‹ Histoire de LilleChapitre 6 sur 47 · XV. CONSIDÉRATIONS ETHNOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

XV. CONSIDÉRATIONS ETHNOGRAPHIQUES

endant plus de dix siècles , des peuples divers , accourus successivement des contrées du Nord , se dirigèrent vers le midi de l'Europe. Un grand nombre d'entre eux arrivaient dans la Gaule , où ils se fixaient un temps plus ou moins long. De nouvelles hordes ne tardaient pas à suivre les précédentes et à les pousser en avant. Poussées , à leur tour, par d'autres nations, elles avançaient de contrée en contrée. Ces mouvements , commencés avant César, qui trouva dans nos provinces des colons venus de Germanie, se prolongèrent au-delà de Tan 900. Ils prirent, surtout, une activité remarquable à partir du II* siècle de l'ère chrétienne. Tout cédait à ces torrents dévastateurs, qui s'étendirent aussi sur la Gaule, l'Italie, l'Espagne ; et allèrent même jusqu'en Afrique y établir le siège du royaume des Vandales.

C'est un grand et mystérieux spectacle que celui de l'Europe à cette époque. La source de ces fleuves intarissables est restée cachée aux regards investigateurs de l'histoire, et l'on en est encore réduit à des conjectures sur un des faits les plus généraux et les plus importants des annales de l'humanité. Ce n'est point ici le lieu de rappeler tontes les hypothèses qui ont été faites à ce sujet et celles que nous avons, nous-même, hasardées (1). Il suffit de les signaler au lecteur.

Non-seulement nos contrées furent occupées par les Mcnapiens, les Nerviens, les Morins ; mais on y vit antérieurement les Kattes, puis les Danois, les Lombards, les Goths, les Huns, les Francs, les Ruthéuicns , les Saxons , les Normands ; auxquels on peut joindre les Suèvcs , les Vandales , les Hérules, les Angles , les Teutons , les Celtes , les Plumosicns , les Grusons ou Grudiens , ou Gorduniens , et

(1 ) Cnmidérations sur les lois de la progression des Langues.

Origine asiatique des Flamands. 37

plusieurs autres encore que nous ont nommés les chroniques du pays (d).

Au milieu de la confusion que devait faire naître un pareil état de choses, un fait très-remarquable et fort peu croyable au premier abord, se retrouve dans plusieurs des historiens qui ont traité des premiers temps de la Flandre. Ce fait , c'est Y origine asiatique qu'on y donne aux habitants de ce pays.

Suivant quelques auteurs, les hommes de notre contrée proviendraient d'une colonie d'Egyptiens laissés par Sésostris aux environs de la Mer- Noire. Ces colons, après s'être livrés aux hasards de la mer, seraient enfin arrivés aux rivages de la Flandre. Ce qui est certain, c'est que sous le régne de l'empereur Promis, une poignée de Francs (2) qui avaient été transportés dans le Pont, ayant trouvé à s'emparer de quelques vaisseaux, se mirent en mer, traversèrent le bosphore de Thrace , la Propontide , l'Hellespont ; puis , ayant passé le détroit de Gibraltar, tourné l'Espagne et côtoyé la Gaule, ils arrivèrent jusqu'à l'embouchure du Rhin.

Ëycke, traducteur du Miroir de Saxe, affirme que , postérieurement à la conquête de l'Asie par Alexandre -le-Grand, et après la mort de ce prince, une partie de ses soldats se seraient jetés dans trois cents bateaux qu'il nomme coggere, dont deux cent quarante-six firent naufrage. Après une navigation longue et périlleuse, vingt-deux de ces embarcations auraient pénétré en Russie , par la mer Baltique; dixhuit seraient arrivées en Prusse; quatorze se seraient arrêtées aux rives de la Flandre (3).

Consignons que, dans cette légende, comme dans la précédente, il est question d'un grand guerrier qui abandonne les siens dans une contrée asiatique , et de soldats qui, partant de ce point éloigné , arrivent jusqu'en Flandre. Ces lointaines pérégrinations ne sont pas sans exemple : le chef de la monarchie des Visigolhs porte même un nom sanscrit et par conséquent asiatique : Amalaric signifie : roi sans tache. Quant aux bateaux coggers , nous pouvons remar-

(1) Dans le livre V de ses Commentaires, César parle des Centrâmes que quelques personnes rapportent à Courtrai; des Gntdii, qu'elles pensent être de Bruges; des Lccaci, de Louvain ; des Plcvmosii, de Tournai; des Gorduni, de Gand.

(8) Cbetier Histoire des Empereurs romains. XI — 158. (3) Va»»I!BHAbi Histoire des Châtelains de Lifte, page J5

38 ÉTUDE DO SOL DE LA FLANDRE-

quer que des barques flamandes sont nommées cogga dans des titre* deH63(l).

Une singulière ressemblance dans l'idiome de deux contrées lointaines a été mise en relief par notre compatriote l'ambassadeur Augcr, de Bousbeeque. Dans ses voyages aux bords du Pont-Euxin et sur les rives du Don , il signale une grande analogie entre la langue de ce pays et celle de la Flandre; il cite un assez grand nombre de mots qui y sont identiques.

D'autres écrivains disent qu'un roi de Phrygie, nommé Bavo, parent de Priant, craignant que les Grecs, vainqueurs de Troie, n'envahissent ses états, pour le punir d'avoir donné asyle aux vaincus, fit équiper secrètement des vaisseaux sur lesquels il s'embarqua suivi d'un peuple immense et de deux cent mille soldats à la tête desquels il vainquit toutes les nations jusqu'au Rhin ; prit le titre de roi des Belges et bâtit, depuis, la ville de Bavai. Cette ville, suivant Lambicz, est constamment appelée par les auteurs latins, la seconde Troye et assimilée à la divine Ilion (2).

