VI. CONSIDÉRATIONS ZOOLOOIÇUES
ne terre comme la Flandre, sortant des eaux et ensuite laissée à elle-même, devait contenir des lagunes, des landes, des forêts et tous les animaux qui y cherchent ordinairement leur asile. Nous avons parlé des uns ; disons quelques mots des autres : Les premiers cl ignitaires de la Flandre historique furent des Forestiers. C'est une indication assez claire qu'elle était couverte de bois. La plupart de ces forêts passèrent bientôt au pouvoir des communautés. Celles-ci les préservèrent de la dévastation qui fit disparaître successivement tes autres. Tout en défrichant des terrains, les religieux surent ménager les forêts : au XIV* siècle, il en existait encore dix en Flandre, qu'on trouve souvent citées dans les actes de donation ( 1 ). La révolution de 17S9 les trouva toutes entre les mains des communautés.
On voit de bonne heure les terres arables citées dans les titres et diplômes de la collection de Mineus: c'est encore aux religieux qu'on en fat redevable. Mais on trouve aussi, et plus fréquemment, des lieux incultes, Wastines, etc.
Toutefois, les hôtes des forêts et des marais subsistèrent autant et plus que les forêts elles-mêmes. Aussi, n'est contre eux que les défricheurs durent d'abord lutter; et les légendes ne manquent pas de traits merveilleux en ce genre.
St.-Amand, qui vint apporter l'Evangile dans nos contrées, est le premier que nous y rencontrions (2). Il trouva sur son passage un serpent tel qu'on n'en avait jamais vu...ettelquonn'en vit jamais par la suite... il se prosterna, se signa, et le serpent ne fut plus jamais aperçu (3).
Dans l'histoire de Cousin, le Saint est représenté sur une pierre sépulchrale avec un dragon qu'il foule aux pieds.
Un seigneur de Rumillies combattit, dit une chronique, un aftreux dragon qui dévastait ses terres; il le vainquit, et, en souvenir de ce fait mémorable, les moines de St.-Géry, à Cambrai, prirent un dragon dans l ecusson de leurs armes.
(1) Vabiumekig : II, 53.
(2) « Amandus génère aquitanus Oyia Insulâ, non procul Rupelld. ... » Ex. off. ej. sancti in proprio Cameracensi. Ann. 1841 , 11 Febntarii. Godescard dit que ce saint resida dans l'Ile <TOye , près de l'île de Rhé\ — Voir cet auteur à la date du 6 Février. — Oye est une rivière de la Flandre.
(5) M. Bottin 4rchit es historiques et lUtrr. du ftord de la France : l. l'»il.
ETUDE DU SOL DE LA FLANDRE
Saint YVaast, qui fut évêque de Cambrai, est représenté avec un our»; le hameau d'Oursel doit son nom à un animal de c e genre (1). Le dragon de
St-Jean de Jérusalem , en 1345.
Ce beau fait se passait en 1137, et, plus de six siècles après, l epitaphe du vaiK lant seigneur en rappelait la mémoire. Une procession annuelle avait lieuàWasmes où l'on montrait aux curieux la caverne du serpeni, etc.
Wasmes est célèbre dans nos chroniques locales. Gilles - de - Chin s'y prit , pour le vaincre, comme on dit que le fit , contre un serpent monstrueux qui désolait l'île de Rhodes , Dieudonné de Gozon, 27« Grand- Maître de l'ordre de
Les Archives du Nord (2) citent plus de vingt de ces monstres dont les traditions et les monuments ont conservé le souvenir. Nous y voyons, pour notre part, non une simple fable, comme quelques personnes paraissent le penser, mais une personnification, un mythe. Les religieux durent lutter contre les bêtes malfaisantes qui habitaient les forêts, les lieux marécageux; de là, ces récits qui leur attribuent la
la rue du Dragon; qu'à son angle aver la rue des Augustin*
et sous l'enseigne du Dragon vert, existe
mort d'un
monstre.
Quoiqu'il en soit de cette interprétation , n'oublions
pas que nous avons dans Lille,
encore une maison citée dans un titre de 1434, sur la façade de laquelle se trouve sculptée la figure que nous reproduisons fidèlement ici ; et
( i ) Ce hameau fut joint à la Franc? en 1779 par suite d'un traité avec l'Autriche (2) M. Battih: Archives historiques et littéraires du nord de la France ri. M°.
