve des endroits nommés haut-pont. Un titre de 1196 (5) accorde à l'abbé de Saint-Bertin le libre transport de ses navires pour aller à Poperinghe ; or, cette ville n'avait pas de relation directe par eau avec Saint-Omer; car, vingt-cinq ans après, en 1222, un autre titre (6) autorise le même abbé à acheter un terrain nommé Landswerp : terre mouillée, pour y creuser un canal de St- Omer à Poperinghe. Donc ce canal n'existait pas alors, encore moins vingt-cinq ans auparavant, et la permission de transporter des navires ne pouvait s'y appliquer.

Ces terres ont donc été longtemps inondées et Saint-Omer a pu avoir une communication avec la mer ; mais, à mesure que les siècles avancent et que les circonstances géologiques se modifient , les dessèchements naturels et artificiels (7) font disparaître de plus en plus les traces de cet état ancien dont , un jour, on n'apercevra plus que de faibles vestiges (8).

On le rencontre , quatre fois, en Suisse; cinq fois en Weslphalie et autant en Belgique, on voit même, en Palestine, Àam-Mariam : la Fontaine Marie , source qui fournit le réservoir de Siloë. Elle sort du mont Moriah, près de Jérusalem.

( 1 ) Mémorial lûstorique du Pas-de-Calais, II — 232.

(2 ) Notice sur Saint-Omer, page 20.

( 3 ) Archives historiques et littéraires du Nord de la France, IV — 2 40.

(4) Voyez l'ouvrage de M. Allf.ht sur les marais de Saim-Omer.

(5 et 6) Inventaire des Archives de la Chambre des Comptes, à Lille, I — 423.

( 7 ) Il y a, actuellement, dans le département du Nord, cinq systèmes de dessèchement appliqués aux Watteringues et aux Moeres.

(8) Ou comptait, autrefois, jusqu'à trois cents lies flottantes dans les marais de la

Dessèchements opérés par les Religieux. 31

Ainsi, par exemple, an temps où les Romains occupaient notre pays, Watten était aussi sur une hauteur baignée par les eaux de la mer, Saint-Momelin était au milieu des eaux d'un marais. Le château de Montoire est ainsi appelé, de Promonforium, nom que ce lieu portait, du temps de César, à cause de sa position sur les bords du golfe Itius. Aujourd'hui, ces localités sont parfaitement à sec, bien cultivée set le vulgaire ne se doute pas qu'il fut un temps, encore peu éloigné de nous, où les eaux dominaient seules dans ces parages.

Les Religieux ont puissamment contribué à donner ces terrains à la culture. Un titre du XTI" siècle, en 1169, constate le don que Philippe, comte de Flandre, fait au chapitre Saint-Pierre, à Aire, de dix-sept cents mesures de terres qu'il avait fait dessécher à grands frais, entre Watten et Bourbourg (1). Six ans après, l'abbaye des Dunes recevait l'autorisation de travailler dans les Moeres (2). Sous des mains actives et intelligentes, ces terres acquirent promptement une valeur considérable: cinquante ans après, deux cents mesures de ces terres étaient vendues douze cent vingt livres (3) ; aussi, à la fin du XII' siècle , le don des Moeres et Wastines, qui abondaient en Flandre, devint, pour le souverain, un moyen de gratification peu coûteux et fort recherché. Nos archives départementales offrent une foule de titres et de chartes qui y ont rapport.

Nous revenons souvent sur ce principe que l'accroissement du territoire de notre pays est dù à l'effet d'un mouvement très-lent du sol et nous y sommes entraîné, à la fois , par l'évidence et par le silence qu'on a gardé sur un fait si important (4). Ce n'est pas seulement

Morinie. l orsqu'on les recherche dans les récils plus récents, on n'en trouve plus que vingt-une ; puis quatre, puis trois. Nous en avons vu deux; on dit qu'il n'en reste plus aujourd'hui qn'une seule!

(1) Inventaire des Archives de la Chambre des Comptes, I. — 114.

(1)lbid. t 131.

(Z)Ibid., 554.