L'auteur qui nous rapporte les faits que nous venons de citer (3), s'étonne peu qu'un monarque si puissant ne soit pas resté chei lui , où les Grecs se seraient bien gardés d'aller le provoquer. Passons done là-dessus, mais notons que cette version a des traits de conformité avec les précédentes.

En d'à utres livres, nous voyons que des malheureux échappés d'Ilion seraient venus en Pannonie , sous la conduite de Francus , fils d'Hector, et que, de là, ils seraient descendus vers la Gaule. C'est ce que nous apprend Jacques de Guyse, partisan prononcé de cette illustre origine.

Ailleurs, on fait remonter l'origine des Flamands jusqu'aux vainqueurs de Troie. Ulysse, le célèbre Ulysse, aurait abordé aux rives du Sinus-Itius , non sans laisser de traces ; car on retrouverait son nom dans Vlysseghem; et celui de son père, Laérte, dan* Saint-Martinau-Laerty près de Saint-Omer. Cette opinion avait déjà cours du temps

(1) Inventaire des Archives de la Chambre des Comités de Lille, I . Loi» de Nieuport.

(2) Voyez les pages 191 et suivantes de V Histoire monument aire du nord des Gaules , par le P. Lambiez.

(5) Si noire mémoire es» ndè'c, c'est Vamhrwyck. Il commence son histoire à la cliûtc des angos.

Origine asiatique des Flamand*. 39

de Tacite ( 1). Ailleurs encore , on nous fait descendre des Scythes d'Asie (2), et Ton fiait remarquer le nom à'Austrasie (Asie du Midi) donnée à une province voisine. Lucain, qui vivait quarante on* avant l'ère chrétienne , autorise quelques personnes à penser que les habitants de ce territoire qu'on appela ensuite la Flandre wallonne , prétendaient alors se rattacher à une origine grecque ou troyenne (3). Toutes ces opinions peuvent n'être pas (ondées; on voit du moins qu'elles ne sont pas nouvelles.

Sanderus (4) cite un certain nombre de mots flamands, qui ont leurs semblables en grec. César ( 5) dit que la langue grecque était généralement connue des Druides, qui remployaient dans les affaires publiques et privées. Une médaille qui porte le cheval gaulois offre le nom de Tournai écrit en lettres grecques.

Dans notre voisinage , nous avons un village dont le nom est probablement grec : Genech (Gyneicum, Gynécée), C'était une tisseranderic publique où Ton travaillait pour les armées romaines. Enfin , sur la carte de Peutinger, se trouve, près de la mer Noire , une peuplade qui émigra en remontant le Danube, et qui est appelée Nipt.i, Nervii; les Nerviens sont les premiers habitants de ces contrées.

Dans la Fie de Saint -Amand, et en parlant de l'abbaye qui reçut le nom de cet évêque, Philippe de Harveng dit qu'elle est située sur la frontière des Ménapiens, et qu'elle touche aux Propon tiens ( 6 ).

Nous n'avons pas l'intention de présenter comme identiques le fond de toutes ces traditions; nous nous bornons à signaler ce qu'elles ont de commun : Vorigine asiatique attribuée à nos ancêtres.

Une opinion qui , du reste , ne diffère pas de la précédente autant qu'on le penserait d'abord , nous donne une origine celtique. César

(1) Tacite: de Germ. oap. HT, Cœterum et Ulyxem quidam opinant ur ... .

(2) Les Belges étaient appelés Celto-Seythes; voyez Becueil des Historiens des Gaules : I - 595.

(5) Et docilis rector monstrati Belga covini; Anémique ausi Latio se ftngere fratres, Sanguine ab lliaco populi; nimiumque rebellis Nervius , et eassi pollutvs sanguine Cottœ.

(Phars. 1. — 426.)

(4 ) Flandria illustrata : I. — 16.

(») Commentaires : Liv. VI.

(6) Archives historiques et littéraires du nord de la France et du midi de Li Belgique, par MM. Aimé Lbrot et Arthur Disaux II - 38.

40 ÉTUDE DU SOL DE LA FLANDRE

nous noyait Germains (1); ce qui, au fond, est absolument la même chose.

Jetons maintenant un regard sur les noms des lieux de terroir. Ces noms sont des monuments d'une grande importance. Nul d'eux n'a été donné au hazard. Tous portent, plus ou moins, l'empreinte de leur origine ; ce sont comme des espèces de médailles , qui révèlent à l'observateur , des faits dont les annales ne font pas toujours mention -, mais qui n'en sont pas moins certains. Nous verrons , en effet, que plusieurs noms de lieux confirment plus d'un point de la tradition ; et que d'autres nous découvrent des circonstances inattendues qui ne sont enregistrées nulle part.

Nous prions le lecteur de nous permettre de le conduire , un moment, dans le domaine de la philologie; nous serons aussi bref que possible.

Un assez grand nombre de localités de notre pays ont leur nom terminé en ghem; par exemple : Verlinghem, Capinghem, Frelinghem , Radinghem, etc. — Voir la Carte ci- jointe (2).

Or, le mot allemand gemach signifie Iiabitation; ghemente, flamand, signifie commune, village, ville; ce que nous nommons Mcrville, est en flamand Mer ghem : ghen, ghien, ghin, sont des altérations de ghem, et conservent, dans ces noms de lieux, la valeur de ville; ainsi qu'il en est de Romainville, Sabhmville, etc.

Sweveghem, au nord de Courtrai, doit donc être rapporté aux Suèves (3); Swevezeele est l'habitation des Suèves, la limite où ce

(1) Lib. IV. — Cap. 3 et 4 : Menapii ad utramqiu ripam fiuminis (Bheni) agros, œdificia, vicosque habent. — Pline : liv. IV. dit, en parlant d'eux : A Scalde incolunt.