Les Castors, ies Loups et les Serpents. 55
qu'à Saint - Maurice , avant la Révolution, il y avait l'Autel du Dragon. Le dragon était l'Étendard des Gaulois (1).
S'il faut en juger par le grand nombre des localités dont le nom rappelle leur présence, les lonps étaient beaucoup plus abondants que les dragons eux-mêmes : nous avons Bersée (2), Leuwarden(3), Canteleu (4), Mont-à-Lcux , Louvil , Louvignics, La Louvière, (5), etc.
Si nos forêts recelaient des loups , nos marais avaient des castors ; Beuvrages leur doit son nom, qui signifie rivière des castors (Bever aege) , et lui vient de ce que, dans les tourbières, on découvre beaucoup d'os de ces animaux (6). Plusieurs localités rappellent aussi, dans leurs noms , la présence d'animaux; par exemple : Thérouanne (Theren-burgj y Beest-Brugge, voisin de la forêt dont il tire probablement ce nom.
Suivant une ancienne chronique, il y avait encore, au XI e siècle, une grande quantité de serpents dans les landes et bruyères qu'on trouvait entre Lille et Tournai, et que des actes du siècle suivant citent encore comme existant à Lamain (7).
Depuis longtemps nos forêts sont veuves des sangliers et des cerfs, dont les comtes de Flandre s'étaient réservés la chasse. Le dernier cerf
(1) Voyez le Vade mecum du Peintre par^Dxsv ignés, 2 vol. in-folio.
(2) Bersée, en latin JSersœ % Bersarum, Berst veut dire loup; d'où Bersar* suivre le loup, (Dcthillœul : Petites Histoires, page 107).
(3) Leuw-Arden : Terre des loups.
(4) Cante-leu : Chante-loup, à cause des hurlements que les loup* y faisaient entendre.
(3) La Louvière est un hameau de Fives, près de Fa voie ferrée.
(6) Voyez Acta S. S. 26 Juin.
(7) Annales de France citées par les Annales ecclètxastiques : I. 419. Voiei comment elles s'expriment : « En 1068 s'assembla une si grande multitude de couleuvres et de serpents r qu'ils étaient en nombre innombrable et s'étaut divisés en deux escadrons , les uns deçà , les autres delà, commencèrent à courir les uns sur les autres avec telle force et impétuosité que l'une des parties commença à faiblir, tellement que ceux qui en restaient, s'allèrent masser au creux d'un arbre en dedans terre ; l'autre partie , comme victorieuse , demeura sur le champ de bataille avec tel bruit et sifflement qu'ils tindrent bon sans s'escarter jusqu'à ce que les paysans assemblez y apportèrent tant de bois el de paille, qu'avec le feu qu'ils mirent dedans, Us furent tous brûlez. »
56 ÉTUDE DU SOL PI- LA FLANDRF
dont nous trouvions la trace, est de i60i ; il fut pris, près du pont de
Canteleu et présenté au gouverneur de Lille (1 ).
—a^OOO*»—
Notre climat s'est aussi refroidi, s'il faut en juger par la disparition des vignes qui y étaient plantées du temps des Romains. Des vignobles dans le département du Nord?.... — Oui, lecteur : Wingaerde (vignoble) est près de Bailleul; Préavin, de beaucoup postérieur au précédent, est entre Merville et Hazebrouck . Roisin (Racemum) est d'un âge intermédiaire, et montre que la vigne était aussi bien du côté de Bavai , à l'Est de Lille , qu a l'Ouest. Un village près d'Arras est appelé Vinea ; un titre de 1227 parle d'une vigne et d'un pressoir, à Perdes, dans le Luxembourg (2). Nous avons dans notre département, au nord de Steenwoorde , Wingaert , nom donné à la motte d'un moulin ; Winghera , à l'est de la grande Moere (3) ; Halluin était même , à ce qu'on prétend, un comptoir, une halle-aux-vins ; M. Duthillœul nous autoriserait à rapporter à la vigne le nom de Garvin (4).
Du moins Haussy était-il, incontestablement, un pays vignoble; les noms de ses coteaux en sont un témoignage , et nos archives nous prouvent qu'on y fabriquait du vin. Ce vin , réduit ensuite à n'être que du verjus, était encore l'objet d'un commerce assez considérable , puisqu'il existe à Lille , le Marché-au- Verju* où Ton vendait cette denrée, excellent assaisonnement dont l'usage ne se conserve plus que dans quelques rares maisons de la ville.