(4) J.-B LâMiEZ, dans son Histoire monumentaire du Nord des Gaules, tome I, p. 42, parle du séjour des mers sur le territoire des Pays-Bas, dans des temps antérieurs à l'ère chrétienne. Il a tracé les limites du mont Panisel à Havré , suivant les limites de la Haine, et allant, au Nord de Mons, vers Ghlin, Steeobrugge, Harchies, Bon- Secours, Antoing et le mont Trinité. Dans le Toumaisis, la mer se bornait au pays de Dorsmer (ad Dorsum maris), et dans le Douais is, le Cambresis et l'Artois, aux coteaux sablonneux qu'on observe de Montignies par LoÛe, Ehvarde , Cantin, Obignies et Vitry, vers Arras.

ETUDE DU SOL DE LA FLANDRE

parce que les hommes ont creusé des saignées dans les marais , que des espaces considérables ont été donnés à la culture : c'est parce que, à partir du XIP siècle, le terrain s'inclinait en se soulevant vers la côte. Après ce premier mouvement, un second a succédé par lequel la côte, conservant la position plus élevée qu'elle avait acquise, le sol s'affaissa dans l'intérieur des terres (1). Si les preuves que nous avons offertes jusqu'ici étaient insuffisantes, nous dirions que, même depuis un siècle, le Pas-de-Calais a perdu près de mille mètres de sa largeur; que , de Calais à Ostende, les forts qui étaient entourés d'eau dans les marées des quadratures , ne le sont qu'imparfaitement dans les marées des conjonctions. Nous exhiberions des titres de 1221 où Ton parle de terres nouvelles que la mer a abandonnées (2). Soixante-quinze ans après, Bauduin, comte de Flandres, donnait à l'abbaye des Dunes la terre de mer qui était entre Hosnesse et Houtnesse; et il y ajoutait, par avance, tout ce qui s'accroîtrait par la mer (3). Ce qui montre que le mouvement de retrait de la mer continuait et était devenu un phénomène habituel, dont la lente progression peut seule expliquer comment on ne s'en est pas étonné et pourquoi on n'en a pas fait mention. Du reste, ces terres, abandonnées parla mer, se remarquent très-fréquemment dans les titres de l'époque (4); et ce n'est pas seulement sur la portion maritime de notre département qu'on les a observées : le Nord de la Flandre en eut aussi sa part (5). Les noms de beaucoup de localités y rappellent cette origine (6).

(1) Des lettres de 1359 (4 Juin), du comte Louis, ordonnent de reconnaître jusqu'où la mer déborde, parce que le dit comte a permis à sa tante, de Namur, et à ses sujets, de faire des fosses et de convertir à leur profit tout l'espace couvert par la mer ( Archives de la Cliambre des Comptes).

(î) Archives départementales: I. — 58.

(Z)lbid. 239. — Une de ces terres est appelée Wtrp-Land : terre jetée.

( 4 ) Par exemple, Caprike, Ecloo, Watervliet, Ardembourg , Uouthem , Coudeborne, Maldegbem, Mendonch, Fumes, Nieuport. — Voyex: Inventaire des Archives de la Chambre des Comptes. II, Passim.

(5) Les mots: terres situées entre Suthmera , Normera y n'indiquent- ils pas une mer du Sud et une mer du Nord? Or, une telle situation, en Flandre, où il est question d'un territoire entouré de deux bras de mer, montre dans le pays une disposition qui n'existe plus aujourd'hui.

(6) Cest Suthmera, Nonnera, Moerlanden, Moerbeke, Moerpuye, Landen, Wastyne , etc., etc.

Côtes maritimes de la Flandre. 33

Voilà pour l'élévation de la lisière maritime ; ajoutons , pour rabaissement de l'intérieur des terres , que Saint-Omer est plus bas que le niveau de la Manche (1).