(2) Le département du Nord ne compte pas moins de quinze villages dont le nom se termine en ghem ; dans la Flandre , proprement dite , ils sont presque innombrables. — La Carte indiquée est la 2 e Carte de Flandre.

(5) D'après Suktohe, chap. IX, Tibère aurait transporté des Suèves dans la Gaule. — St.-Eloi trouva, aux environs de Courtrai et de Bruges, des Suèves dont il ne put se faire entendre que par un interprète (Waemuerio : I, 118). La finale ghem» d'ailleurs des analogues dans la formation des noms de ville en un grand nombre de pays : c'est den, en goth; ton ou town, en anglais ; gor, gherd, en persan, slave et germain ; gord ou grod, en slave ; gratz, en bohémien; var, en hongrois. (Ex. Drinovar ou Drinopolis). Pau, en langue d'oil; beled, c» arabe; borg, en suédois ; borouyh , m anglais ; bourg, en flamand ; brig, en ibérique; charta,

Origine du A'om flamand. H

peuple s'est avancé vers la mer. Moringhom est la cilé des Morins; Vlammertinghen, celle des Flamands , Vendeville, (en latin Vandalorum villa), près de Tcmpleraars, est une localité des Vandales; Vendegies (4) doit être mis dans la même catégorie. D'ailleurs, tout le pays de Gand , Alost et Audenaerde , fut appelé le pays de Vaudt ou Waudt (2), lorsque Carocq, chef des Vandales, en eut fait la conquête.

On dit que, du quatrième au cinquième siècle, les Goths nous apportèrent leurs Dieux (3) et leur mythologie. Faut-il rapporter à Odin, \eur grande divinité, les noms de Odinghem, Odingexelc? Ou bien , suivant 1 etymologie flamande , incontestable dans Audenaerde, (terre des bois), les foire dériver des forêts environnantes (4)?

Un village de l'arrondissement de Dunkerque s'appelle Hondeghem ou Quienville : ville de chiens , épithète injurieuse qui n'a pu être donnée à ce lieu par ses propres habitants, non plus que Hondschoote : race de chiens (5). C'est, probablement, quelque peuplade vaincue à laquelle le vainqueur aura infligé cet opprobre ; et que la force, seul droit des nations barbares , ensuite l'habitude, puissance supérieure à bien des révolutions, auront fixée à jamais.

Suivant quelques auteurs (6), Flamand, signifie fuyard, émigrant. Une pareille interprétation, si elle était fidèle, prouverait que les Fla-

cn phénicien; caza, en portugais , cirta, en arménien; citta, en italien; stadt, en allemand ; city, en anglais; ciudad, en espagnol; tria, en basque; nargar, en sanscrit; nour, en chiogalais; etc.

(1) Un diplôme de 911 donne ce village à la cathédrale de Cambrai. (Dotillobul: Petites Histoires, page 125).— Dovivin : Echo du Monde savant, N° 646 page 589, dit que giss, gi, t, finales des noms de lieux, signifient contrée, en celte. — Les Gaulois étaient originaires des Celtes. — Plotaich : in Camillo — Pausasias : exAttic. I, fol. 6. — Dom Bouquet: I. p. 30. — Dio Camrm: fol. 491.

(2) Annales ecclésiastiques, II. 684.

(5) Histoire de la Belgique , par De Smet, page 11.

( 4 ) Selon qu'on adopte Tune ou l'autre de ces explications , Oudingesele , signifie compagnons d'Oudin, ou compagnons de la forêf; Oudinghem : ville d'Oudin ou ville des bois.

(5 ) Schot ou Schoot signifie lieu de défense , enclos; en vieux français plessis. — Hond : chien. — Schoot : rejeton, giron, sein.

(6) WAawK.os*io : Histoire de la Flandre. I — 119.

ÉTUDE DU SOL DE LA FLANDRE

manda ont un nom infligé. A moins qu'on admette qu'une partie dès-habitants d'un pays ait qualifié , de la sorte, les émigrants, ceux qui quittaient le sol de la patrie. Il faudrait, peut-être , préférer encore l'avis de ceux qui rapportent ce nom à une distinction tirée de la loi des Allemands, qui divise la nation en trois classes : les Meliorissimi y les Mediani, les Menofledi (1 ). Cette dernière classe désigne les fledmen attachés au manoir ; ces hommes ont dû, naturellement , et plus tôt que les autres, composer l'émigration , et ils en ont pu recevoir le nom de Fledmen , ou Flamands.

Pour contenter tous les goûts, en fait d etymologie, n'omettons pas l'opinion de Vredius, qui fait dériver Flandre de Fry-Lander, (terra franca ) ni celle de Leroux , auteur du Recueil de la Noblesse de Bourgogne et de Limbourg, qui feit venir Flandre, des vents qui soufflaient avec impétuosité contre les forêts, dont le pays était autrefois couvert; ni, enfin, celle qu'on trouve dans les Généalogies et anciennes descentes des Forestiers (2), qui la rapportent à flatibus ou fiuctibus.

Quoiqu'il en soit , aucun titre antérieur à 678 ne mentionne le nom de Flandre : il apparaît, pour la première fois, dans la vie de St- Éloi , écrite par St-Ouen. Par la suite , ce mot désigne Bruges et ses environs. Dans Ducange, flampedes est employé une fois pour flandrenses.

Une ville, maintenant détruite, mais qui existait non loin de Niouport, s'appelait Lombardzyde : siège, résidence des Lombards. Les Lombards : longues lances , y étaient arrivés par la mer. Cette épithète a pu désigner leurs armées, sans qu'elle fut le nom de la nation elle-même.

Vers 291 , Maximien donna des terres à cultiver dans la Morinie, qui venait d'être dépeuplée par les ravages des Barbares. Etait-ce ces Lombards? Avant eux, avec eux, après eux arrivèrent aussi par la mer les Danois, les Saxons , les Senes , qui reçurent le nom générique de Norman* , hommes du Nord. Leurs incursions se prolongèrent jusqu'en 944. Nous avons Noormans-Cappel , près d'Ysendick.