Qu'il soit donc bien entendu que la Flandre avait ses vignobles ; les comtes se glorifiaient d'en avoir établi. Arnould, l'ancien , donna , en 939, outre des prairies, un vignoble près de Gand (5). C'est une tradition constante que le mont Cassel était autrefois planté de vignes. Des vieillards ont , de nos jours , affirmé en avoir connu sur les monts de Lewarde; et on en a établi , depuis peu , à Renaix. Les vins du crû de Douai étaient exempts de droits (6). Jusqu'en 1530 ,
( 1 ) Chroniques locales.
(2) Inventaire des Archives de la Chambre des Comptes : I, 474.
(3) Comitatus Flandriœ tabula , par Guillaume Deiislh.
(4) Petites Histoires: page 122.
(5) Wasukoekig : II, 51.
(6) Le propriétaire des vignes de Lewarde demeurait à Douai , et il se servait de son privilège pour frauder et faire passer, comme siçns, des vins même de la Champagne. (Annuaire du Département du Nord . année 1835, page 64 )
Us Vignobles de la Flandre. 57
on cultiva la vigne dans les environs de Béthune : en 1499 , le prix du loi de vin dn crû y était fixé à 46 florins (1 ).
Quand commencèrent donc les plantations? On ne peut du moins les faire remonter antérieurement aux Romains; car, d'après César (2), les Nerviens ne voulaient pas qu'on fit de vin chex eux ; jugeant , par ce qui se passait chez ces conquérants, ils pensaient que cette boisson n était propre qu'à efféminer les guerriers.
Les antres plantes et les animaux que les Romains trouvèrent dans notre pays paraissent s'y être conservés jusqu'à nous; l'orge, le froment, le lin sont aujourd'hui comme alors, récoltés dans nos fertiles campagnes ; nous y avons joint successivement les végétaux dont l'homme a fait la conquête : les graines oléagineuses, le tabac, la parmentière , etc. ; mais ceci concerne le tableau de l'agriculture moderne , que nous réservons pour une autre partie de cet ouvrage. Nous dirons seulement que , si la vigne nous manque, nous trouvons dans une boisson nationale une sorte de compensation : la bière que César a vu fabriquer par nos ancêtres est toujours le vin du pays; la seule différence, c'est qu'au liquide fermenté de l'orge, nous avons joint une résine amère que récèlent les fleurs du houblon , richesse particulière à notre département.
Dans Tétat où sont aujourd'hui les monuments que nous ont laissés les Celtes et les Gaulois, nous pourrions , sans scrupule, les énumérer, en parlant du sol sur lequel ils sont couchés , et dont ils font partie. Les pierres jumelles, près de Cambrai; la pierre croûte, à Bellignies , près Bavai; le tombeau de Ckaivatte ou la cuisine des Sorciers, dans l'arrondissement de Douai; le mont des Tombes, près de Sainghin-en-Mélantois ; les pierres martines, à Solre-le-Château ; les pierres de dessus bises, à Sars-Poteries ; la pierre du hameau, commune de
Prisches (3) sont des êtres équivoques, plus propres à exciter
la curiosité des archéologues qu'à fournir des données à l'historien; nous nous contenterons donc de les avoir indiquées.
De tous les peuples anciens qui ont séjourné dans nos provinces , le peuple Romain est, incontestablement, celui qui nous a légué l'héritage le plus remarquable, un héritage vraiment royal : Temples (4) ,
(1) Mémorial historique et archéologique du Pas-de-Calais, 1 , 289. — N'y aurait-il pas erreur et ne seraiU-ce pas plutôt 16 sou», ou 16 deniers?
(2) Commentaires : liv. II.
(5) M. le docteur LeGliy : Programme d'Étuiet archéologiques. (4) A Floursies, à La Bassée.
58 ÉTUDE DU SOL DE LA ELANDKE
théâtres (d), grande» voie» de communications (2), aqueducs (3), camps fortifiés (4), tombeaux (5), ruines (6), armes, médailles, objets d'art, rien ne manque, et chaque jour apporte un joyau archéologique qu'il a laissé dans nos champs ou dans nos cités. Il n'y a, pour ainsi dire , qu'à gratter le sol pour en trouver (7).
Toutefois, nous ne pourrions, sans entrer dans des détails trop considérables, rappeler ici tout ce qu'il y aurait à dire à ce sujet; nous renverrons donc le lecteur aux nombreux et savants ouvrage» qui ont été écrits sur cette matière.