Plusieurs fois, lorsque nous parcourions la route de Boulogne à Saint-Omer , et lorsque nous étions proche de cette dernière ville, vers l'heure où le soleil paraît se plonger dans les flots, nous avons vu la mer étinceler au loin et nous avons alors compris comment s'était effectué le retrait des eaux du golfe Itius; et, par analogie, celui des mers qui ont quitté le littoral de la Flandre. Nous nous sommes expliqué comment certaines îles flottantes ont pu prendre leur route vers l'Océan et occasionner ce risible procès dont nous entretient M. Piers (2); nous avons même tenté d'assigner une cause plausible à un fait qui embarrasse fort les étymologistes : le nom de Mer ville, donné à une ville aujourd'hui si loin de la mer. Des lieux élevés qui se trouvaient à l'Est de Saint-Omer , on apercevait peut-être alors, au loin, les eaux du golfe Itius, comme nous voyons maintenant, du territoire de Saint-Omer, les eaux du Pas-de-Calais.

L'imagination qui se plait à s'élancer partout où il y a un mystère et qui n'est déplacée nulle part, pourvu qu'elle ne s'y érige pas en autorité ; l'imagination nous a inspiré un dessein qui trouvera son excuse dans la candeur avec laquelle nous allons le livrer : Elle nous a suggéré la prétention de déterminer la limite qui sépara successivement le continent de la mer ; ou , en d'autres termes , quelle fut la forme du littoral avant qu'on en eût tracé la configuration sur nos cartes. Que l'on veuille bien nous suivre dans cette excursion ; nous aurons soin de ne pas nous y arrêter plus que de raison.

Considérons d'abord la côte maritime actuelle : nous y verrons des noms évidemment récents; ce sont des églises, chapelles (3), etc., preuve que ces bourgades sont récentes et postérieures à l'introduction du christianisme dans ce pays.

(1) Aux marées d'équinoxe, le niveau de la mer est de plus d'un mélre audessus du seuil de la vanne de la porte d'eau de St-Omcr. ( Notice sur St-Omer ).

(2) Il s'agissait de quelques tles flottantes que leur propriétaire ne retrouvait plus ; et pour lesquelles, dit M. Piers, un procès fut intenté à ses voisins.

(3) Dunkerque. Adynkcrque, Nordkerke, Oostkcrke, Houdekcrke, G»udekcrke, Matiakerke. etc.. Eloy-Capellc, Jaus-Capellc, Pieter-dpellc, Jacob- Capelle, etc.

34 F.TLDF. DU SOL !)F. LA FLANDRE

A l'est de l'Yper, ces noms sont plus rares; ils y ont un cachet plus moderne et l'empreinte du wallon y est incontestable ( 4 ). La raison en eut que les premières de ces bourgades ont été nommées dans un temps où la religion chrétienne dominait; mais, dans les terres plus éloignées du littoral , où il n'y avait pas occasion d'en former de nouvelles, les anciennes y conservèrent leurs anciens noms. On n'en trouve en effet qu'un très petit nombre qui portent le caractère chrétien ; or, il est certain que le christianisme, pour arriver aux côtes, a traversé l'intérieur du continent; et, si le littoral rappelle des noms inspirés par l'influence chrétienne, c'est que les terres qui longent la lisière maritime ont été habitées en dernier lieu. Cela une fois admis, on conçoit que les bourgades aient été marquées de cette influence et placées sous l'invocation de quelque saint. Dans les terres habitées avant l'introduction du christianisme, les lieux auront conservé les noms qu'ils avaient reçus auparavant; les bourgades nouvelles qu'on y aura formées doivent donc y être moins nombreuses que le long de la mer ; et celles qu'on y aura nommées sous l'inspiration des doctrines nouvelles seront aussi plus récentes; et, réellement, ce double effet se remarque dans tout le pays : on voit que les noms les plus nombreux dans l'intérieur des terres empruntent leurs dénominations à des causes matérielles.

Cette particularité s'explique encore très bien, si l'on admet qu'après être sortie du sein des eaux , la Flandre a été habitée par des peuplades qui , faute d'idées plus relevées , auraient emprunté à la nature physique les noms de leurs localités. C'est là, en effet, qu'abondent les noms terminés en becque (ruisseau), sterne ( rocher ou terre dure ) , brouck (marais ) , tnoeres ( mers ) , wastines ( déserts), zcele y que nous interprétons par cordon, limite, territoire. Sur la partie intermédiaire, le cachet chrétien se trouve, lui même, mêlé à ces idées physiques.