La ville à'Huht était le Portus Saxonum, Saxi-Portus, et toute la côte s'appelait le Litlus Saxonicum. Hantay, dans le département du Nord, doit son origine aux Saxons que Charlemagne y fit transporter,

(1) Eusèbc Salve&tb : IL 151.

(2) Anvers : 1578, in-folio page 9. — On appelait la Flandre Ntmorensis , /Extvaria.

Les Haltes m Flandre.

cl son nom . à un canal qu'ils creusèrent pour faire écouler les eaux de ce terrain marécageux (1).

Les Cimbres, originaires des Danois et des Saxons (2), vinrent aussi dans le pays. On attribue , mais à tort , à Camber ou Cambron, un de leurs chefs, la fondation de Cambrai. Ces peuples essartèrent les forêts voisines de la mer ; mais des inondations fréquentes les forcèrent à se retirer. En 445, ils faisaient la guerre auxMorins: les Rhuthéniens, autres peuples de la Germanie, vinrent à leur tour. C'est d'eux que provient le Rhuten, nom duquel les nautoniers flamands appelaient les ports et les rivages de la mer. Dans les écrivains romans, la Flandre est désignée par le mot de Hu thé lie ou Ruthénie.

En 385, les Huns , les Golhs et les Celtes ravageaient le pays , les Bagaudes s'exilaient et partaient pour l'Allemagne.

C'est de la Hesse que nous vinrent les Kattes : Kalh y en saxon, signifie guerrier; (César, qui les avait combattus, les désigne sous le nom de Suèves). Ces peuples ont laissé fréquemment leur nom dans l'Europe et ailleurs Sans compter Kattigara , port de Thinœ, aujourd'hui Mergi, dans le royaume de Siam ; ni même le Katiegat : porte des Kattes , qui est trop loin de nous, nous avons, en Flandre, le Kattewyck, près d'Anvers ; le Katsberg : mont des Kattes, près de Cassel et de Bailleul (3); le Kaltebeke : ruisseau des Kattes, qui se jette dans rEstanfbrde , affluent de l'Yser. Kattuaci, Tuaci, Duaci ; (ceux de Douai ), se rattache , peut-être , à cette origine. Quant à Vermoutcat , indiquerait-il un lieu où les Kattes auraient été défaits?

Au surplus , ces Kattes poursuivirent leurs courses jusqu'à Caen : Cath-Rurgum ; Catheim , Cathen : ville des guerriers. Des bords du Weser, ils allèrent fonder une colonie, souche des Cat-Uriges y dans le territoire d'Embrun et de Briançon; dans le département de la Mo* selle, ils bâtirent Katterum, etc. , Selon Furetière (4), les Kattes, ou

(1) Hantay, de haut : main; et de teych, canal : canal creusé par la main de I homme.

(2) Annales ecclésiastiques , tome II. page 614.

(5) Tacite : de moribus Germanorum, cap. III, parle d'un Mon* CutUrum, qu'on estime être le Mont-Cassel. — Voyez, dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France, tome II, p 51 , le Programme des principales Recherches à faire sur l'histoire et les antiquités du département du Nord , par M. le docteur Le Glat.

(4) Voyez son Dictionnaire historique, article France.

44 KTUDE DU SOL DE LA FLANDRE

Hessiens, étaient le plus paissant des peuples qui composaient la nation franque. En Hesse, Vranghe, primitif de France, veut dire féroce (1). Les ancêtres d'une partie des Flamands, chez qui, de nos jours, la France est encore dénommée Vrankrik, seraient donc aussi la souche d'une partie de la nation française.

Les Francs , qui sont bien incontestablement d'origine germaine, vinrent à leur tour ; et tous ces éléments divers formèrent le fond de la nation belge.

Outre les mouvements généraux qui amenaient sur le sol de la Flandre tous ces étrangers , il y avait aussi des déplacements plus ou moins considérables parmi les fragments de la population elle-même. C'est à une cause semblable qu'il faut attribuer ces homonymes dont plusieurs sont si embarrassants.

Nous avons des Bretons en France , il y en a en Angleterre qui conservent la même langue : le celte. On trouve des deux côtés du détroit des Menapii, des Parisii; ainsi nous avons Samer (du latin samera: semence d'orme), près Boulogne ; Samerghem, à trois lieues de Gand, et Samertown, à neuf lieues de Dorchester; Tenue , (la Tamise) , en Angleterre ; et Temp$eca> sur les bords de l'Escaut (2). Nous avons Aix en Pcvèle, comme nous avons Aix en Provence, Aix-la-Chapelle; Lomme, près de Lille, Lorame, près de Namur. Sur le versant septentrional des Pyrénées, comme près de la Meuse et du Rhin ( 3 ) , existent un Bruges, un Gand, un Tournai, etc.

Nous pourrions étendre de beaucoup cette nomenclature; mais nous la finirons en citant la Flamengrie , arrondissement d'Avesnes , qui semble devoir son origine à une colonie venue de la Flandre : les bonnets plats et plissés des femmes de ce village rappellent encore ceux des Flamandes , proprement dits.

César, lors de son arrivée dans nos contrées, estima à neuf mille le nombre des guerriers Ménapiens, à vingt-cinq mille ceux des Morins et à cinquante mille ceux des Nerviens. Si l'on s'en rapporte aux auteurs qui ont parlé de la géographie de notre pays, ces derniers s'étendaient dans le Hainaut et le Nord de la France. De petites tribus qu'ils avaient soumises occupaient probablement la côte de la Flandre

(1) Dictionnaire encyclopédique, 1841. page 229.

(2) Tilres de 772 et de 870. — Voyez WAtnuura : Histoire de la Flandre, tome I, page 129.

( 3 ) Voyez I)k Bast , pages 72 et 80.

Délimitation de la Langue française et de la Langue flamande. 45

occidentale, puisqu'on l'appelait Nervicanus Tractus (1). Les Ménapien8, ancêtres des Lillois , arrivaient de la Westphalie ; ils passèrent par la Hollande et le Brabant septentrional et vinrent peupler le territoire qui constitua depuis la châtellenie de Lille, Courtrai » Gand et même jusqu'à Bruges et Audenacrde, le long de la rive gauche de I Escaut, Ters Anvers , ainsi que les côtes jusqu'aux frontières des Morins (2). Un titre de 10&Ô (3) nous apprend même qu a cette époque Cassel était compris dans le quartier des Ménapiens.

Aux nombreuses invasions dont la Flandre fut l'objet de la part des peuples du Nord , il fout ajouter celles qu'y firent les peuples du Midi. On a longtemps cherché à quelle limite les deux occupations s'étaient d'abord arrêtées et quelle ligne les avait séparées. Nous avons cru devoir aussi dire notre mot; et voici de quel point nous sommes partis pour apprécier la double action qu'il fallait constater :

Les premiers établissements fondés dans un pays ont dû se former le long des rivières , où Ton trouve les nécessités de la vie : eau , feu et voies de communication. Eau, dans le courant; feu, dans les bois qui les avoisinent toujours ; voies de transport , sur la surface même des rivières. Nous avons donc examiné quels établissements , quelles villes , quels villages offraient dans leurs noms primitifs des différences formelles d'origine. Or, voici ce qu'avec nous chacun peut, d'abord, remarquer :

Le mot allemand bach signifie ruisseau. Il s'est transforme selon les lois ordinaires, en behe ou becque en flamand. La foule des noms de lieux qui ont cette finale et qui sont sur le bord des cours d'eau se rapportent donc à une origine septentrionale ou germaine (4). Et, c'est surtout entre l'Escaut et la mer que s'en trouve la plus grande quantité.

Aune latitude qui approche de celle de Courtrai, on les voit devenir plus rares, puis disparaître tout-à-fait. Au contraire, en avançant vers l'Est, on voit, le long des ruisseaux , beaucoup de noms terminés

(J ) Malte-Bec* : tome I, page 272.

(2) Wahkk.obhic : tome 1, page 118.

(5) Saikt-Gekois : page 458.

(4) Par exemple: Bambecque. Escobccque , Esqurlbecquc , Morbccque , Stecnbccquc, etc.

ÉTUDE DU SOI. DE LA FLAN DUE-

en ries (4). Or, la finale ries est un dérivé de rivus , c'est une racine méridionale ; et il est évident qu'un peuple autre que le précédent a primitivement habité ces lieux et leur a imposé des noms.

Ainsi que le fait remarquer Rapsaet (2), les provinces wallonnes occupent une enclave qui représente à peu près le pays qu'habitaient les Nerviens, les Eburons et les A tua tiques ; il nous semble donc trèsprobable que la limite qui sépara originairement les deux peuples du Nord et du Midi est tracée par cette différence des noms.

Depuis cette époque, la langue wallonne a étendu ses conquêtes sur le territoire germain ; on parle aujourd'hui le français dans beaucoup de localités où régnait autrefois la langue du Nord.

Il était intéressant de savoir quelle progression avait suivie ce travail ; et nous croyons fournir au lecteur des documents intéressants en mettant sous ses yeux la carte de la délimitation actuelle de la langue française et de la langue flamande (3). Nous avons dressé cette carte sur les documents authentiques que nous reproduisons ci-dessous , après en avoir fait l'objet d'un mémoire fourni à la Commission historique du département du Nord, en Décembre 1843.

On est encore à discuter sur l'origine de la langue flamande et sur les peuples qui l'ont importée dans le pays où elle règne aujourd'hui. Ce*t un point qui pourra être longtemps controversé; mais un fait important que l'on peut constater, c'est l'étendue même du territoire qu'elle embrasse.

Pour y parvenir nous avons dépouillé les réponses au questionnaire que la Commission historique du département du Nord a adressé aux maires des communes.

Voici comment nous avons procédé :

Nous avons fait une classe à part des questionnaires relatifs aux communes où l'on ne parle que flamand ; une seconde division a renfermé ceux des localités où les deux laugues sont parlées, mais où le flamand domine; une troisième section contieut ce qui est relatif aux lieux où les deux idiomes sont également employés ; une quatrième pour ceux où le français règne seul. Nous avons réuni à part les réponses qui fournissent des renseignements plus détaillés et qui prouvent dans leurs auteurs plus de concours et de bonne volonté; nous citons, sous ce rapport, ceux de Steenwerck, de Gravelines , de Bailleul, et surtout de Dunkerque.

(1) Notamment Aymeries, Bermeries, Déhdries, Fellerics, Romeries, Semeries.

(2) Voyez Dx Smet : tome I, page 80.

(5) Voyez la Carte de la délimitation des deu.v Langue* dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

bèlimùation de la Langue française et de la /Mnyue flamande. 47

Ce premier dépouillement opéré , uous avons marqué, sur une carie d'assez grande dimension, le résultat des renseignements obtenus; et, pour cela, uous avons adopté les signes suivants :

Une seule ligne horiznotale , mise au-dessous du nom d une localité, indique

que l'on y parle exclusivement le flamand.

Deux, lignes semblables et parallèles i^nz indiquent la langue française, et signifient qu'elle est seule mise en pratique. Nous avons conservé ces signes qui se prêtent facilement à toutes les indications nécessaires. En effet, faut-il indiquer que les deux langues sont également parlées? Nous mettons les deux emblèmes l'un à côté de l'autre — Faut-il indiquer que le flamand domine? Nous l'exprimons naturellement ainsi Au contraire, pour dire que c'est le français qui l'emporte, nous traçons ■

Après avoir ainsi marqué, d'une manière facile à saisir, les détails linguistiques dont nous avions besoin, nous avoos fait passer une ligne par les diverses localités où le flamand domine et qui sont les plus voisines de celles où cette langue règne seule; nous avons aussi obtenu une courbe très-accidentée, mais qui renferme dans sa périphérie toutes les localités purement flamandes; la limite elle même uous montrant jusqu'où le français s'est avancé à la conquête du pays.