A celui qui repousserait nos inductions, nous demanderions comment il s'expliquerait, dans l'intérieur des terres, l'existence des localités appelées Zeee-Capelïe (Chapelle de la Mer), et une foule de noms de ce genre que nous pourrions joindre à ceux-ci (2 ) !

(1) Ce sont : Wallon-Capelle , Neuve-Eglise, Sainte-Catelyne, Notre-Damedea-Neiges, Saint-Nicolas, Saint-Riquier, etc.

(2) Le P. Lahsies cite, comme noms rappelant le séjour des eaux : Marbaix, Maroilles, Marpont, Marchiennes, Marchinelles, Mérigntes, Merville, Marchipont, Mortagne, etc.

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Le Littoral aux temps anti-historiques. 35

Notons, d'ailleurs, qu'en plusieurs endroits, les terres du littoral ont été déposées sur de» lieux autrefois habités ; on y trouve des voûtes souterraines, des médailles gauloises, des vases étrusques (1).

Avançons encore à l'Est : commençons une seconde ligne parallèle à la côte et suivons la série des hauteurs que nous avons citées précédemment ; nous y comprendrons Hogstade (haute ville) , Ravensberg (mont du Corbeau) et toute la série des lieux eu zeele ; Bissenzeele (2J, Strazeele, Leder zeele, Brozeele, (que nous traduisons par limite des via rais) y Bol le zeele, Vlierzeele (limite du canal), H er zeele, An de r zeele, Winnezeele, Leyzeele, Vormezeele, Dadizeele, Ztoevezeelle , Seezeele (limite de la mer), Duzeele, etc., bourgades qui sont toutes situées sur les éminences du pays, et qui ont dû être habitées les premières, quand les eaux couvraient les plaines et s'opposaient encore à ce que les hommes en prissent possession. Nous avons tiré sur la carte ci-jointe, une ligne qui indique l'ensemble que nous venons de signaler (3).

Sortant des conjectures et rentrant dans les terres fermes de l'histoire, terminons ces considérations en faisant remarquer que des titres de 753 nomment Malines Maris-Linea^ que des auteurs traduisent par reflux de la mer (4). En 870 Lière se nommait Ledo; or, ce mot, en goth , signifie aussi reflux de la mer. En 613, Charlemagne inspectait à Gand la flotte destinée à combattre les Normands ; le système des eaux y était donc autrement étendu qu'aujourd'hui.

La plupart des localités de l'arrondissement de Lille portent, d Vleurs, des traces de la présence des eaui : àBouvines, des cultivateurs ont vu leur champ couvert d'une eau permanente et poissonneuse : à Mons-en-Pévèle, on trouve des masses de coquilles marines qui ont encore leur forme et même leur nacré chatoyant ; plusieurs noms rappellent les eaux: Fiers- sur- l'Escrebieux, signifie : terrain couvert d y eaux (5). Fives veut dire : cinq sources (6), (elles sont aujourd'hui presque taries). Fâches, terres incultes (7). Tressin , trois marais (8).

(1) DeBaot, page 294.

(2) Bissenzeele est nommé , dans le pays, la séparation du monde. Zeele signifie, en thiois : cordon, limite ; c'est , selon nous, le sens qu'il a en composition.

(3) Voyez la deuxième Carte de la Flandre, pour servir à Vêtude du sol de de cette Province.

(4) Dewez : Histoire particulière des Provinces belges, III. — 107. (5, 6, 7 et 8) Odthilloedl : Petites Histoires.

ÉTUDE DU SOL DE LA. FLANDRE

Des actes da XVII # siècle, mentionnent des travaux à faire à des coullants d'eau venant de Ronckin et existant au faubourg des Malades; il n'en reste plus, aujourd'hui, de traces. On peut seulement regarder, comme le lit desséché d'une ancienne rivière, certain terrain qui se trouve sur la commune des Moulins, près de l'embranchement des routes de Douai et d'Arras.

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