Nous avons alors fait passer une seconde ligne par les localités où les langues sout également cultivées. Celle-ci s'est trouvée extérieure à la première, et nous a montré en quels lieux l'équilibre s'est établi dans la lutte entre les deux idiomes.

Nous en avons tracé une troisième, en passant par les communes où domine le français. Ainsi qu'on devait s'j attendre, cette ligne est encore extérieure à la précédente. Enfin, une autre ligne a lié entr'eux les endroits les plus voisins des précédents , où le français règne seul. Celle-ci devait circonscrire toutes les autres. C'est en effet ce qui arrive.

Nous avous alors pris uo calque de ces divers traits, et nous les avons rendus plus saisissables à l'œil par des teintes coloriées.

En jetant les yeux sur ce tableau, on acquiert, à l instant, la conviction que la langue flamande tend, par une marche assez rapide, à se retirer devant la langue française. Celleci presse de toutes paris son adversaire; et, outre l'attaque qu'elle lui fait à l'extérieur, elle s'infiltre dans le pays par une trouée qui suit à peu près la grande mute de Lille à Duukerque. Dans cette dernière ville, elle-même, les choses ont pris, depuis cinquante ans, une position inverse : eu 1780, le flamand y dominait, aujourd'hui c'est le français; qui , d'ailleurs , gagne aussi le long des côtes.

L'inspection détaillée nous fait arriver à des résultats qui confirment le précédent, et qui ne sont pas sans intérêt.

Ainsi, la marche progressive du fiançais est prouvée par les noms flamands des lieux où cette dernière langue est inconnue depuis un temps immémorial. Exemple : Offekerque, Nordkerque, Zuydkerque, Loon, Ste-Mariekerke.

Ces communes , où le français domine aujourd'hui , sont évidemment d'origine flamande, et l'on ne peut s'arrêter à l'idée que c'est la langue flamande qui s'est avancée sur le territoire français. On peut, en effet suivre cette ligne :

Holque, Watlcn , Craywick, Sainl-Pierrebrouck , Cappellebrouck, Looberghe , Brouckerque, Spicker, Mardyck;

Staple, Sercus, Boesegbem , Haverskerque , Hazrbrouck, Me iris, Bailleul.

48 ÉTUDE DU SOL DE LA FLANDRE

Deux percées, qui aboutissent à Dunkerque, se sont faites à travers le pays flamand, ainsi qu'on peut le voir :

L'une par Houtkerque, Bambecque, Kitlem, Hondst-hootc , Moerkerque;

L'autre parCassel, Noordpeene, Ledringhem , Bullezeele, Esquelbecque , Wylder, Quadypre, Bergues, Coudekerque, Têteghem.

Le flamand règne seul , dans le groupe du Nord : à Grande-Synthe , Arembouts- Cappelle, Bierne , Pitgam, Crochle, Socx, Dringam, Rissezeele, Zegerscappel , Wulverdinghe , Yolkerinckove, Rubrouck, Broxeele , Arnéke, Zermezeele, Buysscheure Ochtezeele;

Dans le groupe du Midi , à Terdeghem , Eecke, St-Syivestre-Cappel , Houdeghem, Bore , Pradelles , Strazeele , Morbecque , Steenbeque ;

Dans le groupe de l'Est, à Leffrinckouckc, Uxem, Herzecle, Oudezeele, Winnezeele, Zermezeele, Hardifort , Wemaers-Cappel, Zuydpcene.

Quelques points peu nombreux semblent se soustraire à la classification générale. Ainsi: Rute, bameau de Bourbourg; la Motte-au-Bois, près Morbecque, parlent français , tandis que les environs sont flamands ; de même , le Haut-Pont , faubourg de St-Omer; Pré-à-Vin, près Merville, parlent flamand, et sont isolés au milieu d'une population française. Remarquons, d'ailleurs, que ces noms sont français (*).

Le Neuf-Fossé d'Aire à Saint-Omer était autrefois considéré comme la ligne de démarcation des deux langues. Aujourd'hui, il est constaté que le français a franchi celte barrière, et est arrivé jusqu'à Staple; il est seul parlé à Renescure, à Thiennes, à Haverskerque ; il domine à Blaringhem, Boeseghem ; il est parlé conjointement avec le flamand à Lynde; il est plus ou moins connu à Ebblingbem, Wallon Capelle, Serais.

La Lys séparait jadis le domaine des deux langues , comme le prouvent certains proverbes usités dans les localités qui avoisinent Steenwerck et d'autres communes.

Aujourd'hui, il a également franchi celte ligne, et s'est avancé à Coudesciire, Neuf- Berquin, Doulieu, Steenwerck, Dieppe, Crebbe ; dans peu de temps , il aura chassé le flamand de Neuf-Berquio, Hazebrouck, Bailleul.

A partir d'Armentières, le français suit plutôt le cours de la rivière; on retrouve le flamand à Warnelon, Wervicq, Hallew in ; et même en deçà de la rivière, à Roucq.

Cette dernière particularité ne diminue en rien l'exactitude de la propositon qui énonce le progrès du français; car il règne seul en deçà de la Lys, en des lieux d'origine flamande : Verlinghem, Radinghem, etc.

Quelle est la cause active de celte progression incontestable? C'est, 1°, la nature même de la langue, plus harmonieuse , plus avancée que sa rivale ; 2°, c'est la multitude des écrits oui naissent chaque jour en français, tandis que le flamand est presque privé de toute littérature ; 3°, c'est la dominai ion du peuple français et son influence commerciale ; 4% c'est l'éducation que les flamands aisés viennent chercher en France; 5°, c'est la présence des administrations françaises dans les grands centres de population et celle des employés dans les communes.

La carte que nous avons dressée ne saurait être d'une rigueur mathématique. Il

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Origine des Nom de Lieux. 49

peut se faire que quelques-uns des renseignements que no-u avons reçus ne soient pas d'une exact.lude complète; mais il suffit quelle soit exempte de grosses erreurs Or nous croyons pouvoir affirmer qu elle dépasse , sous ce point de vue, le degré de précision auquel nous pouvions nous arrêter.

'étude des noms de lieux nous a fourni des renseignements qui ne sont pas sans importance. Si le lecteur le permet, nous exploiterons encore quelques instants cette mine précieuse ; et, s'il en était besoin, nous nous abriterions sous le grand nom de Leibnitz, qui regardait les noms des localités comme les plus propres de tous à conserver les noms des idiomes perdus ou la trace des nations détruites; nous citerions M. Eusèbe Salvertc (!); ma is trêve de réflexions préliminaires, entrons dans le sujet.

Nous ne voulons pas nous arrêter à signaler la formation que nou* montre Zeelande : terre de mer; Beverland : terre des Castors; Hollande : terre basse ou creuse ; non plus que Islande , Finlande , Groënland , Markland et autres contrées lointaines ; parlons de la Flandre.

Mund, allemand, Mond, flamand, signifient bouche, embouchure ; Dendermonde, Tenremonde : bouches de la Dender , de la Tenre ' Yssclmonde, dont s'empara Guillaume-le-Conquérant; Ruremonde Rupelmonde , doivent leurs noms au voisinage de l'embouchure de l'Yssel, de la Roer, de la Rupel, et l'on en peut conclure que ces villes ont une origine germanique. La finale monde se transforme en Mont, comme dans Deulemont : bouches de la Deûle. Ce lieu est en effet situé au confluent de la Deûle et de la Lys.

Mais mont vient aussi du radical mons, (montagne), comme dans Chaumont, (Calvus mons), Flaumont, arrondissement d'Avesnes (Flavus mons) Mont-Jaune. Pour décider sur l'origine des lieux doni le nom est en mont, il faut donc inspecter les lieux. Si, près de l'un, se trouve une rivière et si l'autre est sur une éminence, le premier a la valeur de bouche et le second celle de montagne; et, de plus, le premier a été nommé par les peuples septentrionaux , et le second 'par les peuples venus du Midi. ( 2)

(1) Voyez, surtout, tome I, pages 29 et3t.

(2) Parmi les localités du département du Nord, une quinzaine rappellent ou'

50 ÉTUDE DU SOI. DE LA. FLAN DUE

Tirlemont est au confluent de deux rivières; Tune d'elle avait, probablement, le nomdeî'trfe ou un analogue. Très-souvent la rivière donne son nom aux villes bâties sur leurs bords : parmi des milliers d'exemples, citons Denderbclle, Venderleuicê, Denderwyndeke qui sont situées sur la Donder; Oieghem sur l'Ooie, Schelderode sur l'Escaut (Scaldis).

Becque y ruisseau, a fourni Becquerel, petit ruisseau; c'est le nom du Nord : Ries , Riez , Riot sont les synonymes du Midi. Les noms de famille Dclehccque , du Riez sont donc la traduction l'un de l'autre. Michelbeke et Riot-Miquel sont deux villages du département du Nord; leur nom montre qu'ils sont tous deux postérieurs au christianisme ; mais le premier est et doit être sur le territoire flamand et le deuxième appartient au territoire wallon : l'un est dans l'arrondissement de Dunkerque, l'autre dans l'arrondissement de Cambrai.

Près de Lys-lez-Lannoy, arrondissement de Lille , se trouve le Riez de le Bèqne; il est évident que ce ruisseau a vu, successivement, sur ses bords , deux peuples, dont le second était méridional et a pris , pour nom propre , ce qui n'était qu'un substantif commun.

Si nous rencontrons un lieu dont le nom se termine en beke, et que nous n'apercevions pas de courant d'eau dans le voisinage , nous sommes autorisés à conclure que le ruisseau a disparu , et nous en déduirons des renseignements géologiques qui n'auront peut-être été notés nulle part. Nous appliquerons ce raisonnement à Harlebecke , Steenbecque, Flobecque (petit ruisseau) , etc.

Sart désigne un lieu inculte couvert de buissons. Essarpr, c'est défricher. Tous les noms en sart , sars et essars sont d'origine méridionale. Nous obtenons ainsi des renseignements sur Sars, hameau de Fiers; Sars et Rozières, arrondissement de Valenciennes ; 5ar«-Poteries , Preux-au-Sarf, arrondissement d'Avesnes ; Essart près d'Hazebrouck , etc. ; nous avons la signification des noms de famille Delsart , Wattier-Sart , Dusart , de Sars , des Essarts , Sarsfield , de Muyssart, Liessart, Minsart, etc.

Les noms des premiers cultivateurs du Sart se sont identifiés avec celui du Sart, lui-même, comme dans Lambersart , Robersart, Martinsart , Rogiersart ; leur qualité , dans Libersart , ( Sart de l'affranchi), Fratrissart, Monisart, (Sart du frère, du moine); Rainsart, (rami sartusj, etc.

conGrment cette assertion ; elles sont situées dans la partie wallonne ou dans le Hainaut, par exemple: Beaumont, Berlaimont, Brunemont, Diraont, Fauraont, Flaumont , Hautmont, Jeumont , Reumont , Liraont, Mondiaux, Mons en Barceul, Mons en PéVèlc , Moupaux , Orsinval, etc.

Origine des Moins de Lieux. 51

La nature des plantations qui couvraient ie Sart ou se* environs , se déduit des noms restes à certaines bourgades : Boussoy (de Buxus, buis); Aulnoy, Launois, Lannoy (des auloes, aune); Houvroy (de

robur , chêne); Roubaix (de rubus , buisson) Ces noms sont,

au plus , contemporains des Romains ; Tilloy ( tilleul ) , Epinoy (épine), Quesnoy (chêne), Fresnoy (frêne), Houssoy (houx.), Ronchin et Roncq ( ronces ) sont wallons et plus récents. Chesnois , Chênaie, Rosoy et autres analogues sont plus récents encore et français.

Plusieurs noms de lieux présentent des particularités remarquables. Par exemple, Ostende, (fin à l'Est) : comment s'expliquer qu'on appelle fin à VEst une ville située sur la côte occidentale? Faut-il admettre qne le fragment du sol où elle est bâtie était autrefois sur la mer, et que les habitants de cette île, aujourd'hui détruite, aient ainsi nommé un lieu qui , seul , aurait survécu à la catastrophe qui a feit disparaître le reste? Faut-il plutôt admettre que l'on devrait écrire Oucstende ou Westendef mais un village non loin de là *e nomme ainsi ; il n'y a donc pas eu d'erreur de nom , que faut-il en conclure ? c'est à la sagacité du lecteur à décider.

Les maîtres du monde ont sillonné notre pays de voies militaires : les lieux bâtis sur ces chaussées ont souvent des noms terminés en tirées (de strata J , en cauchie ou en chaussée. Les premiers noms sont contemporains du séjour des Romains , les seconds accusent une origine romane ou wallonne , les derniers sont français : Estrées , près de la chaussée de Lille à Douai , Estrées , arrondissement de Valenciennes , sont de la première de ces classes; Villers-en-Cat/cAie, Cauchied'Ecques , près de Saint-Omer, sont de la deuxième ; Gognie- Chaussée, Saint-Remi-Cfo*M*sec sont de la troisième.

La finale Cwrt, abrégé de Courtil (jardin, en wallon) correspond à hove y hof, des Allemands. Nous avons, dans le département du Nord, une vingtaine de ces noms. La première partie du mot en indique le sens : Ribécourt, Honnecourt, Roucourt, etc. Bavinchsve, V olckerinckhove , etc. , sont des analogues en flamand.

Lies, liu paraissent être une corruption de lieu; Romanlin (lieu romain) serait synonyme de Rumillies près Cambrai. Les finales en ies sont très-nombreuses dans le département du Nord; nous pourrions en citer une soixantaine en lies, ries , des , mies et g nies.

Un village de l'arrondissement de Valenciennes se nomme Vicq, probablement du latin vicus, (hameau, village). Wervick (virotiacumj ét^ait donc originairement un village de guerriers, qui

ÉTI'DK DU SOJ< Dl I A I f.ANlHlF.

auront formé ce nom hybride (1 ) , en y réunissant deux racines d'origine différente. Craywick, Salperwick , Norwick ont cette même formation flandro-latine. Lameries (ruisseau des moutons) et beaucoup d'autres semblables pourraient y être joints.

Rick (royaume, roi) se trouve dans Cortryck (Courtrai), Vcrtryck, Capryke , Wiirick , Erick , elc. ,• Steene , pierre (en anglais stone); dans Steene , Steemverk , Steenbccque, Steenvoorde; Ecques, finale qui, chez les Celtes , paraît signifier ville (2), termine le nom d'un grand nombre de localités sur le territoire des Morins (S). W, lettre germaine, adoucissement du G, est l'initiale d'une quarantaine de villages de l'arrondissement de Lille, dont il fait considérer les premiers habitants comme des hommes du Nord.

C'est assez, c'est peut-être trop nous occuper d'une étude qui pourrait ne pas plaire à tous les lecteurs. Si nous ne disons rien de tous les noms plus modernes, pas même du pays de V Alleu, à la

dénomination féodale , pays qui nous donne de si bonnes cerises il

faut , du moins , consigner ici , ne fut-ce que pour mémoire , un royaume écroulé , dont le nom se perd déjà dans la nuit des temps; le royaume des Estimaux (4) — Qu'est-ce que cela? direx-vous; — quelle est l'origine de r« peuple? Est-il de la souche des Samoyédes *ou des Groënlandais? — Sachez donc qu'il existait à Fâches , près de Lille, un fief de deux à trois cents bon nier s, et que le seigneur de <ce fief prenait le titre de Roi des Estimaux et de tous lee francsalleux tenus du chastel et de la salle de Lille. Or, on appelait Stimaux, Estimaux les six principaux alleux de notre châtellenie.

(1) M. Eusèbc Salvctte , (tome I. pages 35 à 37)cite plusieurs exemples de -formations analogues.

(2) Cette finale équivaut à la désinence Ka : dans les diplômes du moyen-Age Rosbeka est la même chose que Rebecq; H ecques : lie Ha ; Que s que s - Reseka : Jieycca; (Mémorial historique et archéol. du Pas-de-Calais ; tome XI.) Lincques, — Lis h as, Liskes. Crecquts. — Creska.... D'un autre côté, Setques est appelé en iatin Sethiacum (Ibid. p. 224); fVis H ues, Viciacum (lbid. p. 226); la finale ce que s a donc le sens de ghem, en saxon.

(5) Par exemple : Wurdrecques , Weslecques , Coy ecques , Eperlecques , Clercquesy Blandecques, Serques , Necques , Rebecques, Recques. Nous y joindrons Arques, C laïques , Tinques , Tilques , Bilques, Disques, Wisques,et Bienques.

(4) Voyez, pour plus de détails, la Notice sur le royaume des Estimaux, par M. le docteur La Giat dans lés Mémoires de la Société royale des Sciences de Lille : 1S58. 2.' partie, page 348.

Dnujons de la Flandre. 53

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